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par
Alice Granger

L’Ultime Humiliation - R Galanaki

jeudi 29 décembre 2016, par penvins
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©e-litterature.net

Portrait de la Grèce en état de crise, de cette Grèce encombrée de son passé, perdue au milieu de la tempête, incapable de retrouver son chemin sinon avec l’aide de ceux qu’elle a abandonnés. Portait d’une génération qui croyait avoir redécouvert la démocratie après les sombres heures de la guerre civile et celles de la junte et qui voit revenir avec la génération nouvelle le spectre de la guerre civile.

La construction du roman, très claire, pourrait laisser croire que le roman est facile, d’autant plus que la traduction malgré sa grande qualité fait perdre un peu de la complexité de la langue de Galanaki, mais le roman est infiniment plus riche qu’il n’y paraît, riche à la fois de la culture grecque que l’on entrevoit sans toujours en saisir toutes les nuances, le traducteur donne plusieurs clefs dans sa postface, mais aussi du vécu de l’auteure qui s’identifie explicitement au personnage de Tirésia, rédigeant à la deuxième personne du singulier les chapitres qui lui sont consacrés alors que tous les autres sont écrits du point de vue du narrateur. Ainsi Rhea Galanaki se met-elle dans la peau d’une ancienne prof de Lettres qui abandonne son nom occidental de Thérèse (θηρεσία) pour celui grec par excellence de Tirésia (Τειρεσία) et qui se perd dans l’Athènes d’aujourd’hui pour avoir voulu défendre sa retraite lors de la manifestation du 12 février 2012.

Le regard poétique de Rhéa Galanaki transforme la place Syndagma en un immense théâtre antique mais où les acteurs sur scène (les parlementaires) – sur cette scène tellement surélevée que le public ne les voient pas – La grande différence de hauteur entre les deux niveaux avait peut-être été calculée à dessein. - sont coupés du peuple en dépit d’un escalier de marbre et de voies latérales qui sont supposés les mettre en communication. Ce sens de la tragédie que l’auteure recrée serait-il en train de renaître sous la pression des manifestants ? Il avait comme disparu au fil des années quand la ville s’était disséminée aux quatre coins de l’horizon et aujourd’hui, lors de cette grande manifestation, la poétesse le fait revenir rappelant une fois encore que gouvernés et gouvernants doivent se parler mais aussi s’opposer de manière immuable, humaine, sacrée : corps contre corps, âme contre âme. Consciente de ce que la génération de L’École polytechnique a été trahie par les politiques La Grèce n’a-t-elle pas été trahie par les deux partis qui se sont succédés au pouvoir ? interroge le fils de Nymphe – Rhéa Galanaki en appelle aux humbles, ses héroïnes se perdent dans la ville qui n’a plus de centre et ne se retrouvent que lorsqu’elles se réapproprient la tragédie : C’était comme si elle (la tragédie) s’était démocratisée et qu’elle ne concernait plus désormais que les humbles et les humiliés. Du jour où Nymphe entraîne Tiresia devant la fresque murale d’un peintre de rue, du jour où celle-ci a l’impression que cet art pictural moderne [réussit] enfin à faire sortir la peinture de la prison des musées, des galeries et des appartements pour l’offrir en partage aux passants [...] les deux vieilles femmes retrouvent avec l’aide du SDF installé en bas de chez elle le chemin de leur foyer.

Tel est bien l’Ultime humiliation. A propos d’une église portant ce nom, celui d’une icône, Rhéa Galanaki dit que le petit peuple Athénien y voyait l’humiliation de Dieu devenu homme et ayant subi la Passion, et la référence latente à l‘espoir de la résurrection. Les jeunes enfants d’Athènes ne l’ont pas encore compris, ils ont au contraire réinventé les antagonismes de la guerre civile, il y a bien sûr ceux qui comme Takis se rangent aux côtés d’Aube dorée, mais il y a aussi les révolutionnaires tel Oreste qui suit aveuglément le fanatisme de ses congénères jusqu’au jour où soupçonné de n’être pas assez radical il est écarté. Galanaki se place résolument du côté de ceux qu’elle appelle les perdants, ceux qui n’ont pas profité de leur héroïsme pour rafler les places et s’en mettre plein les poches. Et Oreste lui aussi finira par pencher du côté des humbles de ceux qui respectent la vie et l’Histoire, de ceux qui accepteront l’hommage rendu au Patriarche, lui qui était furieux que son propre père, politique corrompu, soit intervenu pour le faire libérer.

C’est autour de l’incendie de l’Attikon salle de cinéma réputée d’Athènes que se joue l’avenir révolutionnaire d’Oreste. Ayant retenu la leçon de 2010 lorsque trois employés de la banque Marfin avaient trouvé la mort dans un incendie volontaire. Ce n’était pas son organisation qui avait perpétré cet acte ignoble, mais un autre groupe, ou plutôt un groupuscule constitué d’abrutis de la pire espèce . Galanaki n’est pas tendre avec les extrémistes. Elle fait pourtant dire à son personnage : qu’est-ce que l’incendie d’un cinéma au regard des dizaines de suicides de ces dernières années Oreste exige de ses camarades qu’il n’y ait aucune victime, ce qui le perdra.

Le monde a changé, chaque groupe révolutionnaire affirme que l’Histoire commence par sa propre génération les manifestants d’autrefois qui défendirent leurs droits contre la junte dans l’École Polytechnique sont en bloc honnis : tout le monde accusait maintenant une génération entière, la fameuse génération de l’École polytechnique. Et tous d’affirmer qu’elle était gâtée et corrompue ! Nul ne prenait au sérieux les nombreux perdants de cette génération. Et pourtant c’est de ces perdants que l’on peut espérer le renouveau semble dire Rhéa Galanaki, ni de ceux qui ont fait revenir les vieux démons nazis, ni de révolutionnaires fanatisés.

Dans la salle de cinéma dont seule l’entrée (dans le roman !) a été incendiée par les manifestants, l’héroïne évoque un Minotaure féminin dévorant les jeunes filles et les jeunes garçons et demande que les âmes de ces jeunes gens sacrifiés sans raison obtiennent réparation. Ce que le roman et son auteure accomplissent en se rendant dans ce lieu disparu, descente au royaume des morts, là où se trouve le Père. Là aussi où furent projetés les films d’Angelopoulos (disparu quelques semaines auparavant).

Un roman superbe, riche dont je n’aurais fait qu’évoquer quelques pistes de lecture, un roman indispensable pour comprendre la Grèce d’aujourd’hui elle-même si complexe.



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