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Ça va aller tu vas voir - Christos Ikonomou
dimanche 10 avril 2016 par penvins

Ça va aller tu vas voir, c’est l’histoire de ces hommes et de ces femmes tellement écrasés par la pauvreté et l’indécence des riches qu’ils s’en remettent à des chimères. Les nouvelles de Christos Ikonomou sont chargées de cette résistance folle au désespoir à laquelle croient les personnages et dont le lecteur sent bien toute l’impuissance. Qu’il s’agisse de se coller les mains à la maison dont on menace de vous exproprier, de rêver de garder pendant le mois d’août la propriété de son patron ou d’émigrer en Amérique pour se faire soigner, ce sont toujours des utopies qui maintiennent le peuple la tête hors de l’eau, utopies qui le conduit au compromis illusoire et le dispense d’agir. Situations ordinaires de la vie ordinaire dans un pays où la misère est quotidienne. S’il fallait donner figure humaine à ce que vivent les Grecs aujourd’hui, c’est dans la diversité sans emphase de ces nouvelles qu’on la verrait, dans cette écriture de la banalité du désespoir, des mille et une stratégies qu’il invente pour survivre, écrasé sous le poids de l’arrogance des ploutocrates, bien sûr, nous le savons il existe encore des Grecs qui luttent, mais ce que met en lumière Ikonomou, c’est précisément ce que vivent ceux qui n’ont plus la force de s’exprimer, qui se sont parfois enfoncer dans l’alcool, qui ont perdu toute fierté, à qui cette fierté n’est même plus reconnue par les leurs et qui lentement perdent tellement toute confiance en eux-mêmes qu’ils n’envisagent même plus de se battre. Constat. On en est là. Petites vengeances dérisoires, solitudes, peur. Ikonomou démonte les mécanismes de la haine depuis l’obsession de la sécurité, jusqu’à la fabrication du bouc émissaire, celui justement dont ils attendaient qu’il les protège. Mais il met aussi en lumière les racines profondes de cette haine, les conflits latents issus de la guerre civile et le rôle de la foi orthodoxe.

Mon fils à moi sera licencié à la fin du mois, a dit l’amiral. […] Mais je lui ai dit. Attention je lui ai dit. Attention de ne pas perdre la foi.

L’amiral croit encore et se raconte des histoires où il devient invisible et pique l’argent des banques pour le distribuer aux gens… et s’acheter une grande propriété !!! Il trouve là, avec l’alcool, un moyen de fuir le réel et sans doute de ne pas affronter ceux qui prônent les solutions les plus extrêmes.

Ikonomou décrit la situation, il ne préconise aucune solution, il fait le portrait de cette Grèce miséreuse qui n’ose pas prendre son destin en main, cette foule petite bourgeoise dont personne ne se fait l’écho : Qui ça intéresse les petits-bourgeois leurs problèmes de sous et de famille ? Ces hommes et ces femmes qui n’intéressent pas les médias et qui pourtant sont par leur immobilisme et leurs frayeurs des acteurs incontournables de la vie sociale. Le lire c’est mieux ressentir ce qui se vit aujourd’hui en Grèce… et ailleurs.



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