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Ce qui vient - Thomas Stangl

traductrice : Edith Noublanche

mardi 21 juillet 2015 par penvins

Si la littérature a bien une raison d’être, c’est évidemment lorsqu’elle tente de dire l’indicible. Et ce qui retient l’attention dans ce roman de Thomas Stangl, c’est peut-être cela, cette tentative d’approcher ce que le langage ne peut dire. Thomas Stangl vous emmène à travers la mise en scène de ce que l’on pourrait appeler des clichés, scènes décrites de l’extérieur comme le ferait un cinéaste, obligeant le lecteur/voyeur à reconstruire un réel qui n’existe plus.

Deux personnages habitent ce roman, Emilia Dagen et Andreas Bichler, deux personnages qui dans la vie de tous les jours, telle que nous la concevons, ne devraient pas se rencontrer, deux personnages que 40 ans séparent, l’un évoluant dans les années 30 et l’autre dans les années 70. Deux époques aussi éloignées l’une de l’autre que l’avant-guerre et l’après-guerre.

Emilia, comme Andreas vit avec sa grand-mère et c’est peut-être là que se situe le premier refoulement, la première trace de l’indicible. Dans ces deux histoires que l’on découvre alternativement, manque une génération, la mère d’Emilia n’apparaît pas, on sait seulement qu’elle est à Vienne, son père vit à l’étranger et lors de son passage dans le pays, il ne viendra même pas voir sa propre mère. Quant aux parents d’Andreas, nous saurons seulement qu’ils ont eu un accident de voiture. Ainsi toute une génération est-elle sortie du champ.

Pourtant, même s’il ne nous est pas possible d’atteindre ces couches enfouies, nous pouvons tenter, parmi tous les faits, données et autres événements glorieux auxquels nous savons rendre hommage, de déchiffrer quelque chose de non dit.

Stangl insiste sur le rôle de la langue, langue de la nouvelle femme du père d’Emilia qui ne fait que dire des phrases qu’elle a lues ou entendues dans un film. Dans quelle langue soliloque cette femme se demande-t-elle, langue du père avec toutes ses phrases dont le seul but est de cerner l’avenir, de concevoir des affaires rentables ou sa langue à elle qui lui permet de comprendre pour la première fois, ce que sont la langue, la pensée […] sans ordres ni formes déterminées, rigides ; de sorte qu’avec chaque nouvelle phrase, chaque concept est réinventé.

Il s’agit ici de dépasser cette langue commune, de se débarrasser de l’illusion du réel, de n’être pas de ceux qui vont danser et font confiance à leur propre langue. Plus tard Andreas comprendra que la plaque de cette rue indiquant Judengasse n’est que falsification et que : La réalité est un mensonge.

On se laisse porter par ce livre, qui invite à ne pas rester esclave de sa propre langue, où deux personnages se rejoignent sur la nécessité de ne pas se laisser aller à ce qui vient, mais au contraire de toujours réinventer la vie. On n’oubliera pas Le catéchiste devant la classe à moitié vide, avec derrière lui la croix et la photographie du chancelier. Simple image où l’absence dit bien plus que tout le reste.

Ecrire, dire non à tout ce qui vient encore ; et non ; et non – tout le contraire de prendre des mots à disposition pour les poser sur la peur, sur la vacuité des choses.

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