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Une très très vilaine chose - Eric Pessan
samedi 13 février 2016 par penvins

D’elle nous ne saurons pas grand-chose, sinon qu’elle est partie. Restent donc tous les autres, les enfants bien sûr, mais aussi leurs grands-parents maternels. De ce côté-là, la famille tarde à se décomposer. Tout l’espace du roman est dans ce long deuil, elle est partie ce qui est une très très vilaine chose, elle a rompu le pacte, mis en danger l’illusion de la cellule familiale, ceux qui en souffrent font comme si rien n’avait changé, tentent de maintenir le mythe en l’état et gare à qui dira que le roi est tout nu.

Parce que ce n’est pas tant, la perte de celle qui n’est jamais nommée qui fait douleur que l’affront que cela représente, pire encore le courage qu’il lui a fallu pour accomplir ce que de ce côté-ci de la société on appelle une très très vilaine chose.

L’envie. Elle a eu cette volonté, cette puissance, cette énergie de s’extraire du quotidien pour plonger dans l’extraordinaire. Extra-ordinaire. Sur-naturel. Des mots qu’ elle a tutoyés lorsqu’ils baissaient la tête à leur approche. Naïfs qu’ils étaient.

Honte de n’avoir pas eu le courage d’en faire autant, de n’avoir pas su dire que la vie ce n’était pas cela, cette emprise sociale et familiale que soi-même on ne supporte plus et que l’on continue d’assumer, pas seulement pour les enfants comme on pourrait le croire, mais surtout pour maintenir cette cellule familiale qu’ils détestent et que l’on supporte de moins en moins.

Le roman d’Eric Pessan pourrait être lu comme une invitation à prendre le large, à se libérer de cette lourde famille triangulaire, pourrait… mais, outre que le héros se complait dans sa lâcheté, le roman se referme sur l’acceptation du deuil, elle n’est plus là. Certes, il a rompu avec sa famille à elle, mais c’est toujours la famille parents/enfants qui demeure, aucune ouverture n’apparaît pas même avec Catherine cette voisine à propos de laquelle Il se demande régulièrement pourquoi leur relation n’a jamais frôlé l’ambiguïté .

Ce roman reste donc un roman du deuil tel que l’entendent les psychologues :
nous réveillonnerons en famille, en parlant d’elle, en évoquant son acte, cette très très vilaine chose qui a éloigné les mots si longtemps c’est de ce point de vue tout à fait convainquant, le deuil se fait par la parole/l’écriture. Bien entendu l’auteur sent tout ce que l’attitude de son héros a de médiocre ne dit-il pas de lui son CV permet de bien comprendre sa banalité et aussi qu’il envie celle qui a envoyé balader les conventions, les normes, les jugements. Et le plus intéressant dans la façon qu’Eric Pessan (ou son héros) a de voir le départ de sa femme est sans doute là dans la conscience qu’il prend qu’elle a eu le courage de prendre le large, de fuir la banalité de la vie familiale et l’emprise du regard d’autrui, de ceux qui ne cessent de considérer qu’elle a fait une très très vilaine chose comme le chante ce bluesman américain, Chris Isaak, non par conviction, mais parce que cela fait pleurer dans les chaumières et vendre des disques.

Il aimerait tant, lui, sortir de ce cadre, faire preuve de révolte et de liberté. Je ne suis pas sûr qu’au terme de ce deuil – de cette écriture, le héros ait vraiment fait le choix de vivre, le dernier paragraphe même s’il semble reprendre la vie là où elle s’était arrêtée n’est pas exempt de nostalgie comme si la leçon de révolte et de liberté n’avait pas été entendue, comme si le mécanisme de destruction ne s’était pas enclenché.

Ces mécanismes de destruction sont propulsés par la négation, par la colère, par la folie parfois, mais aussi par la révolte et la liberté.

C’est peut-être ce qui fait la dimension de ce roman, ce qui renvoie le lecteur à sa propre médiocrité. Lisez-le, vous me direz !

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