Traduit de l’anglais par Paul Decottignies, paru aux éditions Arfuyen
jeudi 27 novembre 2025 par Françoise Urban-Menninger©e-litterature.net
Décidément, les éditions Arfuyen ont le chic de dénicher des pépites littéraires et ce roman inédit, écrit par Elizabeth von Arnim, en est une et non des moindres ! C’est même un diamant brut que cette maison d’édition nous offre à travers cette œuvre où Sally, l’héroïne, brille de mille feux même lorsqu’elle ouvre la bouche et que le naturel revient au galop en la renvoyant à ses humbles origines.
Belle à faire se damner tous les hommes à la ronde car dotée d’une "Eclatante Beauté" Sally est une source d’inquiétude pour Mr Pinner, son père, qui s’efforce de la cacher aux yeux d’autrui tant sa magnificence bouleverse quiconque la rencontre. Cette lourde responsabilité, Mr Pinner va pouvoir s’en délester en autorisant un jeune étudiant désargenté, Jocelyn Luke, envoûté par le charme de Sally, à l’épouser.
Cette dernière qui ne cesse de l’appeler Mr Luke devient à nouveau source de problèmes pour le jeune marié qui tente de cacher la jeune femme rayonnante de beauté à son entourage. Le point faible reste l’éducation de Sally dont la manière de s’exprimer témoigne de son soi-disant manque d’éducation mais qui n’est autre que l’expression de son désir de mener une vie simple.
Quand la mère de Jocelyn veut à son tour jouer les Pygmalion en tentant de lui inculquer ce qu’elle pense être les bonnes manières, Sally, malheureuse, s’enfuit.
Une suite de quiproquos menés tambour battant suivent, le roman s’emballe et prend la tournure d’une course poursuite où la cocasserie et la loufoquerie s’invitent dans une joyeuse comédie qui prend les accents d’un vrai conte de fées.
Car tout finira si bien que l’on sortira enchanté de cette lecture revigorante où la marionnette n’est pas celle que l’on croit. On se prend de compassion pour Sally que Jocelyn voulait faire vivre à l’écart de la société en allant jusqu’à l’enfermer dans sa chambre. Mais Sally, en toute innocence, déjoue les pièges des apparences et des convenances. C’est en cela que le livre d’Elizabeth von Arnim est savoureux car elle nous octroie une autre lecture, celle de la critique d’une société sclérosée aux rapports homme/femme très vieux jeu. Elle y dénonce le rapport vénal à l’argent et l’hypocrisie en lien avec le qu’en dira-t-on.
Mais par un tour ironique du destin, Elizabeth von Arnim a elle-même servi de modèle à la nouvelle écrite par sa cousine Katherine Mansfield qui dans Une tasse de thé l’incarnait dans le personnage de Rosemary, une aristocrate fortunée et condescendante...
On songe à cette maxime populaire "Est pris qui croyait prendre" et c’est là la même question qui vient à l’esprit du lecteur, est-ce Sally la marionnette ou bien le mari ? Et Jocelyn de nous répondre en s’interrogeant "Tous les maris sont-ils des marionnettes". Mais les écrivains eux-mêmes ne sont-ils pas les jouets de leurs propres fantasmes qu’ils mettent en scène pour mieux les exorciser ?
Françoise Urban-Menninger
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