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Faire avec - Lionel-Edouard Martin
samedi 5 décembre 2015 par penvins

illustré par Nelly Bret

L’exercice est périlleux, raison, sans doute, de ma part, de cette procrastination. Comment parler de poésie, pire le faire à propos d’un écrivain dont on a par ailleurs apprécié le style ? La parole poétique peut se rendre imprenable, Lionel Edouard Martin le dit bien qui s’enferme dans ses territoires :

Tu as tes écarts - oh, pas de conduite -, loin des quarts, des tiers, des demis, tu as tes enclosures, tes haies cloîtrant tes huttes…

Bien sûr, on peut faire abstraction du sens, réduire, certains diraient élever, le texte à sa pure forme ; bien sûr, écrit autrement, en prose vulgaire, le texte n’aurait plus aucun intérêt, mais si la forme parait ici essentielle c’est peut-être aussi qu’elle sublime le sens, le rend plus volatile, moins accessible au lecteur, qui invente, recompose, donne une apparence de signification à ce qui tente ligne à ligne d’y échapper, de jouir de vous amener sur des pistes toujours plus riches de polysémies.

L’âme de la poésie est là, dans la complexité du langage, le jeu qu’improvise le poète dans sa langue, une langue qui lui est et lui restera propre, qu’il agence à sa façon, vous entraînant dans un monde que vous ne pouvez approcher qu’en faisant l’effort de l’entendre, comme on s’imprègne d’une langue étrangère.

La difficulté aussi est là. Rien au fond n’est vraiment gardé secret, le poète est sans doute le plus indécent, le plus exhibitionniste des écrivains, mais s’il dit tout, il le fait de telle façon que le lecteur inattentif n’y comprenne rien.

Il faut donc lire et relire le texte et le faire à différents moments de sorte qu’il entre en résonnance de mille et une manières. Telle lecture vous livrera une facette tandis qu’une autre vous fera en entrevoir une autre.

Les premiers textes évoquent l’enfance et le souvenir de la mort du grand-père, la mort comme acte fondateur, mais aussi l’origine qu’évoquent étendus les linges mensuels. Puis viennent sans doute les années d’adolescence et ces coqs tétanisés dans les basses cours. La nostalgie est très forte de ce vieux monde enclos et de ces haies que les remembrements ont abattues, mais un jour il faudra bien t’arc-bouter contre le mur et pousser comme pousse tout ce qui croît, qui ne reste pas enfant mais prend chemin d’âge et de mort.

Il y aura Paris et le vélo sur le balcon d’en face, les étés sur la Gartempe et la demeure du poète. Retour – provisoire - de l’enclos : N’ouvre pas ton oratoire, poète : laisse entre tes murs s’accomplir le chant, puis dégonde tes fenêtres – qu’elles s’envolent à tire d’aile, la tourterelle est un vitrail.

Le poète est là qui travaille sa langue Toujours un mot bancroche dans ta bouche et comme le papillon il reste attaché à l’origine. Pas d’oubli, non, de la dure naissance, mais le fil tendu, jamais tranché, liant toutes les phases de la métamorphose. Revendication ou constat, Lionel-Edouard Martin cultive son attachement au passé originel.

Et puis au détour du Cheptel, le poète évoque les mouettes : Ceux qui parlent, avec cet « l » en bouche mais privé d’envol. Tandis que lui le poète, toi Lionel-Edouard, tu scrutes d’un regard les cimes où nidifie la lumière, tu cherches ton envol et regrette de ne rien saisir des orages et de devoir te contenter de cette mélodie bornée par ta voix d’homme et sa courte portée dans la brume.

Le tout dernier poème confirmera cette recherche de la lumière des étoiles, cet éclat des origines.

C’était donc cela la poésie ! Cette nostalgie des origines que Faire avec chante de pages en pages, nostalgie d’un monde qui n’est plus, quand la mort avait cette innocence qu’elle n’a plus, quand tout croule, branle, tombe, s’engouffre dans le porte-à-faux.

Relisez ce recueil vous partagerez, en toute humanité, un peu de la vie d’un poète.

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