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Coupure d’électricité - MCDèm
vendredi 10 juillet 2015 par Yves Carchon

Je ne connaissais pas Murielle Compère-Demarcy. Elle signe (sous l’abrégé MCDèm à la manière d’un graff sur les murs de la nuit) un long poème Coupure d’électricité aux Editions du Port d’Attache. En présentant ce beau poème-fleuve, son préfacier cite la Beat-Génération avec pour haute lignée celle d’Arthur Rimbaud et celle d’Apollinaire. Il faudrait ajouter à ces F—du logis poétique la prose syncopée du grand Cendrars, oublié trop souvent, prose que MCDèm partage et déroule brillamment. Quand je dis prose, c’est manière de parler. Court tout au long de cet épique poème urbain une musique de fond, un staccato de sons sortis du désordre du monde, — de notre monde à la technologie hypertrophiée, où la F—Electricité décide de faire grève, créant un chaos d’envergure, entre autres ferroviaire, puisque les voies du Sens sont emmêlées, ce qui, comme en écho, rejoint l’in-tranquille phrasé de La prose du Transsibérien... Dans ce torrent de mots hâtifs, catapultés, jetés comme des jets de peinture sur 3 mètres sur 3 tels les rescapés d’un monde fou, un fusible a sauté dans la tête-à-poèmes de l’auteur. Tant mieux ! Sans cette coupure, pas de rupture, et donc pas de poème. La scansion de Coupure d’électricité fait très souvent penser à un halètement, à une course folle, un parcours balisé où le poète se cogne. Un chœur de voix intimes qui nous suggère que la poésie est de chair, que le poète doit marcher, inventant par là même son chemin de lumière, loin des canons de l’Art dit officiel... qu’une coupure peut sectionner aussi les nerfs de la raison. La nuit a enfanté sa rouge calligraphie. Eurydice et Orphée peuvent bien se rhabiller. Quant à Narcisse...le miroir a déteint. Nul doute : la sarabande de MCDèm rappelle l’équipée rimbaldienne, la mélancolie visionnaire de Guillaume, le festin nu de Burroughs et Ginsberg... Coupure d’électricité devrait être dit à voix haute comme un mantra chargé de sortilèges.

Editions du Port d’Attache, 2,50 €

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