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L’enfant fini - Edith Msika

dimanche 2 avril 2017, par penvins
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©e-litterature.net

L’enfant est au bord de l’eau, il regarde en face, en face c’est New York dont les tours ont disparu, l’enfant aimerait que ce soit l’Europe. Le début de ce jour ressemble à sa fin, l’atmosphère est celle d’un temps pas arrêté. L’enfant voit une femme un peu triste, sans mari Il aime croire qu’elle vient d’Europe. Par-dessus tout l’enfant redoute la fin de l’enfance, sur son cahier il consigne ses impressions avant qu’elles ne disparaissent, l’enfant souffre de troubles, une équipe – médicale ? – le suit, il ne peut pas remonter à l’origine. L’origine ce sont ces tours percutées, ces corps disséminés en petits bouts, le passé n’existe plus, désespérément l’enfant écrit pour fixer cette enfance qui va s’oublier parce qu’il lui sera bientôt impossible d’y revenir, il rêve de cette femme sans mari qui représenterait la source stable, l’Europe lointaine, l’Hoboken belge qui a donné son nom à cet Hoboken new-yorkais. Inévitablement les tours font penser à un jeu d’échec, celles-ci disparues ne reste qu’un fou à la fin pour attaquer le roi.
Edith Msika met ainsi en musique la perte initiale et le dénuement de l’enfant face à l’absence : quelque chose manque. Ce qui faisait la verticalité n’existe plus. L’équipe demande à l’enfant ce qu’il ressent. Jasper – l’enfant - a douze ans il prend acte du vacillement, de l’incertitude. Les tours n’ont pas protégé le roi : le roi noir n’a pas roqué suffisamment tôt peut-être a-t-il lui aussi disparu ? Il faudra donc que l’enfant accepte le principe de substitution, accepter la substitution c’est accepter de vivre. Peu de choses sont dites dans ce texte qui orchestre la perte de re-père, il ne s’agit pas à proprement parler d’un roman mais plutôt d’une complainte autour de la perte de l’enfance, l’écriture celle d’Edith Msika, mais aussi celle de Jasper intervenant pour fixer tandis que l’enfant s’apprête à sortir :

- Ah, toi aussi, tu aimes bien être dehors ?
- Oui, on dispose d’une dimension supplémentaire à jouer dehors. On peut arriver et s’en aller plus vite, on est mêlé,
- Mêlé !,
- Oui mêlé.

Et d’évoquer les bars et les cafés d’Europe, où l’on se mêle.
Jasper rêve de Clémence Valenti, cette femme qu’il a inventé et qui lui fournirait des points fixes, femme de cette Europe chargée d’histoire tandis que New-York a perdu tout repère, femme des tableaux de la peinture hollandaise du XVIIe siècle Femme lisant à sa fenêtre imaginant ses diverses représentations, son évolution : Puis ça dégénère, les formes s’affalent sur des lits, les jambes en l’air. Petit à petit Jasper imagine Clémence V. jusqu’à se trouver surpris de sa proximité avec une femme adulte

Jasper est un enfant troublé, il juxtapose ses idées dans son cahier ; ce qui s’appelle avoir de la suite dans les idées. Mais à quoi sert d’avoir cette suite dans les idées, surtout quand les idées, visiblement, elles n’en ont pas, de suite ?, Jasper ne peut pas tenir une conversation courante. L’autisme le fascine, il vit désormais dans un monde où le temps n’est plus reconnaissable, se manifeste par bribes. Et nous assistons à ce morcellement, à la fois dans le texte, mais sans doute aussi dans la vie contemporaine qu’Edith Msika semble décrire en prenant bien soin de rester au niveau métaphorique sans oublier de nous dire :
Tout sera crypté, personne ne comprendra ce qu’ils (Jasper et Clémence) se diront. Sur l’échiquier leurs mouvements resteront énigmatiques ! Comme le sera cette rencontre d’un homme et d’une femme qui s’embrassent dans un spectacle d’une grande banalité et qui pourtant laisse Jasper fasciné. L’explication en est peut-être dans cette image de lui dans le ventre d’une femme au moment où les tours sont perforées et la vision fugitive qu’il a de ces deux personnages qui se seront momentanément ‘’assez’’ liés.

Texte énigmatique autour de la fin de l’enfance, texte que l’on ne peut que lire sur plusieurs niveaux L’enfant fini d’Edith Msika est un petit joyau de musique littéraire édité chez un petit éditeur : Cardère. Remercions-le d’avoir pris ce risque.

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