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Ecorces - Georges Didi-Huberman
samedi 17 décembre 2011 par Xavier Lainé

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Ce qui se lit dans l’écorce des bouleaux

A propos de Georges Didi-Huberman, Ecorces, éditions de Minuit

C’est un tout petit livre mais si grand qu’il en brille par sa beauté.

Lire les traces, les empreintes, voir par delà ce qui peut être vu, dans l’insignifiance de photographies prises sans volonté de montrer.

Mais voilà que remontent les souvenirs, dans cette archéologie de l’histoire si récente qu’elle nous en fait encore frémir.

Les camps d’hier devenus musées, lieux de passage pour touristes, pèlerins et voyeurs, et lui, qui vient, après de longues hésitations, boire à cette source encore brûlante.

L’histoire se lit tôt, dans l’aube où le blanc des écorces de bouleau, sous la caresse du vent, parle de ceux-là qui ne sont plus.

L’histoire se lit entre deux rangées de barbelés, où se pose un oiseau, une rangée historique, une autre pour canaliser les flots qui, année après année, viennent ici, mais pourquoi encore ?

La mémoire lue en griffes amères sur des sols délavés par le temps : le crématoire ne fume plus que dans les mémoires écorchées, sur des images clandestines volées aux bourreaux, où dans cette terre de Birkenau qui à chaque pluie libère ses esquilles d’os, ou au fond de ce marais de terre noire où furent plongées les cendres encore chaudes.

Georges Didi-Huberman est revenu où les siens ont disparu à jamais. Il n’en tire aucune amertume, il prend quelques photographies et tente d’y décrypter ce qui dans l’invisible fait sens.

« On ne peut donc jamais dire : il n’y a rien à voir, il n’y a plus rien à voir. Pour savoir douter de ce que l’on voit, il faut savoir voir encore, voir malgré tout. Malgré la destruction, l’effacement de toute chose. Il faut savoir regarder comme regarde un archéologue. »

L’œuvre qu’il en rapporte est si fine et si fragile qu’elle nous en tirerait les larmes.

Il nous aide à lire dans l’écorce du temps ce qui se déchire aux lambeaux de nos pensées, ce qui se dilue dans la fièvre d’un temps qui nie l’importance de l’histoire et se voue au commerce des souvenirs.

Ce qu’il nous invite à lire, dépasse le récit, est au-delà de ces mots, se cache derrière l’écorce du temps.

« L’écorce n’est pas moins vraie que le tronc. C’est même par l’écorce que l’arbre, si j’ose dire, s’exprime. En tous cas se présente à nous. Apparaît d’apparition et pas seulement d’apparence. L’écorce est irrégulière, discontinue, accidentée. Ici elle tient à l’arbre, là elle se défait et tombe entre nos mains. Elle est l’impureté qui vient des choses mêmes. Elle dit l’impureté – la contingence, la variété, l’exubérance, la relativité – de toute chose. Elle se tient quelque part dans l’interface d’une apparence fugitive et d’une inscription survivante. Ou bien elle désigne, précisément, l’apparence inscrite, la fugitivité survivante de nos propres décisions de vie, de nos expériences subies ou agies.  »

C’est un petit livre à ranger aux côtés de plus grands : « Si c’était un homme » de Primo Levi ou « Etre sans destin » de Imre Kertész, sinon que ceux-là furent des témoins, et Georges Didi-Huberman un archéologue du temps présent.

Xavier Lainé

Manosque, 17 décembre 2011

 



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