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Mes amis - Emmanuel Bove

Avec ce portrait pathétique d’un désoeuvré dans le Paris de l’après-guerre, Emmanuel Bove signa son entrée en littérature. On le redécouvre aujourd’hui après de longues années de purgatoire.

vendredi 11 mars 2016 par Jacques Lucchesi

Pensionné de guerre – pour une blessure légère -, Victor Bâton vit seul et misérable dans un petit appartement, passant le plus clair de ses journées à errer dans Paris. Quoiqu’heureux de sa liberté, il voudrait tromper un peu sa solitude, avoir des maîtresses, se faire des amis.

Il y parvient d’ailleurs avec Lucie, Blanche, Henri ou Neveu, parfois dans d’étranges conditions. Mais les relations qu’il noue avec eux n’ont pas de lendemain. Est-il poursuivi par le guignon ? A suivre son évolution, on réalise vite qu’il a sa part de responsabilité dans ces échecs successifs. Pourquoi, par exemple, va-t’il suivre la très jeune fille de l’industriel qui vient, le matin même de lui procurer un emploi ? Tour à tour trop timide et trop hardi, il ne peut surtout s’empêcher de se regarder vivre et s’admirer pour sa supposée moralité.

Voilà, en quelques mots, le personnage principal, le canevas et le décor de ce court roman, le premier qu’Emmanuel Bove publia sous son nom en 1924. Soutenu par Colette, l’ouvrage ne passa pas inaperçu – loin de là ! – puisque de nombreux journaux signalèrent alors sa parution : parmi ses chroniqueurs, on trouve des auteurs comme Benjamin Crémieux ou Sacha Guitry. Plusieurs fois réédité du vivant de son auteur, «  Mes amis » devait même obtenir le prix Figuière en 1928. Dès lors, la carrière littéraire d’Emmanuel Bove était lancée. Elle devait être jalonnée par une quinzaine de livres – principalement des romans – avant de se refermer avec sa disparition prématurée en 1945, à l’âge de 47 ans. Et son étoile, d’un éclat pourtant incontestable, allait connaître une éclipse de plusieurs décennies.
Ce purgatoire prit fin dans les années 80, avec la republication progressive de ses romans, en France (Calmann-Lévy, Flammarion) et au Québec (éditions Nota Bene). Si certains ont vu en Bove un précurseur du Nouveau Roman (notamment pour son sens aigu du détail matériel), c’est surtout dans la tradition, si française, du roman psychologique qu’il faut situer « Mes amis ». Par son narcissisme moral, ses scrupules et sa conduite d’échec, Victor Bâton semble sorti d’un recueil d’essais cliniques de Pierre Janet. S’il a une famille littéraire, il faut la chercher du côté de Huysmans (« A rebours »), Jean de la Ville de Mirmont (« Les dimanches de Jean Dézert »), du Sartre de « La Nausée », voire du Camus de « L’Etranger ».

Agaçant et attachant tout à la fois, Victor Bâton est un parfait anti-héros, reflet de nos propres doutes sur nous-mêmes. A travers lui et son monologue incessant, Emmanuel Bove nous entraine dans le Paris des années 20, avec ses quais propices aux désoeuvrés de tout crin, ses vieux immeubles sans commodités, ses bordels et ses bistrots enfumés où draguent des demi-mondaines. Portée par une prose sèche et espacée par de nombreux alinéas, son roman séduira tous ceux qui ne se sentent pas vraiment à l’aise dans nôtre époque. Ils sont plus nombreux qu’on ne croit.

Jacques LUCCHESI



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