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Victoria n’existe pas - Yannis Tsirbas
samedi 19 décembre 2015 par penvins

traduction du Grec Nicolas Pallier

Dans un monde en crise la langue ne peut rester impassible, elle est bousculée, contrainte de réagir. Dans la Grèce d’aujourd’hui comment pourrait-on continuer de bavarder ? Yannis Tsirbas nous offre ici une merveilleuse leçon de littérature, sa langue en souffrance comme l’est son pays en dit bien plus que n’importe quel discours.

Tout commence par un étrange décompte qui nous fait de suite plonger aux sources de la haine. Le sentiment d’être en infériorité jusque chez soi. Face à ce discours de haine un inconnu, vous, moi, reste sans voix, sa politesse bourgeoise comme la qualifie son amie l’empêche d’être en désaccord avec son interlocuteur. Et quand la haine conduit à imaginer le pire, vous rigole(z) d’un air entendu : il plaisante certainement. Les arguments qu’il a avancé sont tellement percutant, son humiliation tellement forte que vous ne pouvez aller contre sa rage folle et que vous ferez même la bêtise de lui dire que son quartier n’existe pas. La place Victoria sans doute, mais le quartier vous ne l’avez jamais vu mentionné nulle part. Il aura beau jeu de vous répondre : Donc Aghia Paraskevi (votre quartier bourgeois), ça existe et Victoria, ça existe pas ?

Curieux comme ce déni de réalité entre en résonnance avec ce que nous vivons ici, en France ! Curieux comme il nous met le nez dans notre lâcheté, et notre incompétence face à la montée de la haine, comme il démonte avec une grande économie de moyen la mécanique par laquelle nous nous laissons prendre à ce discours. Il n’est fait aucune référence à la politique contemporaine, celle d’Aube dorée par exemple et c’est sans doute ce qui donne à ce petit texte sa dimension universelle, il est seulement fait référence à Victoria ce quartier dont ils parlent en évoquant avec nostalgie le temps de la drachme mais aussi de la junte. Un quartier où plonge les racines du mal, un quartier que l’on voudrait bien oublier.

C’est un texte court comme un coup de poing et qui vous laisse dans la bouche un goût de sang ; un texte que l’on n’oublie pas, qui vous trotte dans la tête longtemps après que vous l’ayez lu et relu. Lisez-le, vous n’en reviendrez pas !

Messages

  • Le livre de Yannis Tsibras prend une dimension encore plus émouvante en écho avec l’univers du grand auteur Menis Koumandaréas pour qui la Place Victoria était le lieu de prédilection de plusieurs de ses récits.
    Si pour Koumandaréas ce quartier est le milieu urbain et petit bourgeois (classes moyens) en écho avec l’époque de leur rédaction pour Tsibras est le théâtre d’une cruauté nouvelle qui ne vient pas toujours de ce personnage proche des idées de l’Aube Dorée mais aussi de la cruauté réelle vécue par ses habitants de longue date.
    L’idée géniale , à part la qualité indéniable de la langue, du style et surtout de l’articulation de ce livre, est l’explication de la provenance de la violence qui règne pendant cette période de la crise et qui vient de très loin.
    Le texte de Tsibras hommage à Koumandaréas publié dans le no du quotidien athénien " Le Journal des rédacteurs" du 5-6/12/2015 est très émouvant. On y trouve le rejet initial par M.K. du "Victoria n’existe pas" et son acceptation finale. Comme la Grèce elle même a appris à vivre avec ses plaies qu’elle essayait de ne pas voir au début de la crise.
    Ce qui surprend également est le manque d’étonnement d’un lecteur grec -ou de moi uniquement- car la cruauté est vécue au quotidien et elle ne choque pas tellement.
    Un sujet à débattre par les amateurs de la littérature néo-hellénique.
    Il est à signaler également l’édition des deux auteurs par Quidam éditeur qui est une maison d’éditions à soutenir pour ses choix et la qualité esthétique de ses livres.

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