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	<title>Exigence : Litt&#233;rature</title>
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		<title>Prendre la vie &#224; pleines mains, Aldo Naouri</title>
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		<dc:date>2013-05-25T13:04:39Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Alice Granger</dc:creator>



		<description>En r&#233;pondant aux questions d'Emilie Lanez, Aldo Naouri reconstitue son parcours intellectuel, et au fil de la lecture nous entendons &#224; quel point le p&#233;diatre tr&#232;s d&#233;cal&#233; qu'il fut a trouv&#233; dans son enfance et notamment dans sa relation &#224; sa m&#232;re les rep&#232;res les plus essentiels pour l'invention d'une clinique qui n'a ressembl&#233; &#224; nulle autre. Une enfance o&#249; ce qui n'a jamais manqu&#233;, ce sont les difficult&#233;s, les &#233;preuves, ainsi que cette secr&#232;te grande (...)

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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;En r&#233;pondant aux questions d'Emilie Lanez, Aldo Naouri reconstitue son parcours intellectuel, et au fil de la lecture nous entendons &#224; quel point le p&#233;diatre tr&#232;s d&#233;cal&#233; qu'il fut a trouv&#233; dans son enfance et notamment dans sa relation &#224; sa m&#232;re les rep&#232;res les plus essentiels pour l'invention d'une clinique qui n'a ressembl&#233; &#224; nulle autre. Une enfance o&#249; ce qui n'a jamais manqu&#233;, ce sont les difficult&#233;s, les &#233;preuves, ainsi que cette secr&#232;te grande estime de soi se fortifiant au rythme des obstacles franchis.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Cette m&#232;re est la m&#232;re paradigmatique qu'il a introduite dans sa pratique afin d'amener les m&#232;res qui lui amenaient leurs enfants malades &#224; oser affronter de face leurs propres m&#232;res en particulier lorsqu'elles semblaient parfaites, ceci parce que la bonne sant&#233; de l'enfant est inh&#233;rente au fait de pouvoir sortir vraiment de ses parents et faire ses exp&#233;riences lui-m&#234;me sans &#234;tre cern&#233; par la peur qu'il lui arrive tous les malheurs.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;En particulier, en explorant le lien de la fille avec sa m&#232;re, et sur la base de sa m&#232;re paradigmatique, Aldo Naouri a tr&#232;s vite entendu, notamment lorsque les premi&#232;res difficult&#233;s se sont point&#233;es au jeune p&#233;diatre seulement arm&#233; de ses comp&#233;tences m&#233;dicales classiques, &#224; quel point il &#233;tait vital que l'enfant puisse recevoir le discours du p&#232;re. Lisant dans ce livre son retour &#224; sa propre histoire, nous sommes frapp&#233;s de l'importance du discours du p&#232;re, pourtant emport&#233; par la mort tr&#232;s jeune, pour le jeune Aldo et ses fr&#232;res et s&#339;urs, un discours relay&#233; par la m&#232;re endeuill&#233;e. On s'aper&#231;oit tout de suite que lorsque la m&#232;re relaie le discours du p&#232;re aupr&#232;s de ses enfants, ceux-ci ne souffrent plus d'une surestimation et d'une narcissisation toxiques, ils peuvent devenir grands au rythme de leurs exp&#233;riences, conscients d'avoir des devoirs et non pas que des droits.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il est frappant de constater que dans cette histoire o&#249; &#224; l'enfant Aldo, qui n'eut pas de jouets dans son enfance, ne fut &#233;pargn&#233; ni la grande pr&#233;carit&#233;, ni la pauvret&#233;, ni surtout l'humiliation &#224; chaque &#233;tape, il eut manifestement une grande confiance en lui, ainsi qu'une incroyable maturit&#233; qui le rendit tr&#232;s t&#244;t conscient de l'opportunit&#233; de l'&#233;cole de la R&#233;publique pour r&#233;ussir somme toute sans trop de difficult&#233; par-del&#224; tant d'immenses difficult&#233;s ! C'est cela qui est incroyable : tant d'&#233;l&#233;ments apparemment n&#233;gatifs au d&#233;part de la vie d'Aldo, qui reste un gar&#231;on ch&#233;tif toutes ses premi&#232;res ann&#233;es, et en fait on a l'impression paradoxale que cela n'a pas &#233;t&#233; un probl&#232;me pour lui de r&#233;ussir, en ayant &#233;t&#233; capable de voir que sa chance r&#233;sidait en l'&#233;cole. Tout semblait pointer l'impasse la plus injuste et la plus in&#233;luctable, du seul fait de n'&#234;tre pas n&#233; du bon c&#244;t&#233;, et puis il y avait l'&#233;cole, et rien n'&#233;tait plus impossible par elle, cette bonne porte, non interdite !&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La m&#232;re paradigmatique a laiss&#233; ses enfants, et notamment le dernier, avoir confiance en leurs propres ressources, les circonstances tr&#232;s dures de la vie ont fait qu'elle les a laiss&#233;s sortir d'elle, d'ailleurs il &#233;tait impossible qu'ils restent dans son cocon protecteur, puisque celui-ci, avec la mort du p&#232;re, &#233;tait d&#233;truit. Le p&#233;diatre form&#233; &#224; la m&#233;decine classique, lorsque les impasses de cette clinique moderne se sont vite r&#233;v&#233;l&#233;es avec les enfants amen&#233;s en consultation, a sans doute &#233;t&#233; pr&#233;par&#233; &#224; soup&#231;onner d'autres possibilit&#233;s par une intelligence, une &#233;coute, et l'art de trouver une ouverture par l'analyse de ce qui lui a permis &#224; lui, dans l'enfance, de s'en sortir tr&#232;s bien.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le pivot est cette m&#232;re paradigmatique, qui, sans doute par la force des choses, a laiss&#233; sortir d'elles ses enfants, en croyant en leur propres ressources, ce qui leur a offert une estime de soi tr&#232;s loin d'une logique de l'humiliation tapie derri&#232;re la m&#232;re toute-puissante qui voit toujours son enfant petit, qui ne saurait pas s'en sortir sans elle, ni la fille devenant m&#232;re ne saurait s'en sortir sans les conseils de sa m&#232;re.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La chance d'Aldo Naouri a &#233;t&#233; de trouver l'humiliation &#224; l'ext&#233;rieur et non pas, tr&#232;s perverse et tr&#232;s occult&#233;e, de la part d'une m&#232;re parfaite voyant ses enfants incapables de se d&#233;brouiller sans elle t&#233;l&#233;guidant tout dans un go&#251;t tr&#232;s narcissique du pouvoir. A propos de l'&#233;cole, par exemple, c'est l'enfant Aldo lui-m&#234;me qui comprend que l'&#233;cole c'est sa chance, tandis qu'une m&#232;re parfaite aura elle-m&#234;me de l'ambition pour ses enfants et saura quelle &#233;cole choisir, forc&#233;ment la mieux. La m&#232;re paradigmatique d'Aldo, tr&#232;s loin des m&#232;res d'aujourd'hui qui balisent tout pour leur enfant en oubliant de lui donner confiance en ses propres ressources et ses capacit&#233;s de se d&#233;brouiller, est une m&#232;re illettr&#233;e, qui ne parle que le jud&#233;o-lybien, mais son fils, abandonn&#233; &#224; sa vie mais toujours dans le cadre d'une solidarit&#233; familiale exceptionnelle, va apprendre le fran&#231;ais, et vite d&#233;vorer les livres, sans nul besoin d'un balisage parental ! Les possibilit&#233;s, sur la terre de la vie, se pr&#233;sentent au fur et &#224; mesure, ainsi que les rencontres, autant d'opportunit&#233;s &#224; exploiter. D&#233;brouillardise incroyable ! Par exemple, le fr&#232;re a&#238;n&#233; sait tr&#232;s bien calculer qu'en d&#233;clarant que son petit fr&#232;re Aldo a un an de moins qu'en r&#233;alit&#233;, la famille aura une ration de lait en plus sur la terre d'accueil alg&#233;rienne !&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Aldo Naouri garde toujours cette &#233;trange modestie, comme si c'&#233;tait la trace de l'humiliation subie de l'ext&#233;rieur et qui &#233;tait la marque du caract&#232;re abrupt de la terre o&#249; vivre, o&#249; il s'agit d'en faire des choses, de donner de soi, pour qu'elle soit agr&#233;able &#224; vivre. Et puis, cette modestie ne prot&#233;gerait-elle pas de ce mauvais &#339;il que la m&#232;re ne perdait jamais de vue. La modestie comme art de la guerre, qui consiste &#224; ne jamais sous-estimer l'ennemi en se surestimant soi-m&#234;me ? Bien s&#251;r il s'agit de cet art de la guerre en vue de la paix faite avec les autres. Les enfants tr&#232;s surestim&#233;s n'ont aucune chance d'apprendre cet art de la guerre permettant de pr&#233;parer la paix avec les autres, on leur a appris, comme ils ont &#233;t&#233; regard&#233;s en famille comme les plus intelligents, comme sup&#233;rieurs aux autres, que les autres sont inf&#233;rieurs&#8230; L'art de la guerre consiste &#224; ne pas sous-estimer l'autre, mais &#224; comprendre ses faiblesses, afin qu'une paix soit possible dans un temps o&#249; l'homme n'est plus un loup pour l'homme.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Dans la pratique clinique qu'il a tr&#232;s vite invent&#233;e, sur la base de difficult&#233;s &#224; soigner les enfants avec les m&#233;thodes de la m&#233;decine moderne, et en acceptant de se castrer de la croyance m&#233;dicale en la toute puissance de cette m&#233;decine du progr&#232;s, on dirait qu'Aldo Naouri a su avec une grande intelligence et une finesse d'exception percevoir que cette faiblesse r&#233;sidait dans la non coupure du cordon ombilical et donc que l'enfant surprot&#233;g&#233; n'a pas v&#233;ritablement cette estime de soi si ses parents ne l'ont jamais cru capable d'affronter les &#233;preuves lui-m&#234;me, d'aller vers la vie seul &#224; l'image d'Aldo allant vers l'&#233;cole seul en laissant sa m&#232;re illettr&#233;e derri&#232;re lui.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Mais ce livre tr&#232;s int&#233;ressant, qui nous pr&#233;sente Aldo Naouri comme l'enfant paradigmatique qui nous manque tant aujourd'hui, j'ai essay&#233; de le lire aussi entre les lignes, comme une remont&#233;e dans le temps, jusqu'&#224; cette fracture provoqu&#233;e par le deuil. Et c'est une sorte de lettre de cette femme frapp&#233;e de plein fouet que j'ai tent&#233; de lire, avec les cons&#233;quences sur les enfants, l'organisation familiale autour de l'imp&#233;ratif de la solidarit&#233;, le destin du petit dernier, Aldo, d'abord objet de tous les soins mais jamais prot&#233;g&#233; du r&#233;el de la vie.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Cette m&#232;re : endeuill&#233;e par la mort de son mari deux mois avant la naissance d'Aldo. L'arriv&#233;e de ce gar&#231;on dernier d'une famille nombreuse a d&#251; se faire dans la sensation aigu&#235; d'un chamboulement irr&#233;m&#233;diable, dans l'ouverture b&#233;ante d'un d&#233;sir lancinant remettant paradoxalement l'&#233;poux en premi&#232;re place par-del&#224; le gar&#231;on encore en gestation. Face &#224; cette catastrophe, la disparition de l'homme qui assurait mat&#233;riellement la famille, une femme tr&#232;s forte se d&#233;tache, tout en signifiant par son deuil que son d&#233;sir ne saurait &#234;tre combl&#233; : cette m&#232;re impose aux enfants, ceux qui le peuvent d&#233;j&#224; comme cet a&#238;n&#233; de 17 ans, et les autres ensuite au fur et &#224; mesure, d'assumer &#224; la place et au nom du p&#232;re, il n'y a pas le choix, la vie exige la participation de chacun, la voie de l'identification qui se trace pour le dernier enfant, celui qui na&#238;t apr&#232;s la disparition du p&#232;re, est celle de la responsabilit&#233;, il s'agit de payer une taxe sur ce qu'on gagne pour que la terre o&#249; vivre ait une mat&#233;rialit&#233;. Le dernier des fr&#232;res n'y &#233;chappera pas, lui aussi se laissera &#171; taxer &#187; (c'est le mot qu'il emploie) par sa m&#232;re ! Une m&#232;re biologique au sens strict, c'est-&#224;-dire la m&#232;re du temps de la gestation, est gratuite pour l'enfant f&#339;tus reli&#233; &#224; elle, mais apr&#232;s la naissance, la terre, y compris familiale, ne l'est plus, elle exige une organisation, et la contribution de chaque humain. Quelle le&#231;on donn&#233;e par cette m&#232;re si atypique, si anachronique aujourd'hui ! Mais m&#234;me au temps de la gestation, il y a d&#233;j&#224; une contribution &#233;trang&#232;re &#224; la biologie maternelle ! En effet, on sait maintenant que le placenta est enti&#232;rement d'origine paternelle ! Une fois n&#233;s, les enfants sont donc fortement incit&#233;s &#224; faire comme le p&#232;re le faisait d&#233;j&#224; biologiquement au temps de la gestation, puis mat&#233;riellement ensuite : ils doivent payer une taxe pour que la mat&#233;rialit&#233; de la vie dehors soit possible, viable, et pour pouvoir prendre la vie &#224; pleines mains !&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;D'embl&#233;e, le dernier enfant, dont toute la fratrie prend soin aux c&#244;t&#233;s de la m&#232;re, sait que la gratuit&#233; n'existe pas. Lui aussi, comme ses fr&#232;res, lorsqu'il gagnera de l'argent, devra donner sa part &#224; sa m&#232;re, y compris pour les dots de ses s&#339;urs et l'organisation de leurs mariages. Le p&#232;re reste omnipr&#233;sent par ce que ses fils, jusqu'au dernier qu'il n'a pas connu, doivent faire et donner en son nom, et il reste pour ainsi dire sexuellement pr&#233;sent aupr&#232;s de son &#233;pouse par le deuil sans fin tel un d&#233;sir que les enfants ne sauraient combler. Cette m&#232;re tr&#232;s forte veille &#224; ce que ses gar&#231;ons fassent pour la vie mat&#233;rielle de la famille et ensuite pour elle jusqu'&#224; la fin de ses jours, ce que le p&#232;re faisait. Une part de la vie de ces gar&#231;ons, et donc du dernier d'entre eux, Aldo, reste du c&#244;t&#233; du p&#232;re, &#224; assurer en son nom, &#224; sa place, la vie familiale qui doit continuer. En quelque sorte, &#224; travers ses gar&#231;ons, et par l'exigence tr&#232;s forte de cette m&#232;re, on pourrait dire que le p&#232;re reste avec son &#233;pouse jusqu'au bout, il est l&#224; par la sollicitude mat&#233;rielle de ses enfants, il est l&#224; par la langue jud&#233;o-arabe que, par exemple, Aldo parlera toujours avec elle. Cette langue, certes maternelle, n'est-ce pas aussi celle du temps du p&#232;re vivant ? Par ailleurs, il faut noter que dans l'histoire d'Aldo Naouri, ce sont les femmes qui&#8230; &#171; taxent &#187; ! Ses fr&#232;res, et ensuite lui, assument non seulement la vie mat&#233;rielle de la famille, puis maintiennent &#224; l'abri cette m&#232;re jusqu'&#224; la fin de sa vie, mais paient aussi les dots et l'organisation des mariages de leurs s&#339;urs, sans jamais se r&#233;volter ! L'&#233;pouse d'Aldo Naouri elle-m&#234;me cesse de travailler apr&#232;s la naissance du deuxi&#232;me enfant, semblant rejoindre un statut de la femme immuable parce que surplomb&#233; par la figure de cette m&#232;re et par la tradition : tr&#232;s &#233;trangement, le c&#233;l&#232;bre p&#233;diatre affirme que c'est &#224; sa femme qu'il doit tout en ce qui concerne sa r&#233;ussite professionnelle si atypique, et non pas &#224; sa m&#232;re ! Comme si son &#233;pouse &#233;tait sa m&#232;re apais&#233;e, r&#233;par&#233;e, n'ayant plus &#224; pousser ce g&#233;missement guttural qu'on imagine que sa m&#232;re enceinte hurla lorsqu'elle apprit la mort de son &#233;poux. La r&#233;ussite professionnelle, et donc mat&#233;rielle, d'Aldo Naouri, signifie la paix, l'abri, le cocon, pour cette &#233;pouse, et, pour le gar&#231;on devenu si efficace, elle est la plus solide r&#233;sistance au cri guttural d&#233;chirant ut&#233;rin entendu &#224; travers la paroi par le f&#339;tus. La r&#233;ussite mat&#233;rielle de l'&#233;poux s'&#233;crit dans le corps de l'&#233;pouse, et le cri guttural d&#233;chirant devient jouissance. C'est peut-&#234;tre pour cela qu'Aldo Naouri pr&#233;f&#233;ra rester p&#233;diatre, ne devint pas psychanalyste : il dit qu'il n'est pas all&#233; jusqu'&#224; remettre en question cette m&#232;re de la tradition, qui ne travaille pas&#8230; Comme s'il s'agissait pour lui d'inverser le cri guttural d&#233;chirant prononc&#233; par l'&#233;pouse brutalement abandonn&#233;e par l'&#233;poux mort, comme s'il s'agissait d'assurer au contraire qu'il ne manquerait jamais : la parole gutturale de jouissance de l'&#233;pouse efface le cri guttural d&#233;chirant de la m&#232;re enceinte qui entra comme une effraction dans les oreilles du f&#339;tus gar&#231;on.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;C'est tr&#232;s frappant de constater que dans sa pratique de p&#233;diatre atypique et d&#233;cal&#233;, Aldo Naouri ne cesse de dire aux m&#232;res d'&#234;tre des femmes laissant revenir aupr&#232;s d'elles leur &#233;poux et qu'elles acceptent donc la s&#233;paration d'avec leurs enfants afin qu'ils aillent prendre leur vie &#224; pleines mains&#8230; Comme si, au c&#339;ur de sa pratique, se nichait ce chiffre &#233;trange, ce basculement du cri guttural d&#233;chirant en cri de jouissance, par lequel le bouchon de l'&#233;pouse ce n'est pas l'enfant, voire les enfants &#171; tax&#233;s &#187;, mais l'&#233;poux qui, bien mieux qu'eux, a les moyens de payer la &#171; taxe &#187;&#8230; En fin de compte, sa fa&#231;on singuli&#232;re de mettre fin &#224; cette m&#232;re &#171; taxant &#187; ses enfants, c'est une r&#233;ussite professionnelle splendide ! Voici une mani&#232;re tr&#232;s tr&#232;s d&#233;tourn&#233;e&#8230; de mettre en cause sa m&#232;re !&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ce n'est donc pas par hasard s'il &#233;crit que c'est &#224; son &#233;pouse qu'il doit tout en ce qui concerne l'aventure de sa pratique clinique, et en aucun cas &#224; sa m&#232;re ! Le c&#233;l&#232;bre p&#233;diatre, en situation d'en savoir long sur les probl&#232;mes familiaux transmis de g&#233;n&#233;rations en g&#233;n&#233;rations, qui mettent en p&#233;ril la sant&#233; des enfants emp&#234;ch&#233;s de prendre la vie &#224; pleines mains car, d'une mani&#232;re ou d'une autre, ils restent les bouchons de la m&#232;re, propose implicitement, il me semble, la chose qui d&#233;noue l'impasse et apaise : le bouchon de la m&#232;re, qui r&#233;siste au trou, &#224; l'ab&#238;me, &#224; la catastrophe, c'est l'&#233;poux &#233;ternel, celui qui assure, c'est lui le dernier enfant, celui qui reste dans le ventre, qui r&#233;int&#232;gre sa place, et qui, de l'int&#233;rieur, r&#233;ussit &#224; se boucher ses propres oreilles, puisque les sons de la jouissance noieront ceux de la d&#233;chirure.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Mais, dans cette histoire incroyable, l'homme r&#233;ussi est celui qui bouche bien la femme trou&#233;e, il incarne le redevenir vivant de l'&#233;poux mort d'autrefois qui, d&#233;sormais, ne manquera pas&#8230; &#224; son &#233;pouse : quelle r&#233;sistance au trou, &#224; la faille, voire &#224; l'avalanche de la naissance ! La m&#232;re &#233;ternellement endeuill&#233;e d'Aldo Naouri, c'est-&#224;-dire la femme trou&#233;e, la m&#232;re matricielle aspir&#233;e dans un ab&#238;me, on dirait qu'elle n'a jamais cess&#233;, &#224; travers cette taxe exig&#233;e aux enfants masculins, de demander un bouchon, c'est-&#224;-dire un &#233;poux, &#224; cette &#233;poque sans doute impossible. Ce serait en ne cessant d'entendre cette demande impossible de cette femme, sa m&#232;re trou&#233;e horriblement, qu'Aldo Naouri a trouv&#233; moyen de la satisfaire en satisfaisant son &#233;pouse&#8230; On imagine un lien assez fusionnel entre eux&#8230;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La d&#233;dicace du livre est tr&#232;s explicite : &#171; A Jeanne, mon &#233;pouse, souveraine, &#224; jamais. &#187; Il aurait pu &#233;crire : &#171; pour toujours &#187;, mais non, c'est&#8230; &#224; jamais. En effet, cette formulation convient mieux au dernier enfant qu'est l'&#233;poux, celui qui ne sort &#171; jamais &#187; du ventre. Pardon &#224; Aldo Naouri d'aller jusque-l&#224; dans ma lecture ! Il va se dire, prenons de la distance par rapport &#224; une telle lecture ! Oublions !&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Si la pratique p&#233;diatrique d'Aldo Naouri a &#233;t&#233; aussi unique, et n'a peut-&#234;tre pas fait tant d'&#233;mules que &#231;a, ne serait-ce pas parce que quelqu'un qui a &#233;t&#233; structur&#233; par une telle enfance, cela n'existe plus aujourd'hui ? En tout cas, quel contraste entre les enfants d'aujourd'hui, que les parents doivent choyer et s'assurer que rien ne leur manque comme si le p&#232;re les laissait envahir l'espace familial tel un ut&#233;rus virtuel jamais quitt&#233;, et ce p&#233;diatre d&#233;cal&#233; qui fut un enfant d'embl&#233;e confront&#233; au deuil maternel, &#224; ce trou au sein d'elle, et donc au manque, au d&#233;racinement, au deuil, &#224; l'humiliation, mais n'en a pas moins brillamment r&#233;ussi &#224; saisir &#224; pleines mains la vie ! Certes il rappelle que la m&#233;decine, et en particulier la p&#233;diatrie, sont de l'ordre d'une logique maternelle. Mais sa logique maternelle &#224; lui est-elle intacte d'une logique paternelle parl&#233;e par la m&#232;re ? N'est-elle pas sur le point d'&#234;tre mise en cause par un gigantesque basculement provoqu&#233; par une logique de manque, une logique qui l'air de rien alt&#232;re le fait que ce serait les enfants qu'il faudrait mettre &#224; l'abri de ce manque, alors qu'en v&#233;rit&#233; il est de plus en plus &#233;vident que le trou qu'il faut combler, c'est celui de cette femme criant gutturalement son deuil intime qui incarne le d&#233;sir dans ce qu'il a d'impossible ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;A l'aube de sa vie, pour Aldo un p&#232;re c'est, par le fracas effroyable du deuil qui fait un trou &#224; l'int&#233;rieur du corps gestationnel, quelqu'un qui le s&#233;pare d'une m&#232;re matricielle. D'embl&#233;e, l'absent, l'invisible, trace la voie pour le futur homme : il devra devenir celui qui sera capable de transformer le cri guttural d&#233;chirant en sons int&#233;rieurs de jouissance. La transmission du message, pour ainsi dire d'homme &#224; homme, se fait &#224; l'int&#233;rieur d'un malstrom sexuel. Un message qui donne son identit&#233; sexuelle au gar&#231;on, et qui &#233;tablit une diff&#233;rence sexuelle : d'une part une femme trou&#233;e, pour laquelle dans cette histoire le deuil signifie l'impossible du d&#233;sir, et d'autre part un gar&#231;on qui doit devenir puissant, qui doit avoir la capacit&#233; de r&#233;pondre &#224; la demande de paiement de la taxe, qui n'est pas seulement mat&#233;rielle, mais aussi sexuelle.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Entre l'enfant nouveau-n&#233; et cette m&#232;re, il y a un p&#232;re invisible dont la disparition mat&#233;rialise une catastrophe. Il sera toujours entre. La m&#232;re mettra, par son deuil, toujours son mari entre l'enfant et elle. Les enfants, on l'imagine, certes assurent mat&#233;riellement la vie familiale en place du p&#232;re, mais ce p&#232;re pour toujours, en n&#233;gatif, s&#233;pare la m&#232;re des enfants. Le p&#233;diatre Aldo Naouri, &#224; travers une logique apparemment maternelle, aurait-il fond&#233; sa clinique sur la base d'un p&#232;re s&#233;parateur qui force ses enfants, par la m&#232;re, &#224; faire en son nom &#224; lui plus qu'en leur nom en mati&#232;re de paiement d'une taxe &#224; la m&#232;re ? Jusqu'&#224; r&#233;ussir &#224; organiser leur propre vie selon une parit&#233; sexuelle tr&#232;s bien d&#233;finie depuis l'enfance, m&#234;me et peut-&#234;tre surtout si le p&#232;re a disparu. Ce quelque chose de guttural qu'Aldo Naouri a retrouv&#233;, en rapport avec la langue maternelle jud&#233;o-lybienne, et qui serait le chiffre de sa psychanalyse, permettant sa conclusion, ne serait-ce pas le d&#233;sir de cette femme, sa m&#232;re, qu'aucun enfant, m&#234;me pas le dernier, ne pouvait combler, sinon &#224; aller le combler aupr&#232;s de leur propre &#233;pouse, en tant qu'homme et non en tant qu'enfant ? Chiffre d'un d&#233;sir rest&#233; b&#233;ant par la mort de l'&#233;poux, d&#233;sir qu'aucun enfant ne peut satisfaire, et qui d&#233;signe la place sexu&#233;e de l'homme, que ne saurait prendre aucun enfant. Loi de l'interdit de l'inceste.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;C'est s&#251;r qu'avec une enfance &#224; proximit&#233; d'une m&#232;re au d&#233;sir aussi impossible &#224; satisfaire par un ou des enfants, ce p&#233;diatre ne put qu'&#234;tre en total d&#233;saccord avec cet ut&#233;rus virtuel offert aux enfants d'aujourd'hui, qu'ils peuvent envahir &#224; leur guise ! La v&#233;rit&#233; de sa m&#232;re, ce d&#233;sir infiniment tourn&#233; vers le mari disparu, d&#233;masque ces m&#232;res d'aujourd'hui qui pr&#233;tendent que leurs enfants sont leurs bouchons, tandis que les p&#232;res disparaissent d'autant mieux qu'ils ne sont plus positionn&#233;s sexuellement par rapport aux femmes. Les femmes n'auraient-elles plus de d&#233;sir pour les hommes d&#232;s lors qu'elles auraient des enfants ? La pratique clinique d'Aldo Naouri &#233;coute les paroles des m&#232;res dans leur ambigu&#239;t&#233; &#224; l'&#233;gard de leurs enfants. Une ambigu&#239;t&#233; qui laisse entendre que leur d&#233;sir, l'enfant ne saurait en v&#233;rit&#233; le combler, et qu'en dehors d'eux, il y a autre chose. Cet autre chose peut-il d'ailleurs &#234;tre combl&#233; par le bouchon d&#233;finitif que serait l'&#233;poux, qui ne saurait voir le trou en tant que telle, c'est-&#224;-dire la diff&#233;rence sexuelle des femmes ? C'est tr&#232;s amusant d'entendre entre les lignes qu'avec une telle &#233;pouse souveraine, le c&#233;l&#232;bre psychiatre ne risque plus d'&#234;tre confront&#233; au trou puisqu'il le comble et que, ainsi, lui-m&#234;me y reste &#224; l'abri&#8230; On ne peut jamais, ainsi, d&#233;cider si c'est une femme, trou&#233;e, ou si c'est une m&#232;re, avec son bouchon &#224; l'int&#233;rieur&#8230;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Un p&#232;re, donc, n'&#233;pargnant pas le s&#233;isme d'un changement de logique ? Ce que l'enfant Aldo partage de plus profond, de plus intime, tel un cri guttural, ne serait-ce pas cette sensation de catastrophe, de s&#233;isme, de destruction, qui, mine de rien, d&#233;termine depuis l'aube de sa vie son destin d'homme qui saura comme son p&#232;re vivant repousser le cri guttural de la femme trou&#233;e par ses sons gutturaux de jouissance ? Cri guttural d'une m&#232;re matricielle qui s'ab&#238;me, abandonnant &#224; la vie l'enfant masculin qui saura se d&#233;brouiller pour r&#233;ussir de mani&#232;re ad&#233;quate en fid&#233;lit&#233; au p&#232;re parl&#233; par la m&#232;re jusque dans son deuil ? Comme si la bonne sant&#233; d'un enfant &#233;tait en v&#233;rit&#233; conditionn&#233;e par ce cri guttural d'une m&#232;re qui est forc&#233;e de laisser faire la d&#233;chirure, une m&#232;re vivant de mani&#232;re visc&#233;rale la fin d'un temps, et transmettant le message qui conditionnera inconsciemment une pratique p&#233;diatrique d'exception : la femme trou&#233;e ce qu'elle d&#233;sire c'est le retour &#224; elle d'un &#233;poux ayant la puissance de colmater et remplir ce trou, et &#231;a, de la part de l'homme ayant su accomplir admirablement son destin, ce sera la seule mani&#232;re de lib&#233;rer les enfants &#171; tax&#233;s &#187; de probl&#232;mes afin qu'ils puissent prendre &#224; pleines mains leur vie. Cette m&#232;re qui &#171; taxe &#187; ses enfants masculins au nom du p&#232;re plus qu'en leur nom, c'est une femme qui leur d&#233;signe implicitement leur r&#244;le d'&#233;poux comme bouchon de la femme trou&#233;e ! C'est une m&#232;re qui, en ayant l'air d'exiger de ces enfants masculins d'&#234;tre des bouchons, leur transmet le v&#233;ritable message : le bouchon, ce n'est pas l'enfant, c'est l'&#233;poux, qui revient et reste au sein du ventre mieux que le dernier enfant. Et &#231;a, n'est-ce pas exactement ce que dit le p&#233;diatre c&#233;l&#232;bre aux parents, afin que ceux-ci, par une m&#232;re dont le trou est combl&#233;, soient lib&#233;r&#233;s d'avoir &#224; gu&#233;rir les maux familiaux.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;On pourrait dire que sa m&#232;re, forc&#233;e par les circonstances, ne lui a jamais &#233;pargn&#233; le risque de vivre, au contraire elle l'a forc&#233; &#224; prendre la vie &#224; pleines mains, avec en surplomb la figure du p&#232;re vivant comme l'identit&#233; sexuelle &#224; rejoindre pour &#234;tre &#224; la hauteur face &#224;&#8230; l'&#233;pouse, femme certes trou&#233;e mais confiante en voyant venir son vrai bouchon.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La logique est d'embl&#233;e pour l'enfant Aldo celle d'un d&#233;racin&#233; du dedans maternel car ce n'est pas ce dedans-l&#224; que le gar&#231;on doit d&#233;sirer, le deuil lui-m&#234;me lui signifie qu'un absent l'habite et le dilate de douleur. Cette m&#232;re n'a plus d'int&#233;rieur pour le garder comme dans un refuge, et &#224; plusieurs reprises cette destruction originaire se trouve r&#233;it&#233;r&#233;e &#224; l'ext&#233;rieur, la famille est forc&#233;e de quitter le pays natal lybien et part pour l'Alg&#233;rie o&#249; les r&#233;fugi&#233;s vivent des ann&#233;es dans la pr&#233;carit&#233;, l'installation &#233;tant impossible, puis c'est le d&#233;part d&#233;finitif pour la France. Il y a aussi une fracture linguistique marquant un interdit : la langue qu'Aldo parle avec sa m&#232;re comme s'il le faisait en place et au nom du p&#232;re, le jud&#233;o-arabe, il ne peut pas la parler ailleurs, &#224; partir du moment o&#249; la famille doit, en 1942, quitter la Libye natale parce que Mussolini ne veut plus sur le territoire que des Italiens, et les Naouri ont la nationalit&#233;&#8230; fran&#231;aise depuis 100 ans par la lign&#233;e paternelle qui avait tenu &#224; la garder. Le jeune Aldo, qui a 5 ans, et sa famille doivent apprendre une nouvelle langue, le fran&#231;ais. Le d&#233;paysement linguistique est immense : les juifs d'Alg&#233;rie parlent peu le jud&#233;o-arabe, et l'arabe alg&#233;rien diff&#232;re de l'arabe libyen. On peut dire qu'avec cette obligation d'apprendre le fran&#231;ais, c'est le p&#232;re du jeune exil&#233; qui surplombe la famille en d&#233;signant une autre terre o&#249; aller &#233;tudier et r&#233;ussir, m&#234;me mort il d&#233;termine le destin de cette famille par la nationalit&#233; fran&#231;aise transmise par ses ascendants et que lui-m&#234;me avait d&#233;sir&#233; garder. Ce changement radical de langue est une marque d&#233;finitive du p&#232;re, une marque qui s&#233;pare la vie future du fils de celle avec sa m&#232;re, m&#234;me s'il prendra soin d'elle jusqu'&#224; la fin de ses jours, et gardera le jud&#233;o-arabe pour lui parler. Cette m&#232;re n'a jamais eu le pouvoir d'&#233;pargner &#224; ses enfants d'avoir &#224; apprendre une autre langue, d&#233;sign&#233;e par la nationalit&#233;, une question symbolique, au contraire elle d&#233;signe le lointain o&#249; aller r&#233;ussir . Une autre langue, pour vivre. La nationalit&#233; fran&#231;aise, curieusement gard&#233;e par les ascendants de la lign&#233;e Naouri, vaut terre promise, lumi&#232;re au bout du tunnel, naissance possible sur une terre o&#249; il sera possible de prendre la vie &#224; pleines mains.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il y a dans l'histoire d'Aldo Naouri une m&#233;taphore de naissance, &#224; travers ces d&#233;racinements successifs, jusqu'&#224; ce que la v&#233;ritable d&#233;livrance s'effectue comme une arriv&#233;e sur la terre de France. La question de l'humiliation, si sensible tout au long de cette enfance en d&#233;racinement, en installation impossible en Alg&#233;rie, parce qu'ils sont juifs, parce qu'ils ne parlent pas la langue, parce qu'ils sont mal habill&#233;s, parce qu'ils sont pauvres, semble jouer les affres d'un accouchement, v&#233;cues par l'enfant qui est en train de passer d'un &#233;tat impuissant &#224; un autre o&#249; tel un homme adulte il sera puissant, d'une logique &#224; une autre logique.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;D'ailleurs, nous pouvons nous demander si la pratique invent&#233;e par Aldo Naouri ne se fonde pas sur ce &#171; passage &#187;, ce d&#233;racinement originaire, cette s&#233;paration entre m&#232;re ut&#233;rine et enfant mis en demeure de prendre la vie dehors &#224; pleines mains. Aldo Naouri le passeur, l'accoucheur, l'annonceur de la disparition de ce placenta totalement d'origine paternelle. Aldo Naouri introduit un &#233;l&#233;ment majeur dans sa pratique, inspir&#233; de la mort de son p&#232;re deux mois avant sa naissance et ouvrant le d&#233;sir ingu&#233;rissable de sa m&#232;re, cette disparition s'inscrit symboliquement comme fin annonc&#233;e du temps matriciel, tandis qu'une nationalit&#233; d'origine paternelle elle aussi pointe la terre promise au n&#233;. Lorsqu'il dit que, dans sa pratique, il s'int&#233;ressa plus aux parents qu'&#224; leurs enfants, ne serait-ce en effet pas pour inscrire symboliquement la disparition d'un p&#232;re placentaire, disparition irr&#233;m&#233;diable qui a pour cons&#233;quence aussi la disparition de la m&#232;re matricielle, et d'un ut&#233;rus virtuel extensible &#224; l'infini. Ce p&#232;re reste telle la nationalit&#233; s'ouvrant comme la terre promise, une nationalit&#233; qui apaise cette sorte de masochisme primaire suscit&#233; par l'humiliation, humiliation qui met en relief l'impuissance originaire de l'enfant &#224; combler sa m&#232;re aussi bien qu'a la puissance de le faire le p&#232;re.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;En Libye, en Alg&#233;rie, le jeune Aldo se sent en effet atteint douloureusement par les attaques humiliantes, assur&#233;ment lui et les siens sont diff&#233;rents, ils sont tr&#232;s pauvres, ils sont juifs, ils sont des &#233;trangers m&#234;me en Libye puisqu'ils ne sont pas italiens mais fran&#231;ais. Mais est-ce si grave, si la vie est ailleurs, sur cette terre que la nationalit&#233; promet, cette terre que le p&#232;re et sa lign&#233;e ont d&#233;sign&#233; comme la leur ? Si, comme l'&#233;crit Aldo Naouri, sa m&#232;re est le pivot de la famille, &#171; taxant &#187; ses enfants c'est-&#224;-dire leur demandant de lui donner une partie de leurs revenus (d&#232;s la mort du p&#232;re, c'est le fils a&#238;n&#233; qui, &#224; 17 ans, travaille pour nourrir sa m&#232;re et ses fr&#232;res et s&#339;urs, et ainsi de suite pour les enfants suivants d&#232;s qu'ils travaillent), c'est qu'elle d&#233;signe &#224; ses enfants la terre de cette autre langue, le fran&#231;ais. Dans la direction trac&#233;e, Aldo sera tr&#232;s vite un &#233;l&#232;ve brillant, dot&#233; d'une grande m&#233;moire. Mais jamais cette m&#232;re ne regardera son fils comme un petit g&#233;nie, et s'il devient docteur, il n'est certes pas le seul ! C'est comme si elle ne se sentait jamais la destinataire de la r&#233;ussite de ses enfants, de son fils Aldo, jamais elle ne d&#233;signera cette r&#233;ussite comme son chef-d'&#339;uvre &#224; elle. Pour elle, c'est juste normal qu'il r&#233;ussisse, elle ne le voit pas comme un exceptionnel g&#233;nie qu'elle aurait, en superchampionne super intelligente su pondre ! La satisfaction de cette r&#233;ussite, elle laisse en quelque sorte sa bru en t&#233;moigner&#8230;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;En tout cas, parce qu'est venu son tour de devoir payer cette &#171; taxe &#187; demand&#233;e par sa m&#232;re, Aldo Naouri s'installera vite comme p&#233;diatre, il ne passera pas l'internat, n'aura pas de carri&#232;re hospitali&#232;re. C'est-&#224;-dire que la demande de sa m&#232;re lui interdira d'avoir acc&#232;s &#224; un d&#233;ploiement plus narcissique de sa r&#233;ussite. Il semble tr&#232;s facilement s'en sevrer, de cette possibilit&#233; narcissique que ses capacit&#233;s intellectuelles lui promettent. Au-del&#224; de cette humiliation qu'il conna&#238;t depuis son enfance et pendant de longues ann&#233;es, on dirait qu'il y a une autre sorte d'humiliation, une sorte d'auto-humiliation le for&#231;ant &#224; plier la nuque raide du narcissisme. L'imp&#233;ratif premier est d'&#234;tre &#224; son tour un soutien de famille pour sa m&#232;re, donc de gagner de l'argent. Cette taxe maternelle. Si les enfants, comme il le rappelle souvent, ne rencontrent le p&#232;re que dans la parole de la m&#232;re, par la mani&#232;re dont elle en parle et si elle le pr&#233;sente comme un coupeur de cordon ombilical ou non, ne pourrait-on pas dire aussi que cette m&#232;re-l&#224;, qui &#171; taxe &#187;, impose une certaine id&#233;e du p&#232;re. Si bien que, pour rester fid&#232;le &#224; ce p&#232;re-l&#224; qui s'occupe du d&#233;sir de son &#233;pouse en se faisant son bouchon tel un dernier enfant en son abri, ne dirait-on pas que celui qui devint un p&#233;diatre c&#233;l&#232;bre s'est coup&#233; d'une autre aventure, qu'il n'aurait pu commencer qu'en disant non &#224; la demande maternelle ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Bref, l'imp&#233;ratif le plus fort est pour lui d'avoir les moyens d'assumer une femme, veillant &#224; ce qu'elle ne manque de rien, comme dans la hantise qu'elle manque de quelque chose, comme nous imaginons que dans la vie commen&#231;ante d'un couple la pr&#233;carit&#233; est forc&#233;ment pr&#233;sente. Ne dirait-on pas qu'ob&#233;ir &#224; la demande de la femme souveraine a prim&#233; sur une ambition plus singuli&#232;re, plus solitaire. D'embl&#233;e, lui c'est elle. Non sans une forme incroyable de r&#233;ussite ! Cette brillante r&#233;ussite, cette c&#233;l&#233;brit&#233; qu'il veut toujours voiler par une &#233;trange modestie, masquerait-elle le sacrifice d'un dernier-n&#233; pour s'occuper de sa m&#232;re, en fid&#233;lit&#233; avec une tradition o&#249; les femmes ne travaillent pas, gardiennes de la maison, de l'abri ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Aldo Naouri a toujours dit que pour que l'enfant aille bien et puisse prendre sa vie singuli&#232;re &#224; pleines mains, il fallait s'int&#233;resser aux parents, afin de d&#233;gager cet enfant de la double histoire dans laquelle il est pris &#224; l'insu de tous. D'une certaine mani&#232;re, il n'est question que de l'enfant Aldo, dans ce livre ! Bien s&#251;r, toutes les humiliations subies, les mises &#224; l'&#233;cart, la pr&#233;carit&#233;, le sentiment d'&#233;tranget&#233; d'un enfant qui manque de tout en d&#233;couvrant un monde o&#249; non seulement il manque beaucoup moins de choses mais o&#249; il y a des objets encore jamais vus ni soup&#231;onn&#233;s, tout cela nourrit peut-&#234;tre cette croyance d'&#234;tre puni pour une faute qu'il ignore, tout cela pouvait contribuer &#224; nourrir le d&#233;sir d'une certaine normalit&#233;. Le d&#233;sir de fonder une famille o&#249; il serait l'&#233;poux d'une femme combl&#233;e et le p&#232;re vivant et &#224; la hauteur d'enfants n'ayant ni &#224; souffrir des humiliations ni &#224; payer de &#171; taxe &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Cette m&#232;re qui s'habilla toujours &#224; l'ottomane m&#234;me en exil pouvait le faire d&#233;sirer une femme qui ne se ferait pas remarquer ainsi, une femme &#224; qui l'&#233;poux ne manquerait pas. L'allure de cette femme n'attirant pas sur elle le mauvais &#339;il gu&#233;rirait de l'humiliation provoqu&#233;e par une m&#232;re si d&#233;cal&#233;e mais difficilement affrontable si l'enfant lui doit tant.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ne pourrait-on pas dire qu'Aldo Naouri a brillamment invent&#233; une nouvelle clinique en s'organisant autour des enfants sur la base de son propre cas clinique ? Lui, il n'aurait pas pu dire non &#224; sa m&#232;re &#233;ternis&#233;e dans une figure de la femme qui ne travaille pas et qui est d&#233;pendante de son &#233;poux puis de ses enfants en place du p&#232;re disparu ? La m&#232;re, qui &#233;tait si attentive dans ses rituels pour chasser le mauvais &#339;il qui pouvait s'attaquer &#224; la sant&#233; de ses enfants, n'aurait-elle inconsciemment emp&#234;ch&#233; que ce fils prenne plaisir &#224; se voir dans le miroir sans cette culpabilit&#233; dont l'arme &#233;tait la modestie ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il nous vient &#224; l'esprit qu'il n'a jamais vu son p&#232;re, qu'il lui a toujours manqu&#233; cette image, et que ce n'est qu'en tant qu'image narcissique invisible, en tant qu'ambition coup&#233;e, qu'il peut lui-m&#234;me se voir. Se voir disparu en tant qu'ambition autre, non conditionn&#233;e &#224; la m&#232;re et &#224; la taxe ? Il me semble lire, entre les lignes de ce livre, quelque chose de disparu avant d'avoir pu &#234;tre visible, dans le destin de cet homme qui a su, pourtant, r&#233;sister avec g&#233;nie tout en paraissant ob&#233;ir &#224; sa m&#232;re&#8230; C'est avec g&#233;nie, autorit&#233;, force, qu'il a peu &#224; peu invent&#233; une pratique dans laquelle le m&#233;decin est aussi quelqu'un d'autre, tr&#232;s attach&#233; &#224; ce que les enfants qui viennent &#224; lui soient encore plus d&#233;livr&#233;s des n&#233;vroses de leurs parents que gu&#233;ris de leurs maux.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Aldo Naouri, on le sent encore extr&#234;mement admiratif de cette m&#232;re d'un autre temps, qui avait recours aux traitements traditionnels en m&#234;me temps qu'&#224; la m&#233;decine normale. Ce soigneur d'un genre nouveau, qui s'est tellement int&#233;ress&#233; &#224; la possible origine des maux des enfants dans les n&#233;vroses familiales afin que s'op&#232;re par cette &#233;coute attentive une d&#233;livrance, une fin du mauvais &#339;il, a veill&#233; comme personne &#224; prendre soin de sa m&#232;re. Bien s&#251;r, ce fut une organisation familiale de survie, une exceptionnelle solidarit&#233; entre les diff&#233;rents membres. Bien s&#251;r, c'&#233;tait une m&#232;re juive.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Voil&#224; : Aldo, l'enfant paradigmatique ! A lire, &#233;videmment !&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Alice Granger Guitard&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>



	<item>
		<title>La fi&#232;vre - JMG Le Clezio / J-F Paoli : le souci du temps (2&#232;me partie)</title>
		<link>http://www.e-litterature.net/publier3/spip/spip.php?article413</link>
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		<dc:date>2013-05-23T08:36:30Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Paul Vialard</dc:creator>



		<description>voir ici la premi&#232;re partie

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&lt;a href="http://www.e-litterature.net/publier3/spip/spip.php?rubrique5" rel="directory"&gt;LITTERATURE&lt;/a&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;a href=&quot;http://www.e-litterature.net/publier3/spip/spip.php?page=article5&amp;id_article=412&quot;&gt;voir ici la premi&#232;re partie&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>



	<item>
		<title>La fi&#232;vre - JMG Le Clezio / J-F Paoli : le souci du temps (1&#232;re partie)</title>
		<link>http://www.e-litterature.net/publier3/spip/spip.php?article412</link>
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		<dc:date>2013-05-23T08:14:05Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Paul Vialard</dc:creator>



		<description>voir ici la deuxi&#232;me partie

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&lt;a href="http://www.e-litterature.net/publier3/spip/spip.php?rubrique5" rel="directory"&gt;LITTERATURE&lt;/a&gt;


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	</item>



	<item>
		<title>Modernes catacombes, R&#233;gis Debray</title>
		<link>http://www.e-litterature.net/publier3/spip/spip.php?article406</link>
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		<dc:date>2013-05-14T08:43:29Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Alice Granger</dc:creator>



		<description>R&#233;gis Debray se demande : &#171; A quoi &#231;a sert la litt&#233;rature ? &#187; Il nous r&#233;pond par la plume de Gracq : c'est un refuge contre tout le machinal du monde. &lt;br /&gt;Alors, comment reconna&#238;tre les incarnations de ces vrais r&#233;sistants qui nous invitent par la litt&#233;rature ? &#171; Modernes catacombes &#187;, le livre de R&#233;gis Debray, nous offrent de pr&#233;cieux indices. Lui-m&#234;me nous appara&#238;t comme le r&#233;sistant &#224; tout le matriciel du monde, depuis tr&#232;s longtemps, lui qui est n&#233; sans doute du bon c&#244;t&#233; des choses, (...)


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;R&#233;gis Debray se demande : &#171; A quoi &#231;a sert la litt&#233;rature ? &#187; Il nous r&#233;pond par la plume de Gracq : c'est un refuge contre tout le machinal du monde.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Alors, comment reconna&#238;tre les incarnations de ces vrais r&#233;sistants qui nous invitent par la litt&#233;rature ? &#171; Modernes catacombes &#187;, le livre de R&#233;gis Debray, nous offrent de pr&#233;cieux indices. Lui-m&#234;me nous appara&#238;t comme le r&#233;sistant &#224; tout le matriciel du monde, depuis tr&#232;s longtemps, lui qui est n&#233; sans doute du bon c&#244;t&#233; des choses, et qui, curieusement, est all&#233; vers ceux qui sont du mauvais c&#244;t&#233; des choses, ceux qui ne sont pas prot&#233;g&#233;s, jusqu'&#224; s'int&#233;resser de plus en plus au m&#233;dium et &#224; la m&#233;diologie, c'est-&#224;-dire &#224; ces inventions qui, au cours des si&#232;cles, ont permis de transporter vers un nombre de plus en plus grand d'&#234;tres humains des choses qui &#233;taient r&#233;serv&#233;es &#224; une poign&#233;e de privil&#233;gi&#233;s (la roue, l'imprimerie, le chemin de fer, l'avion, le num&#233;rique, Internet, la t&#233;l&#233;vision, etc.) R&#233;volution par invention de nouveaux m&#233;diums qui a toujours une double face : tentation de l'extension de pouvoir des privil&#233;gi&#233;s de leur monde matriciel d&#233;multipli&#233; en en vendant des erzats &#224; un nombre de plus en plus grands d'humains dont les envies sont programmables et vont profiter &#224; l'&#233;conomie si leur norme est celle des privil&#233;gi&#233;s dans leur&#8230; refuge. La soci&#233;t&#233; marchande fait ses calculs sur ce postulat que tous les &#234;tres humains ne d&#233;sirent pas autre chose que cet univers matriciel bien rempli dont d&#233;sormais les images circonviennent de partout les ombiliqu&#233;s que nous serions tous. Mais l'autre face de cette r&#233;volution est la r&#233;sistance possible, le sevrage, le refus du formatage afin de pouvoir dire je et ouvrir des yeux naissants sur une terre dont le paradigme n'est pas celui d'une matrice. Une terre qui implique une autre logique et une organisation pour d&#233;fendre ce territoire, sur la base d'un sevrage, d'une mise dehors, d'un abandon &#224; la vie n&#233;e. Il y a dans la vie et l'&#339;uvre de R&#233;gis Debray la volont&#233; imp&#233;rieuse d'aller d&#233;fendre cette terre de la vie qui commence avec la naissance, une terre menac&#233;e par le paradigme quasiment canc&#233;reux d'une logique matricielle qui ne finirait jamais. Une terre dont par exemple Gracq t&#233;moignerait pourtant envers et contre tout, dans sa solitude tranquille. Julien Gracq la sent mat&#233;riellement, cette terre, par chacun de ses sens. Sa r&#233;alit&#233; est celle d'un n&#233;. Pour lui, le monde matriciel, celui d'une &#233;lite, n'a plus aucun sens. Il est aussi sevr&#233; des images de cet autre monde, o&#249; rien ne manque et qui dicterait le bon go&#251;t, et qui colonise par ce nouveau m&#233;dium de la vid&#233;osph&#232;re. L'&#233;crivain Julien Gracq incarne la non faim de toutes ces choses envahissantes et produites &#224; n'en plus finir qui sont en train de mener &#224; bien un traitement de masse des humains par l'hame&#231;on du postulat selon lequel chacun d'eux voudrait perp&#233;tuer le temps matriciel reli&#233; dont le mode de vie des privil&#233;gi&#233;s est le paradigme agressif. Le sevrage, pour ne pas en &#234;tre r&#233;duit &#224; une vie totalement impos&#233;e et format&#233;e, &#224; une vie de masse uniformis&#233;e, ouvre le regard sur une terre &#224; d&#233;fendre, une terre en danger d'&#234;tre envahie par les ennemis dont les soldats seraient les &#234;tres massifi&#233;s. La figure du G&#233;n&#233;ral de Gaulle prend alors une tout autre importance ! Derri&#232;re cette r&#233;sistance &#224; l'ennemi nazi, ne faut-il pas entendre, sous la plume de R&#233;gis Debray une autre r&#233;sistance, une r&#233;sistance &#224; un ennemi qui prit lors de cette guerre le visage du lib&#233;rateur, une r&#233;sistance &#224; l'am&#233;ricanisation de la France et de l'Europe, une r&#233;sistance au r&#232;gne de la marchandise et &#224; la mise en branle du traitement de masse des humains ? Le titre du livre de R&#233;gis Debray, &#171; Modernes catacombes &#187;, en dit long sur une d&#233;faite de notre pays sous couvert de la f&#234;te de la lib&#233;ration, dont nous ne sommes pas encore revenus, r&#233;duits &#224; r&#233;sister dans des catacombes&#8230; Ce livre fait revenir, comme l'on dit du refoul&#233;, une d&#233;faite longtemps forclose, et invite &#224; ne pas se laisser faire, et &#224; la gagner, cette guerre.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;R&#233;gis Debray nous livre sa curiosit&#233; infinie pour la g&#233;n&#233;ration pr&#233;c&#233;dente, celle qui connut la guerre 39-45, il se sent li&#233; &#224; eux non seulement par un courant souterrain, mais par un caract&#232;re national, bref par ce regard sur une terre &#224; d&#233;fendre, celle que les yeux naissants d&#233;couvrent. Cette g&#233;n&#233;ration-l&#224; est d'avant les linguisteries et les sociologismes, elle est d'un temps o&#249; la musique importait, et o&#249; &#233;crire n'&#233;tait pas r&#233;diger. On dirait que R&#233;gis Debray attire notre attention, avec cette allusion aux linguisteries et sociologismes, &#224; la langue et aux langages objets d'une main-mise de la part de gens ayant appris depuis leur enfance, dans leur milieu privil&#233;gi&#233;, &#224; les ma&#238;triser, et capables ensuite de dominer en s'en servant comme d'une machine de guerre pour occuper la sph&#232;re intellectuelle, les gens mal n&#233;s &#233;tant enfonc&#233;s dans leur impuissance suppos&#233;e &#224; bien parler leur langue et donc, les pauvres, vou&#233;s au mauvais go&#251;t. Arm&#233;s de linguisteries, de sociologismes voire de psychanalismes, on peut m&#234;me s'int&#233;resser &#224; l'&#233;closion de la langue jusque chez les gens souffrants, ceux chez qui la souffrance dominerait la joie de l'&#233;closion po&#233;tique et musicale de la parole, dans cet exercice le pouvoir est toujours aux mains de ceux qui savent admirablement parler, ceux qui, donc, parleraient pour les autres, et recevraient des palmes pour &#231;a. Il y a des intellectuels qui sont si brillants par leur parole et leurs &#339;uvres, qui ont m&#234;me l'air de savoir parler pour tous ceux qui ne le peuvent pas, qui subjuguent par cette capacit&#233; d'exception, qui sont invit&#233;s de par la plan&#232;te parce que leur parole a une puissance renomm&#233;e, il y a des intellectuels &#224; la brillance incontestable qui semblent innocents de la castration radicale qu'ils tentent de r&#233;aliser chez ceux qui n'ont pas eu le bon &#233;levage, mais dont le silence est parlant. On ne peut pas brillamment &#233;couter ce silence parlant si on ne se met pas en cause dans cet exercice langagier si brillant qui vous place du bon c&#244;t&#233; toujours, pourvus d'une capacit&#233; de parole comme d'un phallus. R&#233;gis Debray, faisant allusion &#224; ces linguisteries et sociologismes qui ont marqu&#233; les trente glorieuses, n'orienterait-il pas nos regards vers des tanks militaires faits de ma&#238;trises langagi&#232;res, et qui seraient bien plus insidieusement envahissants que les tanks sovi&#233;tiques envahissant Prague ? Pourtant, mine de rien, en faisant glisser son int&#233;r&#234;t vers les r&#233;volutions du m&#233;dium, de la technologie, des outils, il nous montre &#224; quel point ce pouvoir-l&#224; sur le mode de vie des humains est infiniment plus fort et plus r&#233;volutionnaire que le pouvoir des id&#233;es et des discours. La soci&#233;t&#233; marchande v&#233;hicul&#233;e jusqu'&#224; chaque humain de la plan&#232;te, via la r&#233;volution par les images et le num&#233;rique, prouve qu'il existe un pouvoir bien plus fort que celui de l'id&#233;ologie, des id&#233;es, des discours !&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;R&#233;gis Debray nous invite d'une part &#224; r&#233;aliser que nous n'avons en r&#233;alit&#233; pas gagn&#233; la guerre avec la lib&#233;ration gr&#226;ce aux lib&#233;rateurs, que la guerre froide a fait d&#233;ferler des tanks invisibles sur nos terres d'Europe, le mur de Berlin ayant &#233;t&#233; &#233;rig&#233; pour mieux aiguiser le d&#233;sir d'&#233;tendre l'am&#233;ricanisation vers l'Est, et d'autre part il incarne une r&#233;sistance silencieuse et sevr&#233;e qui ne craint pas le m&#233;pris et la guerre du go&#251;t. Depuis longtemps, il incarne la r&#233;sistance &#224; l'am&#233;ricanisation, et il dit &#224; ceux qui veulent l'entendre que m&#234;me pour quelqu'un qui est n&#233; dans le bon milieu il y a une autre vie, non matricielle. Quitte &#224; faire curieusement profil bas, par ironie ou par strat&#233;gie. On se dit qu'&#224; la guerre le masochisme est ce qui peut le mieux tromper un ennemi persuad&#233; de sa sup&#233;riorit&#233;&#8230;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;C'est donc tr&#232;s logique que le premier &#233;crivain auquel R&#233;gis Debray s'int&#233;resse, dans la partie inaugurale de son livre nomm&#233;e &#171; Couteaux &#187;, soit Philippe Sollers. Celui-ci lui avait dit avec, on imagine, beaucoup de commis&#233;ration : la m&#233;diologie, est-ce bien s&#233;rieux ? Debray r&#233;torque par l'&#233;criture, adoptant la posture maso, que le m&#233;diocre a du go&#251;t pour Sollers, pour son c&#244;t&#233; lapin agile, jubilatoire, bon enfant, plus dou&#233; que la moyenne. L'insubmersible b&#234;te m&#233;diatique int&#233;resse le m&#233;diologue. Pourquoi ? Parce qu'il fait beaucoup de bruit pour peu de chose ! On dirait que R&#233;gis Debray en sait personnellement long sur ce peu de chose, par cette sorte de communaut&#233; d'origine sociale. Sollers reste &#233;ternellement de ce milieu comme un paradis, tandis que Debray sent tr&#232;s t&#244;t la r&#233;alit&#233; d'un autre monde, celui non matriciel de la communaut&#233; humaine des n&#233;s, par ce saut logique inh&#233;rent &#224; la naissance. Mais on dirait que Debray regarde un alter ego qu'il a laiss&#233; derri&#232;re lui lorsqu'il parle du bel air de Sollers, de ce brillant d'esprit, et il laisse J.P.Aron le d&#233;crire &#171; cynique, n'ayant foi qu'en son int&#233;r&#234;t, insensible aux valeurs, dispens&#233; de sentiments et coiff&#233; de modes. &#187; Debray souligne malicieusement que Sollers a un int&#233;r&#234;t local et non pas international, qu'il est une figure r&#233;currente du paysage parisien mais bien plus il est le traceur de l'air du temps : Sollers est le g&#233;nie du temps, qu'il saisit in vivo. Le m&#233;pris est ce qu'il &#233;conomise le moins, &#233;crit Debray avec une sorte de masochisme strat&#233;gique qui nous laisse entendre que le gu&#233;rillero aux prises avec un alter ego qui semble tellement sup&#233;rieur &#224; lui ne craint pas de simples &#233;gratignures. Entre eux deux il s'agit bien de gu&#233;rilla, et le gu&#233;rillero du go&#251;t se fait le v&#233;rificateur de poids et mesures. Toujours en bonne place, l'avant-gardiste est selon Debray soucieux de ne rater aucun train, mais &#224; chaque nouveau d&#233;part il se met dans le fourgon de queue. Dans le mouvement, les voiles gonflent toutes seules, l'&#233;poque change de chemise, lui aussi. Bref, lui qui se croit en &#233;criture au comble de l'audace y poursuit la sage aventure d'un bourgeois s&#233;culaire qui s'imagine incarner la litt&#233;rature et est convaincu d'en avoir le monopole. En v&#233;rit&#233;, il prolonge UNE litt&#233;rature, il parlait r&#233;cemment de la France avec la m&#234;me voix que les maurrassiens d'antan de l'anti-France, Brasillach, C&#233;line, etc. se sentaient eux-aussi pers&#233;cut&#233;s par le moisi, le ranci, le born&#233;, Drieu avait pour ennemis les buveurs de Pernod,, les joueurs de belote, en 1999 depuis la capitale Sollers doit r&#233;g&#233;n&#233;rer nos paysans croupis. Debray poursuit en mettant en exergue le d&#233;dain (litt&#233;raire sans doute) de Sollers pour la souffrance sociale, l'important pour lui est sa vie &#224; vivre au singulier Voici dix g&#233;n&#233;rations de r&#233;flexes de classe et de caste, insolence des riches : haine du litt&#233;rateur pour le petit professeur, haine de l'&#233;cole et d&#233;go&#251;t des pedzouilles, haine de l'h&#233;ritier pour le boursier, m&#233;pris du nomade branch&#233; pour le goitreux des Alpes. Et, s'&#233;tonne Debray, Sollers serait-il aussi soucieux de d&#233;tonner, de se singulariser, s'il n'&#233;tait aussi parfaitement dans le ton ? La fonction sociale du litt&#233;rateur &#224; succ&#232;s, poursuit-il, n'est-elle pas d'exprimer &#224; la cantonade l'inconscient refoul&#233; de la bonne soci&#233;t&#233;. Philippe Sollers n'a jamais quitt&#233; la bonne soci&#233;t&#233; matricielle bourgeoise, qu'il a retrouv&#233;e ailleurs, il est de cette bourgeoisie-l&#224;, qui sait le bon go&#251;t, et sait s'approprier avec intelligence des auteurs, c'est s&#251;r qu'on s'arme du langage comme ce n'est pas possible dans un milieu non privil&#233;gi&#233;. C'est s&#251;r que dans ce milieu bourgeois, depuis l'enfance on baigne dans des paroles qui disent l'appropriation privil&#233;gi&#233;e de la culture, des auteurs, on vous dit de partout le bon go&#251;t, la bonne musique vous caresse comme les mains des femmes. Dans cette lanc&#233;e, vous allez &#234;tre celui qui lit le mieux Kafka, Artaud, Sade, Claudel, Joyce, Pound, et pourtant ces auteurs, qu'est-ce qu'ils ont souffert, sous leurs &#339;uvres il y a la prison, l'exil, l'opprobre, la pers&#233;cution, le sang. Voici la terreur par le style, voici le racisme du bel esprit, d&#233;rivant d'une sup&#233;riorit&#233; esth&#233;tique (acquise dans ce milieu) par transmission &#224; distance. Mais Debray d&#233;c&#232;le chez Sollers une certaine abdication, du d&#233;sespoir chez ce non-dupe, et alors il path&#233;tise son r&#244;le, ou le valorise. Le meilleur c&#244;t&#233; de Sollers selon Debray ? Sa client&#232;le d'auteurs fid&#232;les, des meilleurs, et voici un conformisme transgressif. Sollers se livre &#224; la publicit&#233; marchande en attaquant la marchandise publicitaire. Dommage, &#233;crit Debray, Sollers avait tout pour devenir un vrai bon, s'il avait su se quitter &#224; temps ! S'il avait su quitter son milieu matriciel ? L'&#233;crivain Sollers ne serait-il pas le paradigme du bonheur et du malheur d'une g&#233;n&#233;ration de paix ? R&#233;f&#233;rence au XVIIIe si&#232;cle : le parfum&#233; Fragonard cher &#224; Sollers cache Watteau qui, outre les f&#234;tes galantes, a peint la guerre. Sollers a eu une enfance du c&#244;t&#233; des femmes, avec une m&#232;re qui ne travaille pas, luxe de temps, petites et fr&#233;quentes maladies qui le font objet de leurs petits soins, corps entre ces mains. Sollers ne vit jamais de saut logique, de vrai d&#233;racinement, sa litt&#233;rature au contraire semble chanter l'exception, lui il a r&#233;ussi &#224; ne pas &#234;tre d&#233;racin&#233;, &#224; ne pas perdre son tissu placentaire et son eau amniotique, et l'autre vie, celle o&#249; l'on est pr&#233;cipit&#233; &#224; la naissance, il l'ignore, elle ne le concerne pas, il la d&#233;nie par le m&#233;pris pour le moisi. Ce n'est pas qu'il ne parle pas du trou de la naissance, de la femme trou&#233;e, au contraire, il &#233;crit que les femmes c'est la mort ! Mais la mort de quoi ? D'un ancien r&#233;gime ? D'un monde matriciel ? Le secret de sa litt&#233;rature, c'est comment il a toujours r&#233;ussi &#224; &#233;viter d'&#234;tre attir&#233; au fond du maelstr&#246;m si bien &#233;crit par Edgar Poe&#8230; Attendre que le maelstr&#246;m se calme en s'agrippant &#224; un objet qui est aspir&#233; moins vite au fond d&#233;chiqueteur du tourbillon, et alors voici l'homme aux cheveux blancs si fier d'avoir &#233;chapp&#233; au trou ! Virtuose, Sollers ! Les Sollers, c'&#233;tait quoi leur affaire, se demandera-t-on dans cent ans, demande Debray ? Le luth, les d&#233;s, la bagatelle, la convocation &#224; La Fenice du divin Mozart et de Zarathoustra danseurs dans les &#233;toiles ? Cela ne donnera pas le change, conclut-il ! Quelle excellente gestion de carri&#232;re, en fin de compte, &#233;crit-il ! De plus en plus t&#233;l&#233;g&#233;nique, voici l'image qui d&#233;cide, qui conduit au livre. Soci&#233;t&#233; du spectacle en pare-balles. Notable qui en abat du boulot&#8230; quel virtuose, devenir un bon auteur et un bon patron en tirant du matin au soir sur son fume-cigarette au bar du Port-Royal ! Description de Philippe Sollers rest&#233; dans son milieu, rythme de vie pareil &#224; celui de son enfance. Mais c'est l&#224; qu'il faut pr&#233;ciser, ce que ne fait pas R&#233;gis Debray dans son livre. Il s'attaque &#224; Philippe Sollers comme l'incarnation et le pr&#233;curseur des g&#233;n&#233;rations actuelles pour lesquelles la soci&#233;t&#233; de consommation mat&#233;rialise un monde qui est &#224; l'image du monde bourgeois o&#249; rien ne manque, &#224; l'image d'un monde matriciel jamais quitt&#233;, un monde qui n'a jamais connu la guerre paradigme de la naissance, de cette destruction qui abandonne &#224; une nouvelle logique. Bien s&#251;r, Sollers ne se reconna&#238;tra en rien dans cette soci&#233;t&#233; marchande et du spectacle, et c'est tr&#232;s logique, puisque c'est son monde &#224; lui, celui de la bonne bourgeoise qui ne manque pas de bon go&#251;t, qui est le mod&#232;le secret pour sa marchandisation. On a d'un c&#244;t&#233; le prototype noble, au tr&#232;s bon go&#251;t, et de l'autre ces clones idiots. Pour entendre l'&#233;crivain Philippe Sollers comme embl&#233;matique de notre soci&#233;t&#233; contemporaine, ce que semble sous-entendre R&#233;gis Debray en s'opposant &#224; lui et en se retournant vers des &#233;crivains et des hommes du pass&#233;, il importe d'&#233;couter comment il raconte, dans ses livres, son enfance. C'est frappant de voir l'importance des femmes, un vrai gyn&#233;c&#233;e, o&#249; elles sont oisives, tandis que le p&#232;re, dont l'&#233;crivain parle parfois comme d'un d&#233;serteur, travaille, assure ce confort bourgeois. Le jeune gar&#231;on, dernier de la famille, son milieu est fait de femmes, m&#232;re, tantes, s&#339;urs, et le fait qu'il soit souvent malade nous pr&#233;sente un corps dont le statut est d'&#234;tre en des mains qui prodiguent des soins. D'un c&#244;t&#233; ce p&#232;re d&#233;serteur, de l'autre ces femmes oisives, douces et dr&#244;les comme du tissu placentaire. En tout cas, gar&#231;on objet des soins, des sollicitudes, voire aussi des surveillances. Femmes qui sont toutes des sortes de m&#232;res, le gar&#231;on est le dernier, elles sont plus &#226;g&#233;es, tout autour. Plus &#226;g&#233;es : &#224; retenir ! Impression du rythme d'un temps oisif, on baigne dans l'oc&#233;an amniotique, &#231;a s'assure tout seul, on n'est pas dans le monde du travail, on n'a pas &#224; y penser. Le gar&#231;on va r&#233;sister, il ne succ&#233;dera pas &#224; son p&#232;re, celui gr&#226;ce auquel le gyn&#233;c&#233;e n'avait pas &#224; se pr&#233;occuper de travailler, celui qui garantissait ce milieu bourgeois c&#244;t&#233; oisif des femmes. Gar&#231;on qui d&#233;cidera de rester toute sa vie c&#244;t&#233; femmes, et &#233;crira. D'une certaine mani&#232;re, il restera dans le giron des femmes. Evoquant les femmes d'exception qui ont compt&#233; dans sa vie, tr&#232;s r&#233;cemment &#224; la t&#233;l&#233;vision, il a insist&#233; pour dire qu'elles ont toutes &#233;t&#233; bien mieux que lui ! Comme ramenant au temps du petit gar&#231;on et des femmes plus grandes que lui. Le milieu de l'enfance est tr&#232;s incestueux. Le gar&#231;on, on l'imagine, est l'objet de tous les soins, de toutes les attentions, voire de toutes les surveillances, et le statut de son corps est r&#233;gl&#233; : toutes ces mains, tous ces regards, tous ces crit&#232;res d'&#233;ducation de la bonne soci&#233;t&#233;, toute cette culture, toutes ces valeurs, et toute cette conscience d'&#234;tre dans le bon go&#251;t. Gar&#231;on qui ferait ce pari : je ne quitterai pas ce paradis, ce milieu matriciel, l'oisivet&#233; des femmes esseul&#233;es on peut la retrouver partout. Il y a cette id&#233;e du gar&#231;on tr&#232;s attach&#233; &#224; sa m&#232;re, voire &#224; ses m&#232;res. Il y a un corps de gar&#231;on qui, via les maladies de l'enfance en particulier, est en puissance aux mains expertes des femmes m&#232;res. Ces femmes sont beaucoup mieux que le petit gar&#231;on, elles ont l'exp&#233;rience, et du temps, et ne veulent-elles pas toutes un b&#233;b&#233; ? Un bouchon ? C'est astucieux, se faire bouchon pour le trou. Le futur &#233;crivain &#233;chappe au calcul qui est fait sur lui pour qu'il aille travailler, comme son p&#232;re, afin d'assurer sa future famille. Il &#233;chappe &#224; &#231;a, reste au gyn&#233;c&#233;e, et la vie des hommes qui travaillent, sur la terre o&#249; les n&#233;s sont abandonn&#233;s , cela ne le concernera jamais. Il ne sera jamais comme son p&#232;re l'homme qui assurera le confort bourgeois de sa famille. Il restera celui qui jouit de l'int&#233;rieur de ce confort jamais quitt&#233;. Et c'est l&#224; qu'Eugenia, la jeune femme basque qui est la bonne alors qu'il a quinze ans, va jouer un r&#244;le consid&#233;rable. Elle a trente-cinq ans, donc vingt ans de plus que l'adolescent. C'est elle qui est active et experte. C'est elle qui en a. Qui l'initie, lui apprend tellement de choses qu'il pourra faire &#224; d'autres femmes. Cette premi&#232;re femme est, comme par hasard, bisexuelle. L'adolescent sera aupr&#232;s d'autres femmes le savoir-faire de cette premi&#232;re femme&#8230; Il sera comme elle aupr&#232;s d'elles&#8230; Un savoir-faire dans l'initiation sexuelle pr&#233;coce tr&#232;s proche de celui d'une m&#232;re prenant soin du b&#233;b&#233; entre ses mains. Cette hauteur experte sur le petit, un gar&#231;on. Voici le conseil donn&#233; par Philippe Sollers il y a quelques jours, &#224; la t&#233;l&#233; : l'initiation sexuelle le plus t&#244;t possible, par une femme plus &#226;g&#233;e, qui lui apprendra plein de choses. Sinon un homme ne saura rien faire. Eugenia est une femme tr&#232;s ind&#233;pendante. Une femme plus &#226;g&#233;e, qui n'attendra rien de lui, qui ne voudra pas qu'il devienne comme son p&#232;re, celui qui travaille. Jamais des femmes qui puissent attendre de lui un r&#244;le financier. Eugenia est le nom d'une femme qui incarne sa r&#233;sistance au calcul fait sur lui par sa famille pour qu'il continue la lign&#233;e du p&#232;re. C'est le nom d'une femme qui signe son d&#233;sir de ne pas sortir du gyn&#233;c&#233;e, de ne pas dispara&#238;tre dans le trou et en ressortir en homme qui assure sa famille, son milieu bourgeois. Ce milieu amniotique, matriciel, c&#244;t&#233; des femmes assur&#233;es oisives, doit lui rester r&#233;serv&#233; sans qu'il l'assure. Alors, en marge d'une grande &#233;cole qui doit bien le former &#224; devenir comme son p&#232;re en le rajeunissant, voici qu'il &#233;crit son premier roman, qui raconte l'amour avec Eugenia. &#171; Une curieuse solitude &#187;. Une r&#233;sistance absolue &#224; devenir comme son p&#232;re, &#224; se pr&#233;parer &#224; entrer dans le monde du travail et des hommes. Le succ&#232;s de ce premier roman va dans le sens de cette r&#233;sistance, de ce refus, de ce refuge. C'est par ce premier roman que Philippe Sollers rencontre une deuxi&#232;me femme encore plus &#226;g&#233;e que la premi&#232;re, et &#233;trang&#232;re comme Eugenia : Dominique Rolin, la plus belle des femmes. Le fait que ce soit une &#233;trang&#232;re entre en &#233;cho avec le fait qu'il offre &#224; l'exil&#233;e, dont l'exil est redoubl&#233; par le deuil, une sorte de nouvelle patrie, celle de l'amour, amour tr&#232;s oedipien. Coup de foudre imm&#233;diat, et retrouvailles avec une situation enfantine : comme la m&#232;re reste esseul&#233;e &#224; cause d'un mari d&#233;serteur, s'ennuyant dans son oisivet&#233; tandis que l'homme va dans un autre monde gagner de quoi faire perdurer ce monde privil&#233;gi&#233;, cette femme est en grand deuil, son mari vient de mourir. Un jeune gar&#231;on tr&#232;s attachant, tr&#232;s au fait de ce paradis du gyn&#233;c&#233;e, et devenu expert par Eugenia pour bien savoir aimer les femmes, voir les tirer de leur sommeil sensuel, vient &#224; elle pour toujours comme un retour. C'est aussi un dispositif oedipien parfait : la figure paternelle ne reviendra plus, la figure maternelle est tout &#224; lui, le gar&#231;on est son petit bouchon. Cette femme de vingt-cinq ans son a&#238;n&#233;e ne lui demandera rien d'autre, elle n'a besoin de rien, elle n'attendra jamais de lui qu'il l'assure mat&#233;riellement, il sera dans la position du dernier enfant, un gar&#231;on. Son refus de devenir comme son p&#232;re est d&#233;sormais entendu. Le tableau de Giorgione peint &#224; merveille l'amour entre Philippe Sollers et Dominique Rolin : une femme qui ne vieillit pas garde son sein &#224; l'air pour allaiter quand il veut un jeune homme, celui-ci, que l'on devine en &#233;rection est libre d'aller o&#249; il veut vivre des aventures, sans doutes avec des femmes libres qui ne lui demanderont jamais rien d'autre que ce qu'il sait merveilleusement leur faire en perp&#233;tuant aupr&#232;s d'elles les le&#231;ons d'une premi&#232;re femme. La femme allaitante laisse d'autant mieux aller le jeune homme qu'elle sait qu'il lui reviendra toujours : c'est une sorte de jeu du for-da freudien, elle jette la bobine et elle revient, son b&#233;b&#233; va jouer et revient. Ensuite, va se pr&#233;parer un mariage. Le mariage, &#231;a met l'homme en demeure d'assurer, d'une mani&#232;re ou d'une autre, face &#224; la femme qu'il &#233;pouse. Si une femme accepte, comme on dit, de venir partager sa vie, il doit avoir mat&#233;riellement quelque chose &#224; partager et &#224; lui offrir. Essentiellement, ce que Philippe Sollers va offrir &#224; sa future &#233;pouse, ce n'est pas du patrimoine. C'est rien moins que la France, qu'une nouvelle patrie. Voici une &#233;trang&#232;re, tr&#232;s brillante, qui sait parler et de quoi parler comme personne, qui est vraiment tr&#232;s arm&#233;e de sa capacit&#233; de parole pour s&#233;duire la plan&#232;te, et on imagine qu'elle tire cette capacit&#233; d'une enfance dans un certain milieu qui ne d&#233;pare pas avec celui de Sollers. Etrang&#232;re venue de l'Est, d'un pays communiste, et qui, de ce fait, ne peut esp&#233;rer r&#233;ussir dans son pays. Son p&#232;re est dans le collimateur, peut-&#234;tre est-elle comme Ath&#233;na sortie de la t&#234;te de Zeus, mais en tout cas ce p&#232;re en pays communiste ne peut rien pour sa fille, il s'agit plut&#244;t de la k&#233;nose orthodoxe, de la descente du p&#232;re sous terre, laissant sa fille, pourtant bien arm&#233;e par sa capacit&#233; de parole, seule, &#224; la recherche d'une patrie plus accueillante. Voici Philippe Sollers, le jeune homme qui sait faire avec les femmes, qui propose &#224; la plus brillante des femmes le mariage, c'est-&#224;-dire la France, ainsi que son milieu bourgeois qui, on l'imagine, est une sorte de retrouvailles pour Kristeva, le pays de l'enfance sauf le communisme. Il faut entendre Julia Kristeva dire qu'elle est fran&#231;aise : on dirait qu'elle l'est de naissance, enracin&#233;e, &#238;le de R&#233;, oc&#233;an amniotique autour. Avec la virtuosit&#233; de sa capacit&#233; de parole, et s'appuyant sur sa nouvelle patrie, Julia Kristeva a les moyens de son ind&#233;pendance mat&#233;rielle, on imagine que, tr&#232;s reconnaissante car une patrie c'est beaucoup mieux que ce qu'un mari peut d'habitude offrir &#224; sa femme, elle n'attend pas de Sollers qu'il l'assume. Julia Kristeva a tr&#232;s vite une activit&#233; internationale, elle est une intellectuelle, &#233;crivaine, psychanalyste qu'on invite partout, sa parole est d'une puissance reconnue, elle est tr&#232;s s&#233;duisante. Dans le cadre de ce mariage, on dirait que le jeu freudien du for-da, c'est Kristeva qui s'en va et qui revient dans sa patrie et dans son &#238;le. R&#233;gis Debray souligne que Sollers n'est connu qu'au national et fort peu &#224; l'international. Mais il aurait d&#251;, pour bien entendre la logique en cours, que la femme de Sollers, Julia Kristeva, est, elle, connue &#224; l'international. Voici, comme par hasard, le m&#234;me dispositif, o&#249; la femme, telles la m&#232;re d'autrefois, les tantes, les s&#339;urs, puis la femme plus &#226;g&#233;e initiatrice, est plus brillante, sup&#233;rieure, comme si, une fois de plus, c'est elle qui en avait, de m&#234;me que l'enfant, y compris gar&#231;on, voit sa m&#232;re pourvue de puissance. Au fil des ann&#233;es, on imagine qu'entre Dominique Rolin et Julia Kristeva se joue une &#233;trange identification par laquelle la plus jeune &#224; l'image de la plus &#226;g&#233;e incarne ce giron o&#249; l'&#233;ternel gar&#231;on, ce c&#233;libataire, revient toujours, pour toujours, est confondue avec cette &#238;le entour&#233;e d'oc&#233;an amniotique. Dans ce dispositif, le signifiant m&#232;re est vraiment surinvesti. Et nous devons nous sentir imbib&#233;s de la sup&#233;riorit&#233; de ces femmes d'exception, qui ont su garder au paradis leur gar&#231;on. Quant &#224; la fille, o&#249; est-elle ? Voici l'&#233;ternel gar&#231;on qui, dans sa litt&#233;rature, nous raconte son aventure avec des femmes, outre ces trois d'exception, qui sont oisives et disponibles, en marge de leur mariage et de leur activit&#233; professionnelle, pour lui qui sait si bien leur faire des choses d'une mani&#232;re qui fait surplomber les rencontres par l'ombre d'Eugenia bisexuelle. C'est fou comme il est question, finalement, de bien savoir faire des choses au corps, sexuellement, mais ne peut-on pas entendre aussi la question d'une prise en main des corps par la soci&#233;t&#233; marchande qui sait tout fournir pour sa satisfaction ? Des femmes s'ennuient, bourgeoises, nobles, bien mari&#233;es mais d&#233;laiss&#233;es, actives mais pour cela d&#233;sireuses de se payer une parenth&#232;se paradisiaque, cela peut &#234;tre aussi une bouch&#232;re, ou des jeunes filles endormies qui se r&#233;veillent par ce prince charmant d'un genre nouveau, bref dans le jeu du for-da voici un homme disponible pour le rendez-vous, tendant plus loin le flambeau donn&#233; par Eug&#233;nia. C'est le statut du corps, dans tout &#231;a, qui fait question. Un corps tellement disponible, &#224; la mani&#232;re du nouveau-n&#233;, pour que des mains sachent lui faire des choses. Ne sommes-nous pas dans un monde o&#249; les humains et les choses pr&#233;tendent pouvoir faire tellement de choses bonnes &#224; ce corps ? L'&#233;crivain Philippe Sollers, qui fait depuis longtemps de sa vie sa litt&#233;rature, est le pr&#233;curseur et l'embl&#232;me d'une soci&#233;t&#233; o&#249; il s'agirait de savoir bien faire des choses au corps. Bien s&#251;r, cet &#233;crivain attaque la soci&#233;t&#233; de consommation et du spectacle, bien s&#251;r il n'y est pas, lui, pourtant, son milieu &#224; lui ne serait-il pas le laboratoire d'essai du monde marchand o&#249; les corps sont retenus, o&#249; toute l'&#233;conomie du monde veut en leur promettant du bien faire le meilleur calcul possible ? La soci&#233;t&#233; bourgeoise referm&#233;e sur elle-m&#234;me, m&#233;prisant ceux qui n'ont pas de go&#251;t, a export&#233; ses valeurs follement incestueuses dans une entreprise de traitement de masse des humains. Ce qui se passait dans une sorte de huis-clos se passe d&#233;sormais &#224; ciel ouvert : toute l'industrie produit des choses et prodigue des conseils pour savoir bien faire aupr&#232;s des corps et des cerveaux des petits et des grands. Philippe Sollers a gard&#233; tr&#232;s longtemps le secret : on l'aurait vu avec une incarnation de sa m&#232;re ? Et d&#233;sormais, ce qu'il adore dire, c'est &#224; quel point il est tr&#232;s bien mari&#233;. Le cercle s'est referm&#233; &#224; l'&#238;le de R&#233;. Les humains du traitement de masse sont cens&#233;s &#234;tre satisfaits de ce rien ne manque qui, tel des mains, s'empare des besoins de leur corps et formate leur cerveau. Dans son &#233;ternel milieu bourgeois qui s'est referm&#233; comme une &#238;le pour l'&#233;crivain qui ne voudrait pour rien au monde se m&#233;langer &#224; ce peuple sans go&#251;t, ce sont les mains f&#233;minines qui moins que jamais ne lui manquent pour faire du bien &#224; ce corps qui, vieux, se retrouve comme nouveau-n&#233;. Ces femmes, comme elles lui sont sup&#233;rieures ! Il faut ajouter une remarque sur le caract&#232;re dominant de la capacit&#233; de parole, qui, durant les trente glorieuses, s'est exerc&#233; dans les linguisteries, les sociologismes, les psychanalismes, et maintenant s'exerce dans les capacit&#233;s marchandes, technologiques, et via les images qui parlent. D&#233;sormais, on apprend &#224; savoir bien faire partout, pour le bien des corps soi-disant. C'est tr&#232;s t&#244;t dans l'enfance que les &#234;tres humains sont initi&#233;s par un savoir-faire et une technologie envahissants, qui arrivent par les mains des parents. Philippe Sollers parle de quelque chose d'exceptionnel, qui a rendu possible son refus, sa r&#233;sistance, mais d&#233;sormais, cette initiation n'est-elle pas devenue la norme, m&#234;me si on ne voit plus la figure bisexuelle d'Eugenia ? Les corps, maintenant c'est au berceau que des mains expertes bien briff&#233;es savent leur faire du bien, viennent leur apprendre des choses. Elles sont m&#233;connaissables, ces choses qu'on sait bien vous faire d&#233;sormais, au regard de ce que Eugenia a appris &#224; l'adolescent ? N'est-ce pas la m&#234;me logique qui est en jeu, et le m&#234;me statut du corps ? Et Sollers ne serait-il pas &#224; son insu le paradigme de nos contemporains ? Attach&#233; &#224; maman ? Son secret ? Corps aux mains de celle qui sait faire et qui apprend ? Apprendre d'elle &#224; savoir bien faire des choses aux femmes, dans une parfaite r&#233;ciprocit&#233; ? Statut du corps auquel dans ce milieu matriciel rien ne manque ? Extension de ce rien ne manque dans une sorte d'industrialisation des soins prodigu&#233;s &#224; ce corps, des secrets pour bien faire ? Corps reli&#233; &#224; ces soins, et qui sait &#224; son tour faire. Le mod&#232;le secret de cette industrialisation et marchandisation du savoir faire du bien, donner de la jouissance, du plaisir, ne serait-il pas ce savoir faire de la femme plus &#226;g&#233;e, qui est initialement la m&#232;re ? En ce sens, les femmes, ce qu'elles veulent, c'est un b&#233;b&#233;, un &#233;ternel b&#233;b&#233;. La femme bisexuelle plus &#226;g&#233;e qui initie le gar&#231;on, le statut de son corps ne serait-il pas celui du b&#233;b&#233; aux mains expertes de la m&#232;re qui sait faire ? Dans notre soci&#233;t&#233; marchande et industrielle, le statut du corps n'est-il pas le m&#234;me, entre des mains qui savent faire, qui savent initier, qui prodiguent de la jouissance ? Alors, Sollers &#233;crivain tr&#232;s contemporain, mais qui s'en d&#233;fend en repoussant cette soci&#233;t&#233; marchande et du spectacle, parce qu'il ne saurait pas reconna&#238;tre cette d&#233;clinaison profane, de masse, de son mode de vie &#233;litiste bourgeois ? Le traitement de masse des humains n'industrialise-t-il pas le mod&#232;le bourgeois, dont le postulat est celui d'un statut du corps dont tout le milieu sur le mod&#232;le matriciel prend soin. Bien s&#251;r, le mod&#232;le secret a l'apanage du bon go&#251;t, et c'est en se tenant hors de port&#233;e qu'il peut continuer &#224; susciter les envies de la masse des humains et les formater. Ce n'est pas pour rien que Sollers a gard&#233; si longtemps le secret sur cet amour fou entre Dominique Rolin et lui : l'attachement &#224; maman et &#224; ses incarnations n'est-il pas devenu le paradigme tr&#232;s banal des humains d'aujourd'hui ? Mais, au fait, ne serait-il pas possible de couper le cordon ombilical ? De quitter le gyn&#233;c&#233;e ? Et que la fille ne soit pas bisexuelle c'est-&#224;-dire faisant de son attachement &#224; maman le mod&#232;le de savoir-faire des choses &#224; apprendre au gar&#231;on ? Le statut du corps, &#224; commencer par celui d'une fille, est-il d'&#234;tre l'objet d'un savoir-faire le circonvenant, sur le mod&#232;le f&#339;tal ? Ile entour&#233;e d'un oc&#233;an amniotique. Sur ce postulat d'un corps s'offrant &#224; des mains matricielles sachant lui apprendre et lui offrir une jouissance infinie, le gar&#231;on le plus t&#244;t possible initi&#233; &#224; ces d&#233;lices par une femme plus &#226;g&#233;e bisexuelle dans la lign&#233;e de la m&#232;re est &#224; son tour capable, puisqu'il sait comme le lui a appris l'initiatrice, offrir au corps de la fille devenue femme les m&#234;mes d&#233;lices oc&#233;ano-matricielles. La fille, tr&#232;s t&#244;t, dans une sorte d'identification et de rivalit&#233; avec sa m&#232;re, est l'objet d'amour de son p&#232;re comme si elle gagnait sur la m&#232;re, mais ce p&#232;re tombe sous terre, c'est-&#224;-dire qu'il remonte lui-m&#234;me au ventre, la k&#233;nose orthodoxe montre un p&#232;re qui est un fils dans le ventre de la terre, alors la fille ne peut compter sur lui, elle doit se trouver une autre patrie, o&#249; son futur mari est d&#233;j&#224; un fils rest&#233; dans le gyn&#233;c&#233;e. Elle pourra par mariage devenir fille de ce fils, et vierge m&#232;re de celui-ci. L'essentiel dans l'histoire &#233;tant que le gar&#231;on et la fille, par ce mariage sp&#233;cial, reviennent ensemble et chacun pour son compte, dans un dispositif matriciel &#224; l'image d'une &#238;le entour&#233; d'un oc&#233;an amniotique. R&#233;gis Debray souligne &#224; plusieurs reprise dans son livre que notre temps d'apr&#232;s-guerre est celui de la paix, celui d'une g&#233;n&#233;ration qui n'a jamais connu les destructions de la guerre. Ne faut-il pas entendre la guerre comme ce saut logique par lequel un statut matriciel du corps est perdu, plus aucune matrice tout autour n'est l&#224; pour que tout baigne pour lui, ce corps est abandonn&#233; sur la terre de la vie et c'est de l'int&#233;rieur de lui-m&#234;me et par ses sens qu'il s'&#233;veille, qu'il &#233;cl&#244;t, sans que ce soit une logique initiatrice qui domine ? En ce sens, Philippe Sollers, dont R&#233;gis Debray nous parle en premier dans son livre, pas par hasard, est l'&#233;crivain de ces g&#233;n&#233;rations qui n'ont jamais connu la guerre, &#224; savoir ce saut logique qu'est le d&#233;racinement de la naissance. L'apr&#232;s-guerre aurait jou&#233; comme la forclusion de l' exp&#233;rience symbolique de la naissance, et le progr&#232;s aurait fait croire &#224; une &#233;ternisation placentaire, le corps restant dans un statut reli&#233;, passif devant la sup&#233;riorit&#233; d'un savoir-faire incarn&#233; par une femme plus &#226;g&#233;e. Importance de la femme plus &#226;g&#233;e, c'est-&#224;-dire de la m&#232;re, c'est-&#224;-dire de la matrice, dans la vie et l'&#233;criture de Philippe Sollers, m&#234;me et surtout si cela a &#233;t&#233; un secret tr&#232;s longtemps ! Le statut du corps dans son dispositif &#224; lui, celui inh&#233;rent &#224; la bourgeoisie, doit rester sacr&#233;, invisible. Le cordon ombilical reliant &#224; maman ne doit jamais &#234;tre r&#233;v&#233;l&#233; dans la banalit&#233; qu'il a aujourd'hui, mais la profanisation du statut de ce corps dans le monde marchand, avec la production de tous ces objets et formatages toujours en direction de la jouissance procur&#233;e &#224; ce corps de tout autour, est ce qui produit le b&#233;n&#233;fice assurant principalement la vie privil&#233;gi&#233;e des riches qui ne sauraient partager les m&#234;mes go&#251;ts de masse que tout le monde. Le statut du corps en temps de paix, restant dans une sorte de temps f&#339;tal o&#249; une instance matricielle saurait bien procurer de la jouissance &#224; ce corps passif et avide d'&#234;tre imbib&#233;, o&#249; cette instance ordonnerait &#224; tout le monde de savoir faire comme elle, instance militairement identificatrice, va comme par hasard de pair avec un d&#233;veloppement de la capacit&#233; de parole et de langage. La capacit&#233; de parole et de discours devenant une arme de guerre en temps de paix. Ceux qui ont une ma&#238;trise de la parole, qui savent bien parler, qui savent s&#233;duire par leur parole et leurs id&#233;es, souvent en se penchant sur les souffrances, les difficult&#233;s, les douleurs, des humains, &#224; la mani&#232;re d'une m&#232;re g&#233;n&#233;rique voyant ses petits passifs aux mains de la cruaut&#233; et qu'il faut soigner, apparaissent au devant de la sc&#232;ne. L'apr&#232;s-guerre, comme le souligne R&#233;gis Debray, voit le d&#233;veloppement des linguisteries et des sociologismes. C'est une question de logique, celle-l&#224; m&#234;me qui ne fait l'objet d'aucune rupture dans le temps de paix. A partir du moment o&#249; les signifiants d'une vie o&#249; tout baigne sont parfaitement arr&#234;t&#233;s, la parole va s'ing&#233;nier &#224; dire cela, et, dans le m&#234;me mouvement litt&#233;ralement invasif comme la marchandisation de la plan&#232;te, cette parole va aussi d&#233;velopper sa capacit&#233; d'analyse de ce dont souffrent ces pauvres petits, car leur venir en aide est lucratif et entretient un go&#251;t du pouvoir qui n'est pas sans rappeler le fantasme de toute-puissance des m&#232;res. Les humains, corps et cerveaux, deviennent les objets d'une sorte de science humaine parce qu'ils sont aussi l'objet du calcul, la parole et le langage deviennent tr&#232;s ma&#238;tris&#233;s. Chez ceux qui sont du c&#244;t&#233; du pouvoir. Le langage s'analyse aussi lui-m&#234;me. N'avez-vous pas &#233;t&#233; frapp&#233;s par ces jeunes gens visiblement parfaitement bien &#233;duqu&#233;s, &#233;veill&#233;s, form&#233;s, nourris, dans leur bon milieu, qui parlent si bien ? Rien &#224; voir avec nos balbutiement adolescents ! Vous avez d&#233;sormais de jeunes enfants de bon milieu qui savent s'exprimer avec une aisance &#233;poustouflante ! Par ailleurs, ceux qui n'ont pas &#233;t&#233; format&#233;s comme de beaux sous savent aussi parfaitement dire ce qu'ils veulent acheter. C'est quoi, la guerre en temps de paix ? C'est la paix elle-m&#234;me, qui uniformise les humains, en imposant les signifiants d'une vie o&#249; tout baigne, o&#249; le corps se laisse sans refoulement imbiber par ces mains qui savent si bien faire sur lui, et par les outils perfectionn&#233;s qui les prolongent beaucoup mieux que les discours ? La paix est l'ennemie maligne ? Refouler l'ennemie maligne : r&#233;sister &#224; ce statut imbib&#233; du corps, &#224; cette logique matricielle ? Laisser s'effectuer ce saut logique par lequel ces signifiants ne sont plus aux mains d'une classe privil&#233;gi&#233;e dominante ? Dans la nouvelle logique, ces signifiants ne sont plus reli&#233;s &#224; une instance ext&#233;rieure de pouvoir, celle-ci est d&#233;truite comme le placenta. Ces signifiants restent comme traces dans notre m&#233;moire, et vont jouer dans un rythme avec nos exp&#233;riences sur la terre qui n'est pas comme le ventre de la m&#232;re, et tandis que les sens s'ouvrent &#224; cette nouvelle vie, sont en &#233;closion, ne se laissent pas dominer, parasiter, coloniser par une instance qui saurait tout m&#226;cher d'abord, tout anticiper, tout faire arriver par de nouveaux m&#233;diums. Freud, lorsqu'il parle d'inconscient, &#233;voque quelque chose en soi qui ne saurait &#234;tre influenc&#233; par l'ext&#233;rieur, et qui donne la main &#224; l'&#234;tre parlant. Tout autre chose que d'&#234;tre pris en mains de partout dans une circonvention g&#233;n&#233;ralis&#233;e. Laisser parler, laisser les sens &#233;clorent, laisser &#233;couter les oreilles qui s'&#233;veillent, laisser regarder les yeux qui s'ouvrent &#224; la lumi&#232;re et aux couleurs, laisser l'&#234;tre singulier se confronter aux autres sans qu'ils soient d'abord pr&#233;-m&#226;ch&#233;s par la m&#232;re ou le bon milieu. Silence, dans ce temps de paix o&#249; le langage et les images tentent de saturer nos d&#233;sirs ! Ce temps de paix en Occident o&#249; la parole, de partout, tr&#232;s bien ma&#238;tris&#233;e, nous persuade qu'elle veut notre bien, notre vie paisible, en v&#233;rit&#233; s&#233;questre nos signifiants comme s'ils &#233;taient accessibles.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;C'est donc tr&#232;s logiquement que, dans la rubrique &#171; Couteaux, le deuxi&#232;me intellectuel &#224; propos duquel R&#233;gis Debray &#233;crit est Michel Foucault. Dont lui, l'&#233;crivain du saut logique qui pr&#233;cipite vers les humains non privil&#233;gi&#233;s, se sent si loin. Celui qui est devenu une ic&#244;ne a profit&#233; du devenir force des id&#233;es. R&#233;gis Debray revendique l'existence d'une pens&#233;e en dehors des penseurs professionnels et des h&#233;ros de l'histoire intellectuelle. Il y a de sa part une divergence logique sur le statut de la parole, du langage. Tandis que Foucault se penche sur ce que les id&#233;es font aux hommes, donc sur le pouvoir de la parole (h&#244;pitaux, asiles, prison, lettres de cachets&#8230;), Debray s'int&#233;resse &#224; ce que nos outils font &#224; nos id&#233;es, presque en leur servant de bras allong&#233;s. Foucault, parce qu'il &#233;tait contemporain de la linguistique, cette reine des sciences humaines, se confessant &#171; malade du langage &#187;, a escamot&#233; l'&#233;paisseur du monde, son intendance, ses mat&#233;riaux, ses moyens de transport, etc. Son enfance fut pr&#233;serv&#233;e : toujours cette question de paix, de ne manquer de rien, du non d&#233;racinement originaire. Cette sorte de prison dor&#233;e est-elle pour rien dans le go&#251;t pour l'investigation c&#244;t&#233; prison, h&#244;pitaux, asiles, enfermement ? Foucault avoue qu'il n'a pas eu besoin d'arriver au savoir, il a toujours &#233;t&#233; dedans ! On soup&#231;onne que, dans le milieu o&#249; l'on apprend tr&#232;s t&#244;t &#224; ma&#238;triser le langage et ses sp&#233;cialit&#233;s, en particulier lorsqu'elles appartiennent aux sciences sociales et de l'int&#233;riorit&#233;, ce langage et cette parole tr&#232;s entra&#238;n&#233;e &#233;ternisent un refuge matriciel ainsi qu'un pouvoir tr&#232;s puissant qui peut m&#234;me, de mani&#232;re tr&#232;s perverse, se pencher sur les traumatismes, en en faisant un fond de commerce, comme s'il y avait une &#233;lite qui pouvait &#233;chapper au traumatisme de la naissance, c'est-&#224;-dire &#224; ce changement de logique. Etre malade du langage, y &#234;tre reli&#233; depuis le berceau, y &#234;tre enferm&#233; : quelle v&#233;rit&#233; sur ces paroles qui parlent les humains &#224; leur place et exploitent leurs traumatismes sur la base d'une forclusion du d&#233;racinement et du saut logique de la naissance ! Foucault dit que son th&#232;me g&#233;n&#233;ral n'est pas la soci&#233;t&#233;, mais le discours vrai-faux. Il aborde les conditions d'apparition d'un domaine scientifique, par exemple la folie ou la maladie, et cela nous fait affleurer une situation &#233;conomique ou sociale. Foucault s'int&#233;resse aux institutions juridico-politiques parce qu'elles sont les matrices d'une formation discursive. Tr&#232;s &#233;loign&#233; de l'enfance paisible de Foucault, Debray a m&#251;ri avec la guerre d'Alg&#233;rie, il est sorti de l'adolescence non par les lectures mais par les violences exerc&#233;es ou subies, comme si elles &#233;taient une m&#233;taphore de la violence de la naissance, cette mise dehors. Le statut du corps, par ce d&#233;racinement, est tr&#232;s diff&#233;rent. Non d&#233;racin&#233;, il est parl&#233; par les discours sur son confort, son &#233;veil ou ses traumas. D&#233;racin&#233;, il est pr&#233;cipit&#233; dans une nouvelle logique, o&#249; il s'agit de s'organiser sur terre. Ainsi, la rencontre marquante pour le jeune R&#233;gis Debray sera un mineur d'&#233;tain en Bolivie. Il n'a pas travaill&#233; quelques mois en h&#244;pital psychiatrique, mais chez les cultivateurs de caf&#233; de la Sierra Maestra. Foucault : les institutions de l'enfermement. Debray : ces humains qui travaillent dehors, sur terre, les outils &#224; la main, sans discours qui formatent. Alors que Foucault s'int&#233;ressent &#224; l'histoire de la raison, Debray s'int&#233;resse &#224; l'histoire des croyances, &#224; l'ensemble des conduites, &#224; l'analyse des groupes organis&#233;s. Debray n'est pas sans admiration devant Foucault, il aime sa vie styl&#233;e, sa gentillesse, sa bonne humeur, le fait qu'il soit un esth&#232;te, &#224; cheval entre la cl&#244;ture universitaire et le beau monde. Il a fusionn&#233; &#233;thique du plaisir et philosophie du concept. Il &#233;tait sensible &#224; la rencontre impr&#233;vue, &#224; l'inversion des cartes d&#233;j&#224; sur table mais qui n'oblige pas &#224; changer de jeu. Il est rest&#233; &#224; un certain statut du corps, politis&#233;, &#233;rotis&#233;. Le r&#244;le de l'institution est pour lui le contraire de la libert&#233;, parce qu'elle fonctionne comme une matrice subie et jamais quitt&#233;e. Pour Debray, qui se situe dans une nouvelle logique, celle des d&#233;racin&#233;s que sont les humains n&#233;s, l'institution est le support de la libert&#233;, car il s'agit de l'organisation du vivre ensemble dehors, sur terre. La libert&#233;, chez Foucault, se d&#233;tache sur une ali&#233;nation originaire jamais tranch&#233;e. La libert&#233;, chez Debray, va de pair avec le saut logique qu'est la naissance et l'organisation d'une vie sur terre hors du giron matriciel, une vie non reli&#233;e par ombilic. La vogue n&#233;olib&#233;rale a fait de Foucault son philosophe officiel. L'institution a partout &#233;t&#233; remplac&#233;e par l'entreprise, dans les pays prosp&#232;res les m&#233;tiers ont &#233;clips&#233; les anciennes productions mat&#233;rielles. Les dissidents de la veille, ceux qui r&#233;sistaient &#224; l'institution, dans les ann&#233;es 60, ceux qui r&#234;vaient d'inventer de nouvelles subjectivit&#233;s r&#233;sistantes, voient d&#233;sormais leurs meilleurs disciples dans les minist&#232;res, les postes de contr&#244;le. Mais, dans l'espace-temps o&#249; nous sommes entr&#233;s, o&#249; tous les marqueurs d'appartenance sont devenus flous, nous avons deux surprises : le grand bouleversement technique, et le retour de flamme des m&#233;moires. Ces deux surprises n'ont jamais int&#233;ress&#233; Foucault. Debray souligne que les zones n&#233;vralgiques du XXIe si&#232;cle sont install&#233;es dans les angles morts d'un tr&#232;s sage anti-conformisme. Le grand bouleversement technique a profit&#233; &#224; un h&#233;donisme d'essence matricielle, que g&#234;nait l'institution. Le grand renfermement a pris l'apparence perverse d'un rien ne manque qui rend possible un formatage de masse comme si cette masse pouvait avoir des miettes du mode de vie des &#233;lites et de son bon go&#251;t, tout ceci &#233;tant subtilement ordonn&#233; par une supr&#233;matie des discours, des raisonnements, une agilit&#233; de la parole, une ma&#238;trise linguistique des dominants qui peuvent m&#234;me prendre un visage maternant soucieux des traumatismes qui sont les hame&#231;ons pour tenir dans la d&#233;pendance des &#234;tres, bouteille &#224; moiti&#233; vide et non pas &#224; moiti&#233; pleine, ah les pauvres petits vos probl&#232;mes m'int&#233;ressent, en les &#233;coutant je m'enrichis et j'avalise mon pouvoir. Les ali&#233;n&#233;s qui int&#233;ressaient Foucault sont bien plus perversement enferm&#233;s dans la soci&#233;t&#233; de consommation qui se soucie d'&#233;tendre &#224; la masse humaine les produits dont ne manquent pas les abrit&#233;s, avec bien s&#251;r une d&#233;valuation du bon go&#251;t au passage. Ah comme la r&#233;volution des outils est bien plus efficace que les id&#233;es et les discours ! L&#224; est le fil conducteur de l'&#339;uvre de R&#233;gis Debray !&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Puis R&#233;gis Debray d&#233;fend Andr&#233; Breton mis en cause par Ren&#233; Clair. D&#233;fense d'un frisson nouveau introduit par un &#233;crivain qui pensait q'un homme qui a du succ&#232;s est un homme mort. Il pr&#233;f&#233;rait l'impr&#233;vu et l'inclassable. Par son go&#251;t pour la g&#233;n&#233;alogie et l'anthologie, il &#233;tait anxieux de renouer le fil avec les anc&#234;tres. Quel est l'enjeu de ce pas de c&#244;t&#233; incarn&#233; par cet &#233;crivain, qui est justement attaqu&#233; par Ren&#233; Clair ? Voici un po&#232;te non nob&#233;lisable, qui ne produit pas de best seller, qui n'a aucun marche-pied politique ou religieux, qui est un miracul&#233; de la vid&#233;osph&#232;re. Mais Ren&#233; Clair en fait un fanatique morose et r&#233;trograde. Or, il y a la question du surr&#233;alisme, que R&#233;gis Debray n'a approch&#233; que de mani&#232;re indirecte, aux Cara&#239;bes par exemple. En tout cas, Andr&#233; Breton, robuste paysan de Paris, a exerc&#233; une insolite aimantation sur R&#233;gis Debray, au point de d&#233;ranger un style de vie bourgeois. Ren&#233; Clair reproche &#224; Andr&#233; Breton d'&#234;tre rest&#233; &#224; l'&#233;cart de la science de son temps, d'&#234;tre un bricoleur ayant pomp&#233; dans Freud, Charcot, Janet. Or, le surr&#233;alisme a &#233;t&#233; l'une des voies de p&#233;n&#233;tration de la psychanalyse en France. Andr&#233; Breton n'&#233;tait pas un c&#233;r&#233;bral, mais un &#233;motif recherchant le frisson affectif, il est rest&#233; loin de la coh&#233;rence id&#233;ologique que Ren&#233; Chair attribue au surr&#233;alisme. Son go&#251;t du pulsionnel l'a disput&#233; &#224; celui du construire, m&#234;me s'il n'&#233;tait pas exempt de contradiction, par exemple il parlait des religions institu&#233;es en prenant un ton d'instituteur rationaliste comme le dit Julien Gracq. Andr&#233; Breton a toujours gard&#233; la t&#234;te froide, pris le parti des occup&#233;s contre les occupants (guerre d'Alg&#233;rie, Trotski). Ren&#233; Clair lui reproche son int&#233;r&#234;t pour la r&#233;volution d'octobre, alors que R&#233;gis Debray trouve qu'au contraire il ne s'en est pas beaucoup approch&#233;. Au contraire des dada&#239;stes, Breton ne s'est pas mis au service de la n&#233;gativit&#233;, et si le surr&#233;alisme s'est mis au service de la r&#233;volution, c'est par ce qu'il recelait de plus positif. Breton a toujours pris le parti du minoritaire, toujours une seule ligne, la strat&#233;gie du faible et non celle du fort. Breton d&#233;testait le succ&#232;s. C'est un vrai anti-opportuniste. R&#233;gis Debray lui est reconnaissant de donner la parole aux deux tiers des humains que les repus n'&#233;coutent jamais. En 1948, sa parole permit aux Ha&#239;tiens lettr&#233;s de d&#233;clencher une r&#233;volte d'&#233;tudiants, ce qui conduisit &#224; renverser le dictateur. C&#233;saire a dit tout ce qu'il devait &#224; Breton. Breton cherchait des fr&#232;res, partout il s'adressait &#224; des pairs, afin qu'ils deviennent davantage eux-m&#234;mes. D&#233;pourvu des moyens habituels, Breton a proc&#233;d&#233; par osmose, par contagion. Il s'est distanci&#233; de l'&#233;picerie litt&#233;raire, mettant l'&#233;criture au service d'une aventure infiniment plus grande qu'elle, ne la concevant pas comme un art d'agr&#233;ment permettant de se faire une place au soleil et d'avoir des revenus. Son choix de vie met l'&#234;tre sous tension, et ne conduit pas &#224; l'Acad&#233;mie ou au S&#233;nat. Debray conclut cependant en disant que le merveilleux surr&#233;alisme n'est peut-&#234;tre que l'autre nom du pays o&#249; l'on n'arrive jamais. Dans sa recherche de l'impossible salut par le langage po&#233;tique, le surr&#233;alisme n'a pas rempli son programme, parce qu'il est irr&#233;alisable. Mais, &#233;crit Debray, il a tendu comme nul autre le filin entre la vie des formes et la vie de tous les jours, entre le r&#234;ve et l'action.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;R&#233;gis Debray confie ensuite son ambivalence entre les adeptes de textes courts, tel Deleuze, et l'&#233;cole rivale, telle Ligne de risque. Cela &#233;voque la lutte des classes, le roturier qui se r&#233;pand alors que les grands ma&#238;trisent l'art de la saillie. La populace d&#233;borde. Le h&#233;ros, le prince &#233;conomisent les mots, et ainsi coupent court &#224; l'objection.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;R&#233;pulsion de Debray pour l'autobiographie. Haine du moi. Il r&#233;cuse l'&#233;go-psychologie. Se mettre en avant rel&#232;ve d'une mauvaise &#233;ducation. L'autobiographie est pour lui le roman de ceux qui ne sont pas romanciers. L'objet de sa qu&#234;te : l'inconscient politique, c'est-&#224;-dire voir l'effet individuel d'une structure d'organisation collective, qui oblige l'individu &#224; d&#233;lirer. Eduquer, c'est d&#233;biologiser, d&#233;biographiser. Plus que l'autobiographie, Debray pr&#233;f&#232;re la biographie surmont&#233;e, le chemin devant pouvoir dispara&#238;tre dans les le&#231;ons de vie. Il aurait voulu pouvoir rebondir devant &#171; Tristes tropiques &#187;, chef-d'&#339;uvre d'une litt&#233;rature de la r&#233;alit&#233;. La politique entra&#238;ne hors de soi, le Narcisse doit cacher son jeu et sembler aimer les &#233;lecteurs plus que lui-m&#234;me. On n'est plus politique, si on &#233;crit son autobiographie. Le journal est plus int&#233;ressant, il t&#233;moigne des errances. Autobiographie plut&#244;t comme outil d'&#233;mancipation. D&#233;bray confesse appartenir &#224; la derni&#232;re g&#233;n&#233;ration de l'attente, dans une confiance tr&#232;s XIXe si&#232;cle en l'avenir radieux. D&#233;sormais personne n'a confiance en personne et n'attend de lendemain qui chante, il n'y a rien d'autre qu'aujourd'hui.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La deuxi&#232;me partie de ce livre s'intitule &#171; Journaux &#187;, et s'interroge sur la litt&#233;rature et les m&#233;dias. Devenir une personne, &#233;chapper au dressage, n'a jamais &#233;t&#233; facile, annonce d'embl&#233;e Debray. Dans nos soci&#233;t&#233;s marchandes, avec la facilit&#233; offerte par l'industrie, nous personnalisons tous l'&#233;conomie, nous d&#233;l&#233;guons aux m&#233;dias le choix des mots, nous ne faisons pas l'effort d'inventer et donc de nous d&#233;caler par rapport au d&#233;j&#224;-dit et d&#233;j&#224;-connu. Nous restons dans un cocon protecteur. Les m&#233;dias sont des outils, nous les utilisons pour garantir l'harmonie avec nos semblables par une sorte de pr&#234;t &#224; penser, au nom d'un instinct de conservation et du d&#233;sir de r&#233;duire tout conflit avec le milieu ambiant. Mais l'adversaire, c'est l'&#233;crivain, qui joue la libert&#233; contre la s&#233;curit&#233;, qui promeut l'&#233;cart &#224; la norme par son artisanat fait main. La langue litt&#233;raire est asociale, il s'agit d'un travail de d&#233;sengagement, de d&#233;massification du langage, de d&#233;sindustrialisation de la culture. L'&#233;crivain prend du recul, il d&#233;livre l'homme de la tribu, il rend sa propre voix &#224; chacun, il le soustrait au ronronnement collectif, il signale qu'il y a quelque part de l'insubstituable. Alors que les m&#233;dias replongent les petits poissons dans le bocal, la litt&#233;rature a pour mission de briser l'intimidation morale, de repousser la violence des id&#233;es qui violent la singularit&#233;. La litt&#233;rature est une de nos plus performantes machines &#224; d&#233;c&#233;l&#233;rer, car le temps de la lecture est incompressible. Il a &#233;chapp&#233; aux progr&#232;s de la locomotion. Le pr&#233;sent est devenu ob&#232;se, le d&#233;gonfler est une n&#233;cessit&#233;. La litt&#233;rature peut desserrer l'instant, elle met de la syntaxe l&#224; o&#249; nous nous habituons &#224; une rhapsodie de surprises sans d&#233;bouch&#233;s ni cons&#233;quences. Bien s&#251;r, il ne s'agit pas pour Debray d'opposer l'homme de culture &#224; l'homme de la technique. Car tout est technique, l'alphabet lui-m&#234;me est un dispositif invent&#233;. Nous savons de mieux en mieux domestiquer l'espace, mais de moins en moins domestiquer le temps, et les litt&#233;ratures nationales deviennent lettres mortes pour les &#233;coliers fortiches sur le Net. La litt&#233;rature g&#233;n&#233;rale n'est plus un luxe mais un produit de premi&#232;re n&#233;cessit&#233;. Tendance &#224; l'alignement, immersion de chaque petit homme dans la marmite par les m&#233;dias pr&#233;num&#233;riques (la r&#233;volution num&#233;rique pourra peut-&#234;tre inverser les hi&#233;rarchies), consommation des m&#234;mes objets, m&#234;mes pubs, m&#234;mes musiques, etc. Dans tous les pays, les jeunes se ressemblent de plus en plus. Mim&#233;tisme tr&#232;s orient&#233;s, les plus pauvres voulant ressembler aux plus riches. Promotion du bas par le haut qui revient &#224; infantiliser tout le monde. A l'invention litt&#233;raire de balkaniser Mac Donald, lance Debray ! Lorsqu'on perd son sentiment d'inf&#233;riorit&#233;, on n'a plus besoin de collaborer avec son colonisateur ! Irrempla&#231;able responsabilit&#233; du m&#233;tier litt&#233;raire ! Mais, conclut R&#233;gis Debray, il faut relativiser l'opposition entre m&#233;dias et litt&#233;rature. La modernit&#233; requiert une joyeuse hybridation entre l'&#233;ph&#233;m&#232;re et le durable, et il y a des &#233;crivains-journalistes. On peut servir deux ma&#238;tres, ce serait un gage de r&#233;sistance aux intemp&#233;ries&#8230;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;R&#233;gis Debray s'arr&#234;te ensuite au mythe Albert Londres, grand reporter libre de ses mouvements. Posant la question : la litt&#233;rature est-elle plus noble que le reportage parce qu'elle se publie en livres ? Mais il souligne aussit&#244;t que le croisement des belles-lettres et du grand quotidien ne fait pas que des b&#226;tards&#8230; Albert Londres &#233;crit vite, efficace, mais voyage lent, chacun de ses voyages et chacune de ses enqu&#234;tes durent des mois. C'est le temps des paquebots, des d&#233;p&#234;ches par radio, de la graphosph&#232;re, avant l'avion, et avant la vid&#233;osph&#232;re. R&#233;gis Debray souligne qu'il y a encore &#224; ce moment-l&#224; des intervalles d'&#233;quilibre entre le voir et le faire savoir. Le reporter a le temps de s'impr&#233;gner des lieux et de choisir ses mots. Mais, regrette-t-il, l'ubiquit&#233; et l'instantan&#233;it&#233; cathodiques sont sans doute fatales &#224; ce genre. Trois images fortes suffisent, contre 80 pages autrefois. D&#233;sormais, les reporters se montrent eux-m&#234;mes &#224; l'image, au lieu de donner &#224; voir par l'&#233;crit les &#234;tres, les atmosph&#232;res, les couleurs. C'est la culture du scoop, des hommes press&#233;s. Lire Londres, cet homme g&#233;n&#233;reux et pr&#233;cis qui prenait le temps, est d&#233;paysant.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Puis ce sont les carnets de Jean Daniel, publi&#233;s sous le titre &#171; Avec le temps &#187;, qui int&#233;ressent Debray. Il ne juge pas les jugements de Jean Daniel, mais souligne l'allure litt&#233;raire du vaste garde-m&#233;moire, de cette somme autobiographique. Bien s&#251;r, comme pour tout journaliste, les &#233;crits intimes de Jean Daniel n'&#233;chappent pas &#224; l'aimantation pour les glorieux&#8230; Celui-ci dit lui-m&#234;me que la difficult&#233; n'est pas de rencontrer les c&#233;l&#233;brit&#233;s, mais de les esquiver&#8230; Dans ses carnets, Daniel r&#233;ussit l&#224; o&#249; &#233;tait le risque, celui du m&#233;lange des genres, l'&#233;criture de soi et le t&#233;moignage en direct. Voici un journal &#171; extime &#187;, le regard en dedans et l'&#339;il bien ouvert. D&#233;doublement de personnalit&#233;. Pour d&#233;busquer les secrets des autres, n'est-il pas strat&#233;gique de livrer les siens en contrepoint ? T&#233;nacit&#233; au bonheur de Jean Daniel, une curiosit&#233; inlassable pour les choses et les gens, corps &#224; corps avec les orages du si&#232;cle, l'&#226;me-&#224;-&#226;me avec les musiques int&#233;rieures, le go&#251;t de l'amiti&#233;. Capacit&#233; d'attention aux autres sons de cloche, fid&#233;lit&#233; du juif vieux de trois mille ans qui est intransigeant avec les d&#233;rives du r&#234;ve isra&#233;lien, et curieux du milieu arabe de son enfance. Sens des longues dur&#233;es. Ne s'alignant jamais sur le dernier cri. &#171; Il n'en reste gu&#232;re, des scrupuleux assez cultiv&#233;s pour &#233;grener leurs notes sur la grande port&#233;e. La pastorale de magazine, le bref radiographique ou la d&#233;cr&#233;tale t&#233;l&#233;visuelle passent aux mains de surinform&#233;s r&#233;actifs, ab&#234;tis par Sciences-Po, avec une conscience historique d&#233;marrant &#224; la Seconde Guerre mondiale &#187;, &#233;crit Debray. Les d&#233;c&#233;r&#233;br&#233;s que nous sommes avons plus que jamais besoin de veilleurs &#224; l'image de Jean Daniel ! Sinon l'actualit&#233; se fane en marchandise &#233;clair&#8230;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Jean Lacouture. Fine lame qui aurait pu en rester &#224; une m&#233;chancet&#233; ordinaire propre &#224; notre nation, mais dont les vertus du c&#339;ur l'ont port&#233; &#224; l'attention &#224; l'autre et &#224; ce qui le rend autre. Dans l'histoire imm&#233;diate, il a introduit le style et une vaste culture litt&#233;raire et historique. D'o&#249; sa double nature, totalement journaliste et totalement &#233;crivain. L'homme du petit fait vrai donne &#224; penser, le bonheur de l'&#233;criture n'est jamais chez lui exempt d'une volont&#233; de comprendre, de conceptualiser, d'inscrire l'anecdote dans la dur&#233;e, ce qui n'est pas possible sans une solide documentation pr&#233;alable. Lacouture comprend mais n'explique pas, il observe sans th&#233;oriser. Il sait trop qu'on jargonne d'autant mieux qu'on ne sait ni regarder ni &#233;couter. Toujours cette h&#233;g&#233;monie du langage, de la linguistique&#8230; Dans une soci&#233;t&#233; du moi-d'abord, c'est un &#233;crivain qui pr&#233;f&#232;re s'int&#233;resser aux autres plut&#244;t qu'&#224; lui-m&#234;me, ce don d'empathie est rare. Sa passion pour le Maghreb, pour le monde arabe, vietnamien, j&#233;suite, nous d&#233;payse d'un Hexagone qui se recroqueville, qui se narcissise, qui se provincialise. &#171; Il nous rappelle qu'il est toujours un peu b&#234;te d'opposer les racines et les ailes. Bienvenus les ail&#233;s enracin&#233;s. &#187; Un homme en mouvement ! Nous inqui&#233;tant sur nous-m&#234;mes, ce dont il faut le remercier.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Machiavel : l'autre de Mauriac, n'est pas un doctrinaire mais l'un des tout premiers romanciers de la chose publique, d&#233;peignant le n&#339;ud de vip&#232;res &#224; nu. De m&#234;me, Mauriac va droit au fait. Ne th&#233;orise pas, mais proc&#232;de au cas par cas. Voil&#224; : il ne th&#233;orise pas, il ne tire pas la couverture &#224; lui par le langage et les id&#233;es. Mauriac disait en 1964 que la vraie politique ne se s&#233;pare pas du sentiment. Idem Machiavel, qui fut un ardent patriote. &#171; L'un et l'autre n'ont pas support&#233; l'humiliation de la d&#233;faite et l'abaissement de leur pays. Ils ont voulu unifier leur pays et restaurer l'Etat, l'un pour d&#233;livrer l'Italie des barbares fran&#231;ais, l'autre la France des barbares nazis(1942), des lobbies colonialistes(1956), et des nostalgiques de la tutelle anglo-saxonne(1962) &#187;. Ils ont cherch&#233; la personnalit&#233; puissantes apte &#224; f&#233;d&#233;rer les peuples : Charles de Gaulle, Laurent de M&#233;dicis. La politique a &#224; voir avec des caract&#232;res plus qu'avec des abstractions. &#171; C'est l'incarnation qui compte. &#187; L'impression de pr&#233;sence que nous donne Mauriac doit tout au regard qu'il a port&#233; sur la politique, o&#249; le mystique et le comique se donnent la main, o&#249; s'allient le boulevard et la sacristie, le bon mot et l'eau b&#233;nite, et cette foi du spirituel qui emp&#234;che que la pr&#233;sence au monde ne tourne au triomphe du monde. Voil&#224; ! Un regard qui ne se fait jamais complice du triomphe du monde et de l'instant !&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La rubrique &#171; Tr&#233;teaux &#187; s'int&#233;resse au th&#233;&#226;tre. En particulier, au fait que Sartre fasse rire, contrairement aux philosophes, m&#234;me si Foucault vantait le l&#233;ger. Dans son &#171; Nekrassov &#187;, il y a une grivoiserie presque rabelaisienne, trouve Debray, qui place cette pi&#232;ce au m&#234;me rang que les chefs-d'&#339;uvre officiels de Sartre. Une pi&#232;ce dont la cible est la grande presse. Debray se demande qui aujourd'hui aurait encore l'audace de s'attaquer aux distributeurs de gr&#226;ce et de notori&#233;t&#233; ! Mais, en 1955, l'&#233;crivain jouissait encore d'une puissance de feu ind&#233;pendante. Ce qui n'enl&#232;ve pas le courage d'avoir os&#233; ! Logiquement, ce fut sur la sc&#232;ne parisienne un &#233;chec&#8230; Mais il est vrai que Sartre a fait preuve d'un manque de flair en prenant le parti de l'URSS, un an avant le rapport Khrouchtchev et l'invasion de la Hongrie ! Dans une d&#233;mocratie, l'aveuglement au fait totalitaire serait pire que celui au fait colonial&#8230; En v&#233;rit&#233;, la pi&#232;ce fut recal&#233;e pour une autre raison : son anticl&#233;ricalisme. Rejet par le clerg&#233; la&#239;que. De plus, c'est comme si le comique avait moins de profondeur que le tragique.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Invit&#233; par Daniel Mesguich, Directeur du Conservatoire national d'art dramatique, &#224; r&#233;fl&#233;chir sur le th&#232;me &#171; Penser le th&#233;&#226;tre &#187;, R&#233;gis Debray dit que cela sent le d&#233;but de la fin lorsqu'on accable le th&#233;&#226;tre de philosophie, de th&#233;&#226;trologie. Il n'y avait pas de th&#233;&#226;trologie au temps de Shakespeare, ni de sexologie au temps de Sade, ni de th&#233;ologie au temps de J&#233;sus. R&#233;gis Debray ne se prend pas pour un penseur, il ne fait pas partie de la famille, il n'est qu'un visiteur entre deux portes. Il souligne combien les dramaturgies en disent long sur les tr&#233;fonds d'une mentalit&#233;, et d&#233;voilent une sorte d'inconscient collectif. &#171; Comme si les tr&#233;teaux nous servaient de divan, et l'expression sc&#233;nique, de psychoth&#233;rapie &#187;. Ainsi, aujourd'hui ce sont les monologues qui pr&#233;dominent, ce qui met en jeu un nombrilisme qui caract&#233;rise l'&#233;poque. Comme Ionesco, Debray n'aime pas le th&#233;&#226;tre, s'y ennuyant, car enfant, dans son milieu de la bonne bourgeoisie, il fallait aller au th&#233;&#226;tre, comme il fallait avoir un piano dans le salon, une chambre de bonne sous le toit, et les dames qui sortaient devaient avoir un chapeau. Le th&#233;&#226;tre distinguait la classe sociale, et enfant il comprit que dans ce huis-clos il n'y avait pas les autres, il y avait des tiers exclus ! L'adolescent rua dans les brancards, rien ne semblait moins peuple que ces rassemblements on&#233;reux, et &#171; Montherlant &#233;tant alors &#224; nos yeux le summum du toc &#224; pr&#233;tention et du style noble pour notaires &#187;&#8230; C'est plus tard notamment en Avignon qu'il se r&#233;concilia avec le th&#233;&#226;tre. Dans son intervention, Debray rappelle qu'il a quitt&#233; les biblioth&#232;ques et le commentaire de textes pour la simple observations des lieux, des &#233;clairages, des d&#233;cors, des mani&#232;res d'&#234;tre et de faire, s'int&#233;ressant peu aux id&#233;es, aux th&#233;ories, mais beaucoup plus aux dispositifs physiques et mat&#233;riels de la vie en commun. L&#224; o&#249; le th&#233;&#226;tre d'aujourd'hui voudrait &#234;tre de plain-pied avec la vie, pour faire vrai, jusqu'&#224; faire jouer des non-acteurs, et aller dans les usines, etc., pour imiter la t&#233;l&#233;-r&#233;alit&#233;, le premier num&#233;ro des &#171; Cahiers de m&#233;diologie &#187; s'est ouvert sur la &#171; Querelle du spectacle &#187;, tandis que dans les milieux avanc&#233;s faisait rage la r&#233;f&#233;rence &#224; Debord, la r&#233;f&#233;rence au pulsionnel. La revue voulut vanter, face &#224; la pr&#233;sence, la n&#233;cessit&#233; de la repr&#233;sentation, du personnage, du masque, du d&#233;doublement ! A la diff&#233;rence du spectacle, le th&#233;&#226;tre exige des simulateurs professionnels. &#171; &#8230; la repr&#233;sentation, au contraire de la pr&#233;sence, suppose une sublimation de l'instinctuel, et la mise &#224; distance de l'imm&#233;diat, un effort certain. &#187;. Sophocle, Eschyle, visaient en se d&#233;tachant de l'agora, &#224; mettre &#224; distance les affaires de la cit&#233;, en mettant la vengeance en d&#233;lib&#233;r&#233;. Le th&#233;&#226;tre actuel subit de plein fouet la d&#233;gradation du d&#233;cal&#233; symbolique. Ses beaux jours ne sont pas derri&#232;re lui, promet pourtant Debray.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;R&#233;gis Debray poursuit sa r&#233;flexion sur le r&#244;le symbolique du th&#233;&#226;tre en &#233;voquant son intervention &#224; un colloque organis&#233; par le Th&#233;&#226;tre national de Bretagne autour de la question de la &#171; Mise en sc&#232;ne du monde &#187;. Il souligne qu'il s'agit d'un enjeu de civilisation, et que le passage de la pure pr&#233;sence &#224; la re-pr&#233;sentation, via une salle et une sc&#232;ne o&#249; se joue un d&#233;doublement, est la condition d'acc&#232;s au symbolique. Le maintien des distances donneuses de sens fait sortir de la barbarie. Cette s&#233;paration spectaculaire, loin de frustrer, lib&#232;re. Avec l'av&#232;nement de la vid&#233;osph&#232;re, l'image cesse d'&#234;tre une repr&#233;sentation pour devenir un liquide amniotique, o&#249; tout le monde est dans le bain, acteurs, en sc&#232;ne. &#171; La soci&#233;t&#233; du spectacle, il faudrait plut&#244;t regretter sa disparition que se plaindre de son expansion. &#187; Debray insiste sur le fait qu'il y a un enjeu &#233;thique dans le souci d'ordonner le regard, de r&#233;server &#224; chacun sa place, et que la mise en sc&#232;ne est mise en ordre, passage du chaos au cosmos. Il rappelle, dans la Gr&#232;ce antique, la fonction de l'agora et du th&#233;&#226;tron : celle de mettre l'homme en face de son destin, pour qu'il ne se laisse pas happer par lui. L'exc&#232;s de la mise en sc&#232;ne prive de la vertu cathartique du th&#233;&#226;tre. Debray nous rappelle que les dictateurs ont toujours forc&#233; sur la mise en sc&#232;ne. Avec les nouvelles technologies du voir et du faire-voir, avec les besoins du faire-croire et le devenir marchandises de la vie, ne passons-nous pas sous la dictature des metteurs en image ? La vente en direct passe par la mise en sc&#232;ne. Jusqu'&#224; la mise en sc&#232;ne prostitutionnelle de l'intime. L'illusion th&#233;&#226;trale ne s'est-elle pas laiss&#233;e prendre par l'emballement technique et financier, demande Debray. Ne dirait-on pas que l'&#233;poque enti&#232;re a perdu son texte, et compense ce trou de m&#233;moire par de la gesticulation ? &#171; On ne sait plus quelle histoire on joue, dans quelle lign&#233;e on s'inscrit, quel projet de soci&#233;t&#233; on poursuit, alors on en rajoute sur le d&#233;cor et sur l'emballage. &#187; Mais, conclut R&#233;gis Debray, &#171; n'allons pas croire qu'une sc&#232;ne puisse se passer de sc&#233;nario &#187; !&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Enfin, avec la partie &#171; Chapeau &#187;, R&#233;gis Debray rend hommage aux &#233;crivains qui comptent pour lui. Il commence d'abord par r&#233;parer une sorte d'injustice, une sorte de non-lecture, en s'int&#233;ressant &#224; Romain Gary alias Emile Ajar. Si Malraux est le grand homme, Gary est le grand artiste noy&#233; dans l'ombre et la gr&#226;ce. Russe naturalis&#233; face au Fran&#231;ais mondialis&#233;. L'un s'est suicid&#233;, l'autre pas. Pourtant, &#224; propos de la R&#233;sistance, Gary est parti &#224; Londres en 1940, alors que Malraux ne le fera qu'en 1944. Gary lui-m&#234;me s'&#233;tonna d'&#234;tre &#224; ce point sous-estim&#233; en France. Debray souligne que rarement un homme de lettres &#224; succ&#232;s aura pouss&#233; aussi loin la destruction de la com&#233;die y compris litt&#233;raire. Il voltigeait sous nos yeux sans filet. Il fut trop subversif pour notre R&#233;publique des lettres. Mais ce qui importe est que chacun d'eux, Malraux et Gary, ont su se mettre sur le chemin du G&#233;n&#233;ral de Gaulle, un homme qui n'accepta pas la d&#233;faite, qui tint t&#234;te &#224; l'Allemagne de Hitler, &#224; l'Am&#233;rique de Roosevelt, &#224; la Russie de Staline, aux nains de Zurich et de Bruxelles, c'&#233;tait un don Quichotte qui a aussi r&#234;v&#233; la r&#233;alit&#233; fran&#231;aise. Celle-ci, un court moment, s'est &#233;lev&#233;e au-dessus d'elle-m&#234;me et de ses moyens, avant de retomber sur la France qui ne peut plus rien toute seule, cette France qui n'a m&#234;me plus le go&#251;t de camembert par &#171; dissolution dans l'anonymat d'une production de masse soumise &#224; l'uniformisation des r&#232;glements europ&#233;ens &#187; (Gary, 1969&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Puis R&#233;gis Debray, &#224; l'occasion d'un num&#233;ro des Temps Modernes d&#233;di&#233; aux &#171; T&#233;moins de Sartre &#187;, &#233;crit que Sartre pensait avant les sciences humaines ! D&#233;tail tr&#232;s important ! Comme le dit Claude Roy, &#171; c'&#233;tait une personne, un personnage et beaucoup de monde. &#187; Il voulut r&#233;concilier la totalit&#233; historique et la subjectivit&#233; constituante. Il a invent&#233; un genre litt&#233;raire, la description analytique. Sartre, c'est l'intelligence du v&#233;cu, c'est un regard. Eternel adolescent qui a rendu le sensible intelligible. Hyperesth&#233;sie d'une intelligence qui donne du sens &#224; une racine, un galet, une &#233;ponge, et fait ainsi sortir du puits des sensations intimes. Son g&#233;nie n'est pas une &#233;ni&#232;me philosophie de la libert&#233;, mais une langue, une &#233;thique. Impeccable spontan&#233;it&#233; du trait, &#233;criture-bonheur. Cet esprit form&#233; par le macabre des ann&#233;es 30 &#233;tait la ga&#238;t&#233; m&#234;me, souligne Debray. Il n'a pas &#233;crit sa morale, mais l'a fait vivre autour de lui, par une g&#233;n&#233;rosit&#233; devenue op&#233;ratoire. Debray &#233;crit : &#171; Le triomphe plan&#233;taire de l'arrogance occidentale et, pire, le triste embourgeoisement de ce qui fut une dissidence donnent une nouvelle actualit&#233; &#224; l'inconfort, &#224; la conduite de celui qui osait penser contre soi et son milieu. &#187; Sartre disait : &#171; Je voue &#224; la bourgeoisie une haine qui ne finira qu'avec moi. &#187; Et Debray d'ironiser sur notre temps o&#249; les intellectuels se mettent en rang pour recevoir la L&#233;gion d'honneur, temps de d&#233;mission o&#249; plus personne ne donne sa d&#233;mission, ne refuse un prix, une invitation, une place, et o&#249; on se gave de bonne conscience pour se replier sur son priv&#233; et son profil, en pr&#234;chant le contraire de ses pratiques. Tr&#232;s loin de ce rebelle !&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Puis Debray fait l'&#233;loge des arts de la clandestinit&#233; chez Gilles Perrault. Dans son livre &#171; L'Ombre de la Bastille &#187;, il sait faire ressortir les ambigu&#239;t&#233;s de l'histoire, il est attentifs aux d&#233;tails mat&#233;riels, op&#233;rationnels, psychologiques, il ne distingue pas les bons et les m&#233;chants. &#171; Voyez la correspondance de Napol&#233;on et de Charles de Gaulle : ils sont au four, au moulin et dans les cuisines. &#187; &#171; Les magouilles sont de tous les pouvoirs. &#187; Un air de libert&#233; circule dans ces pages, au temps d'une Europe cosmopolite et fran&#231;aise, o&#249; il y avait une libert&#233; de circulation sans &#233;quivalent depuis, entre les sph&#232;res, les pays et les m&#233;tiers. L'absence de fronti&#232;res de l'&#233;poque n'est plus imaginable pour nous ! Une absence de fronti&#232;re non seulement entre la France et la Pologne ou entre l'Angleterre et l'Autriche, mais aussi entre les amours et les trait&#233;s, les canailles et les princes, le frivole et le f&#233;roce. &#171; Le roi de Prusse philosophe, Voltaire espionne, Beaumarchais est trafiquant, Casanova, biblioth&#233;caire. &#187; Chacun touche &#224; tout, il n'y avait alors que des amateurs, c'&#233;tait avant la naissance des professions, des rubriques sp&#233;cialis&#233;es et des cartes d'identit&#233;s. &#171; Le meilleur &#233;crivain du monde pouvait faire du renseignement, et le plus obscur agent secret cultiver l'art &#233;pistolaire. On pouvait &#234;tre ministre sans &#234;tre b&#234;te&#8230; &#187; &#171; On comprend que Gilles Perrault ait m&#234;l&#233; un brin de nostalgie &#224; se d&#233;vorante curiosit&#233;. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;De Nourrissier, Debray dit que l'homme de grande surface sociale avait &#233;vinc&#233; l'&#233;crivain. Il &#233;voque le cosmos parisien, o&#249; ce soyeux entre-soi fait mourir &#224; feu doux la litt&#233;rature maison, car le cocon n'est plus &#224; l'&#233;chelle du monde et du temps. Mais Debray admet que, finalement, Nourrissier n'est pas de cette caste. Il avait toutes les chances, richesses, bagnoles, maisons sublimes, amis c&#233;l&#232;bres, grands prix, jolies femmes, bons tirages, et alors le pi&#232;ge se referma. Et advint le sevrage ! &#171; Il y va ici d'autre chose. &#187; Quelque chose en moins, une soustraction s'est op&#233;r&#233;e. Voici &#171; A d&#233;faut de g&#233;nie &#187;. Signe de reconnaissance avec Yourcenar. Il se pr&#233;sente comme un litt&#233;rateur qui conna&#238;t tous les trucs de l'esbroufe, et qui d&#233;pose tout pour laisser surgir une autre vie, en rase campagne. &#171; Il m'a toujours sembl&#233; qu'une haine de soi bien affich&#233;e &#233;tait la forme la plus rus&#233;e de volont&#233; de puissance. &#187; On d&#233;couvre chez lui un don d'attention humble aux autres, connus et inconnus, l'intimiste renonce &#224; imposer son moi aux autres, chose que ne fait pas l'autiste ordinaire ajoute, perfide, Debray&#8230; Son moi est h&#233;sitant. &#171; Il nous entra&#238;ne &#224; mieux regarder, &#224; mieux &#233;couter. Voici la r&#233;surrection d'un tiers universel, troisi&#232;me homme que l'abn&#233;gation fait advenir, &#171; chez un auteur qui se d&#233;prend de ses tics, se faufile chez le lecteur lui-m&#234;me. &#187; Pages de survie qui feront demain honneur &#224; n'importe quel &#234;tre humain.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Marc Fumaroli est pour R&#233;gis Debray superbement aga&#231;ant, car aucune &#233;poque ne lui &#233;chappe, pouvant passer de Montaigne au mirage baroque. Omnicomp&#233;tence critique, talent pour voyager dans les arts. Debray sent sa jalousie port&#233;e &#224; son comble&#8230; Grand professionnel de l'histoire symbolique ! Cela implique beaucoup de travail, de fiches, de lectures ! Besoin de peu de sommeil, grande capacit&#233; de travail. Mais pour comprendre le myst&#232;re Fumaroli il faut saisir cette alliance de la science et du style, du savoir et du charme. Une combinaison qui heurte le sens commun, d'un c&#244;t&#233; le puits de science universitaire et de l'autre le beau style. Ce qui s&#233;duit Debray, c'est que, comme Chateaubriand, Fumaroli appartient &#224; la race des r&#233;actionnaires du progr&#232;s. Et oui ! Il est le Chateaubriand du monde n&#233;olib&#233;ral, par combats de presse, et bord&#233;es l&#226;ch&#233;es contre notre soci&#233;t&#233; intestinale, entrant dans l'ar&#232;ne pour placer ses contemporains devant leurs responsabilit&#233;s.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Semprun, homme-fronti&#232;re polyglotte, est un feuillet&#233; d'Europe, r&#233;sistant &#224; Paris, d&#233;port&#233; pr&#232;s de Weimar, clandestin &#224; Madrid puis ministre, d'o&#249; un &#233;crasant prestige, une sorte de h&#233;ros officiel. Mais qu'est-ce qui n'est qu'&#224; lui, se demande Debray ? Cette fa&#231;on de marier l'intime avec le bruit et la fureur, alors que les moralistes et les chroniqueurs n'entrem&#234;lent pas tendresses, confidences et d&#233;b&#226;cles du corps &#224; l'&#233;vocation de leurs hauts faits. Semprun croise les rubriques et donne du romanesque &#224; l'&#233;v&#233;nement r&#233;el, il annexe l'histoire &#224; la m&#233;moire. Le r&#233;cit a l'air de tourner en rond dans le brouillard, mais c'est en fait une spirale, avec au centre du tourbillon, toujours, Semprun. Obsession ? Narcissisme ? En v&#233;rit&#233;, sur cette sorte de m&#233;moire-miroir, un vieil homme se penche &#224; la recherche de son vrai visage, net et d&#233;finitif, et voil&#224; que des dizaines de visages se bousculent dans le champ, le tirant &#224; hue et &#224; dia, jusqu'&#224; le faire douter de lui-m&#234;me. &#171; Cet orgueilleux, ce solitaire avait une foule d'hommes et de femmes derri&#232;re lui, en lui. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Julien Gracq avait stipul&#233; par &#233;crit que sa mort soit un non-&#233;v&#233;nement. Quelques semaines avant, lui et Debray avaient ri de bon c&#339;ur dans sa maison de Saint Florent. &#171; L'homme du oui &#224; la nature voyait venir sa fin avec la lucidit&#233; impeccable et enjou&#233;e du sto&#239;cien. &#187; Ce furtif fut sans carri&#232;re ni biographie, et pose donc &#224; l'&#233;poque une question g&#234;nante. &#171; Notre civilisation est sans doute la premi&#232;re qui, refusant de se laisser interroger par la mort, n'a cure des &#233;pitaphes et des tombeaux. &#187; Gracq tenait &#224; rester n'importe qui, et n'&#233;tait pas l'ami des hommages officiels. Indiff&#233;rent, goguenard. Mais il n'a pas dit son dernier mot en s'endormant, l'hyperabsent d'hier sera peut-&#234;tre moins fantomatique que l'hyperpr&#233;sent d'aujourd'hui qui vit dans la prunelle de millions d'&#233;berlu&#233;s et s'&#233;clipsera avec eux&#8230; &#171; La secte litt&#233;raire est mal vue, mais elle voit plus loin que les hypnotis&#233;s de l'image. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Les rencontres Julien Gracq &#187; sont d&#233;di&#233;es &#224; son rapport &#224; la g&#233;ographie. &#171; Le paysage, chez Gracq, o&#249; un virement dans la couleur du ciel fait virer de bord un personnage, sugg&#232;re moins un spectacle qu'une empathie. Il n'a pas rang d'objet mais de sujet. &#187; Il s'agit d'honorer cet &#233;crivain en tant que locataire reconnaissant de la terre, et prendre pour fil rouge son &#233;criture des lieux nourriciers. Et oui, la terre de la naissance ! La g&#233;ographie reste le parent pauvre de la culture francophone, observe Debray. &#171; Dans les nouveaux programmes de g&#233;ographie de premi&#232;re, la France a purement et simplement disparue. Le niveau national a saut&#233;. Il y a l'Europe d'un c&#244;t&#233;, de l'autre, les &#8216;territoires de proximit&#233;' &#187;. Pourquoi cette condescendance g&#233;n&#233;rale ? En France, la personne ne se porte pas mieux... La g&#233;ographie manque de coups de th&#233;&#226;tre, de suspense, malheur &#224; ce qui ne fait pas &#233;v&#233;nement. Les arbres, les paysages, les livres, les nations, les Indiens d'Amazonie ne deviennent int&#233;ressants qu'au moment de leur disparition. Il y a eu changement de paradigme, qui est pass&#233; du m&#233;canique au biologique. Avec la biosph&#232;re, l'aura s'est port&#233;e sur le jardinier. C'est l'angoisse du lendemain qui fait repartir la g&#233;ographie, et on devient tous &#233;colos. Alors, tant de mains pour transformer ce monde et si peu de regards pour le contempler, regrette Debray ! A l'&#226;ge prom&#233;th&#233;en, qui veut transformer le monde, pourquoi les paysages retiendraient-ils l'attention ? Et puis, reconna&#238;t Debray, pour les hommes de sa g&#233;n&#233;ration, l'histoire c'&#233;tait pour la gauche et la g&#233;ographie pour la droite. Et la g&#233;ographie fut m&#234;me appel&#233;e &#171; une science boche &#187;, il y eut aussi l'exaltation maurassienne des r&#233;gions et des cultures du terroir, la colline inspir&#233;e de Barr&#232;s, le retour &#224; la terre de Vichy. &#171; Est-ce un hasard si l'agr&#233;gation de g&#233;ographie est n&#233;e en 1942, sous l'Occupation ? &#187; La droite d'antan &#233;tait agricole et chantait la charrue, la gauche &#233;tait urbaine et urbaniste et vantait le HLM, le haut fourneau. Bref, la g&#233;ographie &#233;tait pour les &#226;nes, le propre de l'homme &#233;tant d'&#233;liminer le contingent, l'accident de terrain. Le donn&#233; naturel, c'&#233;tait l'obstacle au volontarisme, &#233;crit Debray. Mais peut-&#234;tre tout ceci tient-il &#224; la racine jud&#233;o-chr&#233;tienne de l'Occident, qui a fond&#233;, via l'histoire du salut, une civilisation du temps et donc du r&#233;cit. Ceci appara&#238;t bien, explique R&#233;gis Debray, si on la confronte &#224; la matrice chinoise, qui fonde une civilisation de l'espace, o&#249; le paysage est n&#233; bien plus t&#244;t qu'en Europe ! Les pens&#233;es universalistes ne pr&#234;tent pas beaucoup d'attention &#224; la singularit&#233; d&#233;viante et contraignante des lieux et des espaces. En Bolivie, rappelle Debray, c'est le d&#233;dain des coordonn&#233;es g&#233;ographiques qui a conduit la gu&#233;rilla &#224; la perte. L'oubli de la g&#233;ographie conduit &#224; perdre la guerre. Gracq &#233;tait un homme casanier, il a peu voyag&#233;. Mais il affectionnait les postes de guet, et avait l'esprit du chemin comme appareillage vers l'inconnu. Il vibrait aux panoramas. Le chemin &#233;tait pour lui la promesse, l'ouverture &#224; l'incertain, l'&#233;branlement d'&#233;nergie, la d&#233;sincarc&#233;ration possible. Faut-il accepter son dedans ? Les pistes, sentiers, routes ont envo&#251;t&#233; le s&#233;dentaire, comme une r&#233;sistance &#224; l'emp&#226;tement du terroir par l'envie de partir. Introduisant l'histoire comme une surprise face &#224; la g&#233;ographie comme une fatalit&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La derni&#232;re partie du livre de R&#233;gis Debray s'intitule &#171; Flambeaux &#187;. Elle s'arr&#234;te d'abord &#224; la l&#233;gende de Gaulle, et trouve que ses &#171; Grands discours de guerre &#187; ne sont pas de ceux qui ont fait l'histoire du si&#232;cle ! Ils l'ont m&#234;me gomm&#233;e, pour en r&#233;&#233;crire une autre, o&#249; nous y jouons un beau r&#244;le&#8230; Cela nous &#233;vita, &#224; nous les enfants et petits-enfants de la d&#233;faite, la connaissance exacte du gigantesque syst&#232;me de forces humaines et mat&#233;rielles qui ont permis d'abattre le IIIe Reich. La d&#233;b&#226;cle aurait d&#251; nous rel&#233;guer pour longtemps dans les coulisses, car, en v&#233;rit&#233;, que restait-il &#224; l'&#233;poque de notre grande nation que la Grande Guerre avait &#233;puis&#233;e ? Or, par la vertu de quelques mots, ceux du G&#233;n&#233;ral, notre nation s'est relev&#233;e de la honte comme peu d'autres, avec peu d'hommes et de moyens. De sorte que nos soixante derni&#232;res ann&#233;es sont une travers&#233;e en premi&#232;re place avec un ticket de seconde&#8230; &#171; Changer par des mots le cours des choses, &#224; br&#232;ve &#233;ch&#233;ance, c'est un privil&#232;ge r&#233;serv&#233; aux tribuns qui ont les moyens de leurs fins. &#187; A la diff&#233;rence de Churchill, Staline, Roosevelt, et Napol&#233;on, Charles de Gaulle &#233;tait d&#233;sarm&#233;. A l'Appel du 18 juin, peu ont r&#233;pondu, alors que c'est l'appel du 17 juin de P&#233;tain &#224; mettre bas les armes qui a r&#233;sonn&#233;&#8230; Mais gloire &#224; de Gaulle d'avoir lav&#233; chez le peuple la honte de mourir sans avoir combattu. Et &#171; Les Am&#233;ricains en 1944 entendaient sit&#244;t apr&#232;s le D&#233;barquement administrer la France en direct. &#187; Faisant d'elle une zone d'occupation, comme l'Allemagne et l'Italie. Mais cela n'a pas march&#233;. Roosevelt n'avait pas fait entrer l'homme du 18 juin dans ses plans&#8230; Et voil&#224; : un homme qui ne s'est pas couch&#233;, et qui n'&#233;tait pas pr&#233;vu dans le plan ! Pendant deux ans, il est vrai que, depuis Londres, de Gaulle ne savait presque rien de la R&#233;sistance en France, il donne leurs feuilles de route &#224; des gens qu'il ne conna&#238;t pas. &#171; L'ordre de marche gaullien le r&#233;ins&#232;re dans une histoire structur&#233;e&#8230; &#187; De Gaulle &#233;tait un homme d'action plus qu'un homme de pouvoir. La parole gaullienne jaillit d'un fond de d&#233;nuement, d'imp&#233;cuniosit&#233; et d'humiliation que la l&#233;gende a pudiquement recouvert. Debray rappelle que la statue du Commandeur qu'il est devenu nous masque les doutes et les vertiges d'un solitaire condamn&#233; &#224; mort par les siens pour d&#233;sertion, brocard&#233; par ses alli&#233;s anglo-saxons et d&#233;nonc&#233; dans son camp, &#224; Londres, par les ralli&#233;s. Pendant trois ans, il fut un funambule au-dessus d'un pr&#233;cipice. Il ne c&#233;da rien d'essentiel. Quel paradigme ! Le proc&#232;s en ill&#233;gitimit&#233; d&#233;buta le 18 juin 1940. Un aventurier ? un tra&#238;tre ? Un vaniteux ? Un monarchiste otage de la Cagoule ? Jouet aux mains des juifs ou des communistes ? Tout cela a particip&#233; &#224; la construction du mythe. Ce brouillage ne lui d&#233;plaisait pas. En juin 1943, &#224; Alger, la reconnaissance ne lui est toujours pas acquise. Il n'&#233;tait m&#234;me pas tenu inform&#233; du d&#233;barquement am&#233;ricain en Afrique du Nord, ni impliqu&#233; dans le D&#233;barquement en Normandie. La chance du G&#233;n&#233;ral de Gaulle est venue par la langue fran&#231;aise : Churchill &#233;tait francophile ! Il s'est rapproch&#233; du G&#233;n&#233;ral vingt jours apr&#232;s le 18 juin. Voil&#224; comment un go&#251;t de la langue peut avoir de l'influence sur le cours de l'histoire ! De Gaulle a quand m&#234;me compris en juin 1940 que la Russie allait entrer en guerre contre son alli&#233; germanique. Et que l'Am&#233;rique entrerait dans le jeu. On pressentait dans ses discours l'annonce d'une troisi&#232;me guerre mondiale, la guerre froide. Ainsi, Le G&#233;n&#233;ral de Gaulle nous a prouv&#233; que les &#233;tapes d'une reconqu&#234;te passent par des paroles qui avancent vers nous la t&#234;te haute. Ah le pouvoir d'une parole qui n'abdique pas ! Et qui touche non seulement l'ennemi mais aussi les &#171; amis &#187;. Voici le petit, sans armes, contre les grands, avec une noblesse de ton masquant la faiblesse. Sa voix parvenait d&#233;form&#233;e, chevrotante, le th&#233;&#226;tre politique &#233;tait alors sonore. Les oreilles &#233;taient coll&#233;es au poste. Le g&#233;n&#233;ral &#233;crivait lui-m&#234;me ses discours, n'ob&#233;issant jamais aux diktats de la communication ! Il n'&#233;tait pas encore le domestique du m&#233;dium de la communication ! Sa langue est tenue, la p&#233;riode ample, la citation est du meilleur aloi, on sent la version latine, le coll&#232;ge j&#233;suite, on peut trouver dans ses textes un vestige touchant du dernier moment litt&#233;raire de notre histoire politique souligne Debray. Un registre de langue qui nous en dit autant sur l'enfance du G&#233;n&#233;ral que sur l'&#233;poque, clivage de classes, lyc&#233;es &#233;litistes, latin-grec pour les enfants de bonnes familles. Debray sugg&#232;re que le G&#233;n&#233;ral eut l'intuition que la langue fran&#231;aise avait eu une sorte d'efficace pour le crucial tissage, &#224; la mani&#232;re d'un surmoi entre fr&#232;res ennemis. Une politique de la langue et la nation des mots. Avec la paix, tout revient &#224; la niche, au chacun pour soi. Le politique s'efface derri&#232;re la politique, les &#233;conomistes, les dociles et bons fonctionnaires, les sondeurs. M&#234;me lorsqu'en 1958, la menace d'une guerre civile rappelle de Gaulle, celui-ci garde la tentation du renoncement, de l'&#224; quoi bon. Aujourd'hui qu'Auschwitz a gomm&#233; la France libre, qu'est-ce qui reste imp&#233;rissable dans la prose gaullienne, se demande R&#233;gis Debray ? De Gaulle a-t-il gagn&#233; son pari, celui de rendre une &#226;me &#224; la France ? Tout le probl&#232;me est l&#224; ! De Gaulle s'est-il tromp&#233; sur les possibilit&#233;s de la France ? Nous savons d&#233;sormais qu'il y a eu erreur sur la personne France, qu'il lui en demandait trop. Le grand r&#234;ve europ&#233;en fondant comme neige au soleil, voici que reste une province d'Occident &#224; la fois d&#233;boussol&#233;e et remises aux normes, mollement conservatrice &#224; l'image de l'Union europ&#233;enne, o&#249; il fait bon vivre, o&#249; les touristes accourent, o&#249; le taux de f&#233;condit&#233; rassure. Une province europ&#233;enne repass&#233;e sous commandement am&#233;ricain. La France est morte le 17 juin 1940&#8230; Mais nous sommes sortis par le haut de l'histoire, gr&#226;ce &#224; de Gaulle !&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Malraux, le mythe fait homme ! Cendres transf&#233;r&#233;es au Panth&#233;on le 23 novembre 1996 ! Malraux, cliv&#233;, qui jouait la com&#233;die du grand homme d'un c&#244;t&#233;, et de l'autre il d&#233;non&#231;ait dans son &#339;uvre la com&#233;die comme personne ! Pompeux et farceur. De gauche et de droite. Ne fait donc jamais l'unanimit&#233;&#8230; Debray dit qu'il lui restera acquis. Il fut un violent, et son gaullisme fut un acte de r&#233;sistance au monde tel qu'il va. Debray reconna&#238;t qu'il ne fait pas partie de cette lign&#233;e car &#224; la po&#233;sie des &#233;nigmes il pr&#233;f&#232;re la prose des explications. Mais il ch&#233;rit le lyrisme de l'intelligence de Malraux, cet exotisme rafra&#238;chissant de l'id&#233;e qu'une pens&#233;e cons&#233;quente doive se nourrir d'exp&#233;riences et non de doctrines. La folie Malraux fut qu'il osa occuper un minist&#232;re ! Mais son d&#233;calage m&#233;rite le respect. Incontr&#244;lable, inadaptable, ne jouant pas le jeu. &#171; M&#234;me si une p&#233;riode en manque vous panth&#233;onise un r&#233;fractaire en deux coups de cuill&#232;res &#224; pot&#8230; &#187; Sourde r&#233;sistance de notre microcosme lettr&#233; &#224; l'&#339;uvre de Malraux. Comment un homme si &#233;tranger au d&#233;nigrement fut-il lui-m&#234;me aussi d&#233;bin&#233;, se demande Debray ? Certes, faute de go&#251;t d'&#234;tre all&#233; sous les lambris en tant que ministre. Mais n'&#233;tait-ce pas aussi un acte de courage ? L&#226;cher sa tour d'ivoire pour une d&#233;esse noire avec motards ? Tr&#232;s mauvais calcul pour un nob&#233;lisable ! Mais peut-&#234;tre &#233;tait-ce par une authentique d&#233;mangeaison patriotique ? Malraux a inject&#233; du romanesque dans sa biographie, comme du brut dans ses romans. Deuxi&#232;me r&#233;sistance : le style, tarabiscot&#233;, fumeux, plein de brisures, de griffures. Malraux ne veut pas savoir que la guerre est finie. Et oui ! Et puis, troisi&#232;me objection : il est trop fran&#231;ais. Alors qu'avant-guerre, il est un grand nom de l'intelligentsia internationale, apr&#232;s-guerre il est enferm&#233; dans un gaullisme hexagonal. Or, il a pens&#233; la mondialit&#233; trente ans avant nous, il &#233;voque le r&#233;veil de l'Orient en 1925, il s'est confront&#233; au Japon, &#224; la Chine, &#224; l'Inde. Chez ce combattant, il y a l'implicite omnipr&#233;sence de deux g&#233;n&#233;rations, celle qui a fait la Premi&#232;re Guerre mondiale et celle qui a fait la seconde. Peu de femmes dans ses romans. Mitterrand ne l'aimait pas, il d&#233;testait le vaticinateur, l'orateur incantatoire plein d'&#224;-peu-pr&#232;s, de g&#233;n&#233;ralit&#233;s creuses. Pourtant c'est Malraux qui &#233;crivait : &#171; Constater la b&#234;tise de la gauche n'est pas une raison pour trouver la droite intelligente. &#187;, ou &#171; On ne parle plus que de sexe, nous sommes amput&#233;s des sentiments. &#187; Debray trouve que Malraux a &#233;t&#233; le dernier porte-drapeau de l'histoire-destin, qui est &#224; la politique ce que la passion amoureuse est au rapport sexuel. Il avait une vision de l'histoire proche de celle de Chateaubriand, mais chez lui on est pass&#233; de l'adagio au staccato, de l'&#233;v&#233;nementiel &#224; quelque chose de cubiste dans le rendu. &#171; C'est le ton hypertendu du trois fois non : au f&#233;minin, au bonheur et &#224; la nature. &#187; Il n'avait pas pr&#233;vu l'&#233;cologie, ni le culte de la Terre-Matrie, ni qu'en Europe nous allions quitter la terre pour l'espace, l'avenir pour le patrimoine, la grande promesse pour la peur du risque. Il relevait encore du continent-histoire, h&#233;ritage jud&#233;o-chr&#233;tien, dont nous sommes en train de sortir pour l'ordinaire des gestions au jour le jour. Mais ne d&#233;sesp&#233;rons pas : le fant&#244;me de Malraux n'a pas fini de nous pr&#233;c&#233;der sur les brisures de notre espoir, il est toujours arriv&#233; avec vingt ans d'avances sur les autres !&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Avec Madame de S&#233;vign&#233;, R&#233;gis Debray s'interroge sur l'art &#233;pistolaire aujourd'hui, &#224; l'heure du tweet et d'Internet. Il insiste sur le v&#233;hicule physique, la feuille de papier, l'enveloppe, l'&#233;criture &#224; la main. Et le fait qu'elle suscite la r&#233;ciprocit&#233;. Il &#233;voque les facteurs, les camionnettes jaunes, les v&#233;los. Le courrier impliquait une organisation &#233;tatique, pour les routes, les trains. Lorsque cela s'effondre, advient un blanc dans la correspondance. &#171; Il faut des routes dans la campagne et du loisir &#224; la maison, autant pour l'art de la conversation &#224; la fran&#231;aise que pour la correspondance qui la fait rebondir par &#233;crit. &#187; &#171; &#8230; il fallait avoir un lieu &#224; soi et du temps libre. &#187; &#171; Nos cellulaires et nos proth&#232;ses nous livrent &#224; l'affairement du canard d&#233;capit&#233; &#8211; tandis qu'une correspondance &#224; l'ancienne prolongeait l'entretien polic&#233;, dont elle a le piquant, le primesaut, voire l'imprudence, ainsi qu'un certain caract&#232;re aristocratique. &#187; La relation &#233;pistolaire exige du temps, de ne pas &#234;tre d&#233;rang&#233;, de ne pas avoir de probl&#232;mes d'argent. C'est un exercice b&#233;n&#233;vole. La fin des &#171; bonnes &#187; &#224; la maison n'est pas &#233;trang&#232;re &#224; l'&#233;puisement de cet art. En prison, il y a du temps pour &#233;crire. &#171; Les d&#233;courageantes facilit&#233;s de la rencontre privent malheureusement les individus en libert&#233; de leurs capacit&#233;s d'attention, de concentration et d'introspection, en raison des urgences qui remplissent l'agenda et d&#233;solent l'existence. &#187; &#171; &#8230; la lettre vit d'absence et meurt de proximit&#233;. &#187; &#171; Son premier ressort est l'&#233;loignement g&#233;ographique, et son coup de gr&#226;ce, le SMS transcontinental et la t&#233;l&#233;conf&#233;rence. &#187; &#171; On ne peut que b&#233;nir, d'un point de vue litt&#233;raire, les s&#233;parations de corps et les longues d&#233;connexions. &#187; Grand bonheur certes d'&#234;tre partout reli&#233;, c'est un confort enviable, mais cela a un prix : moindre magie des mots, voire plus grande s&#233;cheresse des c&#339;urs. &#171; &#8230; c'est au s&#233;isme num&#233;rique que nous devons le fait que l'&#234;tre humain n'a jamais autant communiqu&#233; avec ses semblables qu'aujourd'hui &#8211; et aussi peu transmis. &#187; Cela est devenu superficiel. &#171; Au fond, l'&#233;pistolaire, c'est plus qu'une marque sensuelle d'attention : c'est la civilit&#233; m&#234;me, puisqu'en d&#233;finitive celle-ci consiste dans l'art de compliquer le plaisir. &#187; Comment ? &#171; En retardant le passage &#224; l'acte, en se d&#233;tournant du but pour mieux l'atteindre. &#187; Il y a du pousse-au-crime dans la d&#233;mat&#233;rialisation de toutes choses, une soci&#233;t&#233; s'expose aux troubles du comportement, &#224; la sauvagerie sentimentale, politique et sexuelle, lorsqu'un homme d'argent et de pouvoir ne tol&#232;re plus d'attendre car maintenant tout est maintenant. &#171; Un peu d'inertie dans l'acheminement des signaux aide au travail de civilisation&#8230; &#187; Il faut r&#233;tablir le temp&#233;rament dit secondaire et l'esprit de l'escalier dans leurs anciens droits et devoirs. &#171; Nous avons quelques motifs d'esp&#233;rer en des retours de courtoisie. Le premier me semble &#234;tre la f&#233;minisation des m&#339;urs, et la nouvelle h&#233;g&#233;monie conquise par nos compagnes, disons m&#234;me de nos first ladies sur nos pr&#233;sidents, plus port&#233;es que leur conjoint &#224; l'&#233;panchement, f&#251;t-il contre-indiqu&#233;. &#187; &#171; Le v&#233;ritable obstacle, chacun le sait, est d'ordre technique. Il s'est pass&#233; avec le num&#233;rique un &#233;v&#233;nement consid&#233;rable : les protocoles de la publication tendent &#224; absorber, pour la premi&#232;re fois dans l'histoire, les protocoles de la correspondance, soit deux usages de l'&#233;criture distincts depuis Sumer et Babylone. Avec la publication, je m'adresse &#224; des &#234;tres flous et pour moi anonymes, via un v&#233;hicule tout-terrain qu'on appelle un article ou un livre. Je m'adresse &#224; un nuage de fant&#244;mes. Dans une correspondance priv&#233;e, je vise une personne identifi&#233;e et dont je connais au moins le nom. &#187; Avec le num&#233;rique, il y a confusion des genres. La lettre &#224; un ami peut devenir une interview de presse. Il n'y a presque plus de relations entre particuliers, tout est &#233;conomique. Reste l'&#233;change de lettres comme truc litt&#233;raire, entre personnages d'un roman&#8230; Une lettre garde l'innocence suppos&#233;e d'un premier mouvement, ce qui n'est pas le cas d'un r&#233;cit ou d'un essai &#233;crit &#224; la premi&#232;re personne. Peut-&#234;tre une envie de ralenti peut-elle rena&#238;tre, esp&#232;re R&#233;gis Debray, tout au bout d'un si&#232;cle d'internautes exc&#233;d&#233;s de vitesse ? Comme la photo, au contraire de tuer le dessin, l'a valoris&#233;, et comme l'autoroute a rendu les d&#233;partements plus attrayants. &#171; Gageons que la lettre autographe aura un jour le prestige &#8211; et la cote &#8211; de l'incunable. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;A l'occasion d'une journ&#233;e enti&#232;re consacr&#233;e &#224; l'&#339;uvre de Pierre Nora, pour ses 80 ans, R&#233;gis Debray &#233;voque le d&#233;sherbage de sa biblioth&#232;que effectu&#233;e par cet historien : ce sont tous ces nouveaux &#233;vangiles qui nous parlaient s&#233;miologie, sociologie critique, linguisteries, politologie, psychologie sociale, anthropologie cognitive, qui s'av&#232;rent les plus atteints de jaunissement pr&#233;coce. A partir des ann&#233;es 60, ce genre de livres esp&#233;ra voler son prestige &#224; la litt&#233;rature, mais la ran&#231;on fut une tomb&#233;e de rideau anticip&#233;e&#8230; La caravane des jargons distingu&#233;s passent&#8230; Pierre Nora, lui, a r&#233;sist&#233; mieux que d'autres &#224; la contagion lexicale des marxismes, structuralismes et lacanismes d'&#233;poque, et ses anciens textes n'affichent aucune date de p&#233;remption&#8230; &#171; Chez cet expert en d&#233;gonflage, pas de trembl&#233; ni de prose humide. Pas de pr&#233;cautions oratoires ni de restrictions mentales. Pas de fureur pol&#233;mique non plus, ni d'ex&#233;cutions capitales &#8211; sauf &#224; l'encontre de l'amiral de Gaulle, qui en prend pour son grade, et de BHL, bouffon symptomal et de mauvais augure. &#187; Chez Nora, la retenue domine. Il va droit &#224; l'id&#233;e, comme le d&#233;tective au fait. Le moment Nora est celui de R&#233;gis Debray. &#171; Son trait le plus saillant : le discontinu. &#187; Dans son monde, il y a des massifs, sur lesquels il faut s'interroger en se livrant &#224; des approches pour en saisir la dimension, et ces massifs sont s&#233;par&#233;s par des ruptures, qui permettent de scander le temps qui passe. Chacune de ces ruptures indique un moment, c'est le mot carrefour. &#171; Plus qu'une trouvaille, une trou&#233;e. Le moment, c'est moins grave qu'une &#233;poque (&#231;a passera) et plus pr&#233;sent qu'une actu&#8230; &#187; Le moment donne de la pr&#233;sence au pr&#233;sent, chose &#233;vanescente et fuyante, qui est victime de l'acc&#233;l&#233;ration de l'histoire. &#171; On me dira que l'historien ne fait que son m&#233;tier quand il d&#233;coupe un continuum en tranches, s&#233;quences et &#233;pisodes. Mais jusqu'ici, on recousait les morceaux pour composer une histoire reconstruite apr&#232;s coup dans la continuit&#233; et la coh&#233;rence. &#171; Nora, comme l'&#233;poque dont il est le portrait, pratique le bout &#224; bout, le futur s'est lass&#233;, l'attente n'a plus d'objet, nous avons tous quitt&#233; l'&#232;re du monument et le fragment est notre &#233;l&#233;ment. &#171; Nous n'avons plus d'axe, il s'est bris&#233; en chemin. On tangue. Il allait de soi, depuis Bossuet jusqu'&#224; ce matin, qu'il n'y a qu'une histoire qui compte, et m&#233;rite d'&#234;tre cont&#233;e &#8211; que ce soit celle de Dieu ou celle de France. &#187; La fuite du point de fuite a bris&#233; cette ligne directrice. &#171; Le temps n'est plus l'image mobile d'une &#233;ternit&#233; immobile, comme s'il l'&#233;tait &#224; l'&#233;poque o&#249; l'histoire &#233;tait unifi&#233;e soit par ses lois propres, les universaux de la vie en soci&#233;t&#233;, soit par un profil singulier, le caract&#232;re national. Nos singuliers sont d&#233;sormais tenus de se mettre au pluriel, le nouvel uniforme. &#187; Le mono, c'est notre mal, et le multi, notre bien, on est multiculturel, multim&#233;dia, multicarte, ou rien, ou pire, totalitaire. Il ne faut plus dire peuple, mais populations. Ni collectivit&#233; nationale, mais minorit&#233;s, visibles et invisibles. &#171; L'usage devenu r&#233;flexe chez nos id&#233;ologues de ce fourre-tout confusionnel, le totalitarisme, n'a pas peu contribu&#233; &#224; cette phobie de l'organique, cette volont&#233; d'exorciser tout ce qui pourrait ressembler &#224; du coh&#233;rent, du convergent et de l'&#233;chelonn&#233;. &#187; Donner aujourd'hui une conf&#233;rence, c'est destituer une majuscule, liquider un article singulier d&#233;fini, et exalter des minuscules. Marginalit&#233; comme posture id&#233;ale. &#171; Le magistrat du centrifuge, Michel Foucault, a donn&#233; son estampille d'anarchiste sans le nom &#224; l'ordre nouveau, avec ses disjonctions &#233;pist&#233;mologiques&#8230; , son anticommunisme passionnel, et la d&#233;finition du minimum syndical subversif&#8230; une certaine difficult&#233; d'&#234;tre&#8230; &#187; La raison d'&#234;tre du Minist&#232;re de la Culture est d&#233;sormais de veiller &#224; la contre-culture. La nouvelle fa&#231;on de rythmer l'Histoire subit de plein fouet l'&#233;vanouissement des horizons de sens. &#171; Triomphe de l'historiographie. Ce n'est plus la chose qui int&#233;resse, mais notre rapport &#224; la chose&#8230; &#187; &#171; Invagination g&#233;n&#233;ralis&#233;e. &#187; Histoire de l'histoire. D&#233;valorisation de toutes les professions de foi. Les parties ont eu raison du tout. Passage des grands r&#233;cits aux menues m&#233;moires. &#171; Pierre Nora b&#226;tit, mais en creux, sans pr&#233;tention. L'invention se rebaptise chez lui inventaire. &#187; Il d&#233;fiche, d&#233;construit, d&#233;crypte, d&#233;compose. Son but ultime est de constituer un chantier. Ouvri&#233;risme qui l'honore, m&#234;me si cela fait sourire. Nous sommes tous des travailleurs du symbolique. Un peintre &#233;vite d'avoir une &#339;uvre, c'est son travail qu'il faut saluer dans son atelier. &#171; L'&#339;uvre n'est admissible qu'&#224; condition d'&#234;tre &#8216;ouverte'. &#187; L'essayiste, lui, qui a droit au mot &#8216;fin', roule des m&#233;caniques et des formules qui claquent comme des portes, parlant &#224; la premi&#232;re personne et disant des choses qui n'engagent que lui, il croit savoir ce dont il s'agit, alors que le vrai savant est inform&#233; du provisoire, du relatif de toutes choses. Le temps ne nous transporte plus au-del&#224; de nous-m&#234;mes, &#171; Le br&#233;viaire du d&#233;mocrate exige le gros plan et la vue courte, sans ligne de fuite. Faut-il s'en plaindre ou s'en r&#233;jouir ? Enfance ou paradis ? Honn&#234;tement, je n'en sais trop rien&#8230; Nous &#233;tions des otages, nous devenons responsables ? &#187; Le moment Nora est fait pour durer, conclut R&#233;gis Debray !&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ce livre de R&#233;gis Debray nous invite &#224; la r&#233;sistance par la parole qui, m&#234;me sur fond de d&#233;nuement et de d&#233;faite, n'abdique pas comme si la guerre pouvait, au temps des r&#233;volutions technologiques &#224; la suite des linguisteries et des sciences humaines, &#234;tre &#224; jamais absorb&#233;e par la paix et le progr&#232;s. Litt&#233;rature comme r&#233;sistance toujours en acte face &#224; ce qui, par les discours et les outils, cherche &#224; forclore, au nom d'un progr&#232;s radieux, la vie sur la terre de la naissance, &#224; d&#233;fendre et sur laquelle un peuple doit s'organiser. Tout s'est pass&#233; comme si la d&#233;faite refoul&#233;e de la Deuxi&#232;me Guerre mondiale avait impos&#233; le renoncement &#224; se battre pour la vie des n&#233;s sur terre, faisant des humains d'&#233;ternels mineurs dont la vie est parl&#233;e sans jamais les laisser parler vraiment c'est-&#224;-dire r&#233;sister. Comme si les outils de plus en plus perfectionn&#233;s, encore bien plus puissants que les discours, les id&#233;es, les id&#233;ologies, ouvraient un lieu ut&#233;rin du progr&#232;s radieux o&#249; les humains en masse n'auraient pour leur bien qu'&#224; consommer ce qui a &#233;t&#233; produit pour eux, avec &#224; la clef l'&#233;conomie d'une guerre pour la vie dehors, sur terre, s'organisant en nation. Comme si les riches restaient le paradigme tout-puissant d'une vie abrit&#233;e, imbib&#233;e, pour une masse humaine addicte aux marchandises que la technologie et les nouveaux m&#233;diums lui imposent de partout bien plus que les id&#233;ologies et autres discours. R&#233;gis Debray nous parle de grands r&#233;sistants &#224; cette d&#233;faite qui ne dit jamais son mot ! Ainsi, il est l'un des rares &#224; nous inviter &#224; r&#233;sister plus que jamais ! Juste par la parole, sur fond de sevrage.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	<item>
		<title> Le Professeur Michael BARRY tient une conf&#233;rence &quot;Visions d'Averro&#232;s&quot; &#224; El Jadida.</title>
		<link>http://www.e-litterature.net/publier3/spip/spip.php?article404</link>
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		<dc:date>2013-05-13T14:04:01Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Abdelali Najah</dc:creator>



		<description>Le Consulat des Etats-Unis &#224; Casablanca et la Direction R&#233;gionale du Minist&#232;re de la Culture ont organis&#233; une conf&#233;rence sous le th&#232;me &quot;Visions d'Averro&#232;s&quot; anim&#233;e par le Professeur Michael BARRY, aujourd'hui professeur aux D&#233;partement d'&#201;tudes Proche Orientales de l'Universit&#233; de Princeton. La rencontre a eu lieu &#224; la M&#233;diath&#232;que Municipale Idriss Tachfini le vendredi 19 avril 2013. &lt;br /&gt;Le Professeur Michael BARRY a mis l'accent sur l'appropriation (...)


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&lt;a href="http://www.e-litterature.net/publier3/spip/spip.php?rubrique4" rel="directory"&gt;BEAUX-ARTS / Architecture &lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;Le Consulat des Etats-Unis &#224; Casablanca et la Direction R&#233;gionale du Minist&#232;re de la Culture ont organis&#233; une conf&#233;rence sous le th&#232;me &quot;Visions d'Averro&#232;s&quot; anim&#233;e par le Professeur Michael BARRY, aujourd'hui professeur aux D&#233;partement d'&#201;tudes Proche Orientales de l'Universit&#233; de Princeton. La rencontre a eu lieu &#224; la M&#233;diath&#232;que Municipale Idriss Tachfini le vendredi 19 avril 2013.&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le Professeur Michael BARRY a mis l'accent sur l'appropriation d'Averro&#232;s par l'art de la Renaissance en Occident &#224; savoir la peinture v&#233;nitienne de Giorgio Barbarelli dit Giorgione et Giovanni Bellini. Michael BARRY consid&#232;re de prime abord que la personnalit&#233; du philosophe musulman est fascinante et inqui&#233;tante.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le XVIe si&#232;cle est incontestablement la plus riche p&#233;riode de l'histoire de la peinture v&#233;nitienne. Bien que les peintres v&#233;nitiens soient parfaitement inform&#233;s des r&#233;alisations artistiques du centre de l'Italie, ils poursuivent leurs propres recherches sur la lumi&#232;re et la couleur, recherches d&#233;j&#224; manifestes dans les premi&#232;res &#339;uvres de Giovanni Bellini. Outre Vittore Carpaccio, les principaux peintres v&#233;nitiens du d&#233;but du XVIe si&#232;cle sont Giovanni Bellini et ses cadets Giorgione et Titien. Giorgione meurt vers l'&#226;ge de trente-deux ans, et seul un petit nombre d'&#339;uvres lui a &#233;t&#233; attribu&#233;, parmi lesquelles la Temp&#234;te (v. 1502-1503, gallerie dell'Accademia, Venise). Les personnages de cette composition sont domin&#233;s par le paysage po&#233;tique qui les entoure, inhabituel &#224; l'&#233;poque.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;A propos d'une toile peinte par Giorgione, Michael BARRY adopte une approche s&#233;miologique de l'art v&#233;nitien du XVe si&#232;cle afin de soutenir l'hypoth&#232;se de l'appropriation d'Averro&#232;s par la culture occidentale de la Renaissance, chose n&#233;glig&#233;e voire refoul&#233;e par la pens&#233;e occidentale.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Trois figures dominaient ainsi cet art v&#233;nitien &#224; savoir le vieux sage Aristote, l'adulte matur&#233; Averro&#232;s et le jeune th&#233;ologien Saint Thomas d'Aquin, objet de ladite toile Giorgione.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Entre ma&#238;tre et disciple, Aristote et Averro&#232;s dialoguaient, tandis que Saint Thomas d'Aquin qui s'assoit sur la terre, regardait la lumi&#232;re refl&#233;t&#233;e dans la caverne.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ainsi, le Professeur Michael BARRY a conclu qu'il y a une continuit&#233; entre la philosophie grecque et la philosophie musulmane, et non pas une pens&#233;e grecque dominante et une pens&#233;e musulmane domin&#233;e que l'art v&#233;nitien &#224; v&#233;hicul&#233; durant la Renaissance, et dont les cons&#233;quences ont &#233;t&#233; tr&#232;s &#171; d&#233;sastreuses &#187; sur la pens&#233;e occidentale. Ceci dit, l'&#233;tude du Professeur Michael BARRY entre dans le cadre des &#233;tudes orientalistes qui rendent un hommage &#224; la philosophie musulmane, ainsi que sa participation dans l'&#233;volution de l'histoire de la pens&#233;e humaine.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Reste &#224; signaler que le Professeur Michael BARRY publiera prochainement un livre sur &quot;Visions d'Averro&#232;s&quot; chez Albin Michel.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;N&#233; en 1948 &#224; New York et &#233;lev&#233; en France, Michael Barry, aujourd'hui professeur aux D&#233;partement d'Etudes proche-orientales de l'Universit&#233; de Princeton, a aussi longuement v&#233;cu en Iran et surtout en Afghanistan o&#249; il a men&#233; sur le terrain de nombreuses missions humanitaires pour la F&#233;d&#233;ration Internationale des Droits de l'Homme, M&#233;decins du Monde et les Nations Unies.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Titulaire de sept prix litt&#233;raires et pour son enseignement, tant aux Etats-Unis qu'en France et en Iran, ses travaux (dont beaucoup &#233;crits directement en fran&#231;ais) ont port&#233; sur l'ethnologie et l'histoire, l'art, les litt&#233;ratures et spiritualit&#233;s du monde irano-afghan comme sur les l&#233;gendes de l'Espagne musulmane. Il a notamment conseill&#233; la r&#233;organisation compl&#232;te des nouvelles galeries d'art islamique au Metropolitan Museum de New York, avec leur re-cr&#233;ation d'un riy&#226;dh par des artisans modernes de F&#232;s, et un juste accent mis sur l'apport essentiel andalou et marocain.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Son dernier ouvrage, &quot;Le Cantique des Oiseaux de Far&#238;d ad-D&#238;n 'Att&#226;r&quot;, en collaboration avec Leili Anvar et publi&#233; aux &#201;ditions Diane de Selliers (Paris 2012), commente le symbolisme de 207 miniatures persanes qui accompagnent la nouvelle traduction de ce texte fondamental du soufisme m&#233;di&#233;val.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Depuis 2007, Michael Barry participe r&#233;guli&#232;rement aux rencontres du Festival de Musique Sacr&#233;e &#224; F&#232;s.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Abdelali Najah
Presse et &#201;crivain
najah.abdelali@gmail.com&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	<item>
		<title>Fr&#232;re - Isabelle Damotte</title>
		<link>http://www.e-litterature.net/publier3/spip/spip.php?article405</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Paul Gavard-Perret</dc:creator>



		<description>Isabelle Damotte, &#171; Fr&#232;re &#187;, images d'Estelle Aguelon, Cheyne &#233;diteur, Le Chambon sur Lignon, 46 pages, 14 e. &lt;br /&gt;Isabelle Damotte trouve le juste mouvement trembl&#233; du souffle pour faire remonter la m&#233;moire douloureuse du fr&#232;re mort par un travail de m&#233;tamorphose o&#249; les sc&#232;nes d'enfance sont r&#233;enchant&#233;es sans le moindre barnum. Juste un petit cirque avec ses jeux, ses &#233;toiles insistantes. L'auteur r&#233;unit encore les pi&#232;ces d&#233;tach&#233;es d'elle-m&#234;me et de ses proches. Elle ose (...)


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Isabelle Damotte, &#171; Fr&#232;re &#187;, images d'Estelle Aguelon, Cheyne &#233;diteur, Le Chambon sur Lignon, 46 pages, 14 e.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;span class='spip_document_377 spip_documents spip_documents_left' style='float:left; width:90px;' &gt;
&lt;img src='http://www.e-litterature.net/publier3/spip/local/cache-vignettes/L90xH147/Damotte-7a55e.jpg' width='90' height='147' alt=&quot;&quot; style='height:147px;width:90px;' class='' /&gt;&lt;/span&gt;Isabelle Damotte trouve le juste mouvement trembl&#233; du souffle pour faire remonter la m&#233;moire douloureuse du fr&#232;re mort par un travail de m&#233;tamorphose o&#249; les sc&#232;nes d'enfance sont r&#233;enchant&#233;es sans le moindre barnum. Juste un petit cirque avec ses jeux, ses &#233;toiles insistantes. L'auteur r&#233;unit encore les pi&#232;ces d&#233;tach&#233;es d'elle-m&#234;me et de ses proches. Elle ose confondre les sens et la lumi&#232;re, le blanc et le noir, secouer les n&#233;gatifs du temps pass&#233; pour les colorer de mani&#232;re plus simple et &#233;mouvante.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Sa langue lisse, glisse sur le pass&#233;. Le fr&#232;re est l&#224;. Elle aussi. Elle &#233;crit avec l'id&#233;e que ce fr&#232;re au-dessus d'elle veille sur elle. Quelque chose doit &#234;tre prise au pi&#232;ge, captur&#233;. Sans quoi la pratique de la po&#233;sie n'est qu'un exercice d'intelligence. Elle rate donc son but n'&#233;tant qu'espace mental. Il ne faut chercher &#224; savoir (o&#249; l'on va) mais pour conna&#238;tre le temps dont les &#233;poques s'&#233;crivent souvent les yeux band&#233;s. D'autant qu'ici deux langages se croisent : celui de la po&#233;tesse et celui de la dessinatrice.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Douleur et absence deviennent un lieu unique de pr&#233;sence. C'est un passage dont le temps reste le gardien et le prisonnier. La po&#233;tesse en re&#231;oit la joie sans cause et la d&#233;tresse sans raisons &#8211; ou trop . Il y a l&#224; une lumi&#232;re-nuit intense, active. Ce n'est plus l'opacit&#233; qui est signe du r&#233;el mais c'est qu'on puisse la traverser pour oser parler le et au fr&#232;re. La transposition des intemp&#233;ries de l'enfance devient donc une merveille que la po&#233;sie - et les superbes dessins qui l'accompagnent - r&#233;alisent.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;
Interview intempestif de'Isabelle Damotte par J-P Gavard-Perret, avril 2013.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Qu'est-ce qui vous fait lever le matin ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;mon th&#233; &#224; la bergamote&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Que sont devenus vos r&#234;ves d'enfant ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;des livres, mais il leur faut beaucoup de temps pour prendre corps&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;
A quoi avez-vous renonc&#233; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Je viens de renoncer &#224; l'enseignement, mais en g&#233;n&#233;ral je renonce rarement&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;D'o&#249; venez-vous ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Un chemin en lacets entre Saint Laurent du Var et Saint Jeannet, ma m&#232;re conduisant, toujours paniqu&#233;e, la petite dauphine blanche.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Qu'avez-vous re&#231;u en dot ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La mer et la gourmandise&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Qu'avez vous d&#251; &quot;plaquer&quot; pour votre travail ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Aujourd'hui j'aimerais plaquer la tristesse.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;
Un petit plaisir - quotidien ou non ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;th&#233; et sabl&#233;, j'essaie de ne pas mettre trop de ssss &#224; sabl&#233;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Qu'est-ce qui vous distingue des autres artistes ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Je ne sais pas, je n'ai pas la certitude d'&#234;tre un &#233;crivain pour de vrai.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;
O&#249; travaillez-vous et comment ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Je travaille sur mon petit portable, allong&#233;e sur mon lit, et je m'endors de temps en temps une dizaine de minutes.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Quelles musiques &#233;coutez-vous en &#233;crivant ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Les concertos pour violoncelle de Bach&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Quel est le livre que vous aimez relire ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Enfance de Nathalie Sarraute&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;
Quel film vous fait pleurer ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ponette de Doillon, mais je pr&#233;f&#232;re les films qui me donnent le go&#251;t de vivre, je suis une inconditionnelle de Capra.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;
Quand vous vous regardez dans un miroir qui voyez vous ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Je ne me reconnais pas.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;A qui n'avez-vous jamais os&#233; &#233;crire ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Oh jolie question, &#224; Jean-Marie Barnaud, pourtant je le vois tous les &#233;t&#233;s ! Jacottet je n'ose m&#234;me pas y penser.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Quel(le) ville ou lieu a pour vous valeur de mythe ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La Bretagne&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Quels sont les artistes dont vous vous sentez le plus proche ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Favier, Bonnard, B&#233;atrice Poncelet...les trois qui me viennent tout de suite... et puis je me dirai j'ai oubli&#233;...&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Qu'aimeriez-vous recevoir pour votre anniversaire ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Que des livres, ou quelques heures en voilier avec Isabelle Autissier&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt; Que d&#233;fendez-vous ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Je ne sais pas. Je suis mise en pi&#232;ces par ce qui r&#233;duit l'autre &#224; l'impuissance.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Que vous inspire la phrase de Lacan : &quot;L'Amour c'est donner quelque chose qu'on n'a pas &#224; quelqu'un qui n'en veut pas&quot; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Peut-&#234;tre, on ne sait pas si &#231;a existe les histoires vraies.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;
Enfin que pensez-vous de celle de W. Allen : &quot;La r&#233;ponse est oui mais quelle &#233;tait la question ?&quot;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;C'est dr&#244;le, quand je fais des ateliers d'&#233;criture avec les enfants ils n'en finissent pas de lever la main pour demander &quot;est-ce qu'on peut.... ?, assez rapidement je leur dis &quot; Je ne r&#233;ponds plus aux questions, la r&#233;ponse est toujours oui.&quot; suivent quelques secondes de sid&#233;ration.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	<item>
		<title>Vingt-quatre images - &#199;a prend. Art contemporain, cin&#233;ma et pop-culture - Fabienne Radi </title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Paul Gavard-Perret</dc:creator>



		<description>LES RADICALIT&#233;S DE FABIENNE &lt;br /&gt;Fabienne Radi &#171; Vingt-quatre images &#187;, www.fabienneradi.ch, 2013. &#171; &#199;a prend. Art contemporain, cin&#233;ma et pop-culture &#187;, Editions du Mamco, 224 pages, 26 CHF / 22 euros, 2013. &lt;br /&gt;Sans conna&#238;tre l'issue de son propre myst&#232;re Fabienne Radi ; magicienne des mots, des traces, des images, p&#233;n&#232;tre dans &#171; 24 images &#187; sa propre intimit&#233; avec humour et par recours au cin&#233;ma. Elle r&#233;invente &#224; sa main et &#224; travers ses objets des films tels Kill Bill, Twin Peaks, Les (...)


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;LES RADICALIT&#233;S DE FABIENNE&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Fabienne Radi &#171; Vingt-quatre images &#187;, www.fabienneradi.ch, 2013. &#171; &#199;a prend. Art contemporain, cin&#233;ma et pop-culture &#187;, Editions du Mamco, 224 pages, 26 CHF / 22 euros, 2013.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;span class='spip_document_376 spip_documents spip_documents_left' style='float:left; width:170px;' &gt;
&lt;img src='http://www.e-litterature.net/publier3/spip/local/cache-vignettes/L170xH236/Radi_2-6d96f.jpg' width='170' height='236' alt=&quot;&quot; style='height:236px;width:170px;' class='' /&gt;&lt;/span&gt;Sans conna&#238;tre l'issue de son propre myst&#232;re Fabienne Radi ; magicienne des mots, des traces, des images, p&#233;n&#232;tre dans &#171; 24 images &#187; sa propre intimit&#233; avec humour et par recours au cin&#233;ma. Elle r&#233;invente &#224; sa main et &#224; travers ses objets des films tels Kill Bill, Twin Peaks, Les Demoiselles de Rochefort, les dents de la mer, etc. Bref des films cultes deviennent sa demeure chaque fois r&#233;invent&#233;e. Moyennant quoi elle ench&#226;sse sa propre histoire dans la grande question du secret, de la g&#233;n&#233;alogie du cin&#233;ma. Cette relation se constitue en espace de tension entre &#171; autoportrait &#187; et indices du connu et de l'inconnu. De la sorte, elle pose et repose la question de savoir qui elle est, qui est &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;le sujet du sujet.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Les interrogations de la cr&#233;atrice portent souvent sur les questions de l'image. Ici &#224; la mani&#232;re d'une Sophie Calle - mais avec moins de strat&#233;gie d&#233;lib&#233;r&#233;ment voyeuriste - la recherche du lieu porte vers quelque chose de trouble et de troublant. Elle p&#233;n&#232;tre en inconnue dans la maison &#171; les dents de la mer &#187; comme celle de la m&#232;re. Il y a l&#224; &#8211; et par la pratique - une submersion et un moyen de casser nos illusions &#171; d'optique &#187;. Dans &#171; &#199;a prend. Art contemporain, cin&#233;ma et pop-culture &#187; cette subversion passe par l'analyse. Dans les deux cas l'espace filmique est d&#233;-spatialis&#233; afin d'acc&#233;der au statut d'une exp&#233;rience. Les lieux hant&#233;s par Fabienne Radi acqui&#232;rent la troublante souverainet&#233; de la hantise, l'efficacit&#233; d'un lieu de m&#233;moire - m&#234;me si ce n'est pas la sienne, m&#234;me si ce n'est pas la n&#244;tre &#8211; du moins a priori.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Tout compte fait, au sein du secret ou de ce qu'on prend comme tel, l'artiste produit une &#339;uvre au statut particulier par ses frottements temporels et cin&#233;matographiques. Ayant &#224; faire au motif autobiographique Fabienne Radi refuse simplement de parler d'elle. L'histoire de l'&#339;uvre est donc l'histoire d'une accession &#224; soi par l'interm&#233;diaire de l'autre. Ne camouflant rien son projet est &#224; l'oppos&#233; d'un d&#233;grafage voyeuriste. Il n'en demeure pas moins que l'artiste et auteure n'a cesse de s'exposer. De la multiplicit&#233; de ses facettes surgit un &#234;tre sensible, dr&#244;le qui sait toujours oser. Elle oriente notre mani&#232;re de voir, nos fa&#231;ons de vouloir transgresser des secrets (qui ne sont pas les bons) et capte nos propres r&#233;actions par rapport &#224; nos illusions &#171; d'optique &#187;. &#171; 24images &#187; est par excellence l'ouverture dans l'esprit et dans l'affect. Le livre ouvre le mot &#171; venue &#187; o&#249; il y a vue et nudit&#233;. Il fait parler aussi des voix qui se sont tues mais qui par le cin&#233;ma reste des &#233;chos stellaires. C'est le visible dans l'adieu, l'adieu qui n'a d'yeux que dans le visible - n'en d&#233;plaise &#224; Dieu.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>



	<item>
		<title>Mohammed Berrada expose &#224; l'Institut Fran&#231;ais d'El Jadida.</title>
		<link>http://www.e-litterature.net/publier3/spip/spip.php?article402</link>
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		<dc:date>2013-05-13T08:26:38Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Abdelali Najah</dc:creator>



		<description>L'Institut Fran&#231;ais d'El Jadida organise une exposition de l'artiste peintre marocain Mohammed Barrada &#224; la Galerie d'art de l'IF &#224; El Jadida du 12 avril au 9 mai 2013. &lt;br /&gt;Apr&#232;s avoir explor&#233; minutieusement un monde de portraits figuratifs qui r&#233;v&#233;laient l'apparaitre et le revenant, Mohammed Berrada &#339;uvre dans un art abstrait qui puise dans le gestuel et la calligraphie. Des &#339;uvres qui renaissaient des d&#233;combres &#224; savoir un monde chaotique o&#249; le mot (...)


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&lt;a href="http://www.e-litterature.net/publier3/spip/spip.php?rubrique4" rel="directory"&gt;BEAUX-ARTS / Architecture &lt;/a&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;L'Institut Fran&#231;ais d'El Jadida organise une exposition de l'artiste peintre marocain Mohammed Barrada &#224; la Galerie d'art de l'IF &#224; El Jadida du 12 avril au 9 mai 2013.&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Apr&#232;s avoir explor&#233; minutieusement un monde de portraits figuratifs qui r&#233;v&#233;laient l'apparaitre et le revenant, Mohammed Berrada &#339;uvre dans un art abstrait qui puise dans le gestuel et la calligraphie. Des &#339;uvres qui renaissaient des d&#233;combres &#224; savoir un monde chaotique o&#249; le mot d'ordre est la destruction et le d&#233;sastre. Une peinture qui chante dans les supplices. Dans le fin fond des t&#233;n&#232;bres, un brumeux brouillard hantait l'horizon et une rafale de feu balayait les champs de bl&#233;s et de coquelicots. Une pluie de balles de gros calibre r&#233;sonnait en &#233;cho au-dessus d'une cha&#238;ne d'araucarias et un ouragan de bombes s'abattait sur les sommets rocheux des montagnes. Des explosions se succ&#233;daient et le bruit infernal escaladait les dunes de ferrailles. La haine. La douleur. La violence. Des hurlements. Une peur atroce de mourir et un fou de rage de tuer. Le sang. L'odeur du sang rodait tout autour et le monde entier explose. Le printemps arabe oblige.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;span class='spip_document_375 spip_documents spip_documents_center' &gt;
&lt;img src='http://www.e-litterature.net/publier3/spip/local/cache-vignettes/L300xH168/Berrada-dd811.jpg' width='300' height='168' alt=&quot;&quot; style='height:168px;width:300px;' class='' /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Intitul&#233;e &#171; Rapt de voix &#187;, l'exposition de Mohammed Berrada se veut un t&#233;moignage actuel des &#233;v&#232;nements qui secouent le monde arabe. Une palette de symboles qui cherche le sens de l'advenir de la vie dans son historicit&#233;. Advenir d'une soci&#233;t&#233; en mutation.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;N&#233; &#224; El Jadida, mais vivant et travaillant &#224; Agadir, ce jeune artiste a r&#233;ussi merveilleusement &#224; assortir le rouge des coquelicots, la verdure des champs, le saumon des citrouilles, le bleu-azur de l'oc&#233;an&#8230;de son doukkala natal, &#224; l'ocre du sud du royaume. Et c'est &#224; travers la beaut&#233; de ces couleurs, que jaillit toute sa sensibilit&#233;, son amour et son &#233;motion.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>L'&#233;treinte sylvestre</title>
		<link>http://www.e-litterature.net/publier3/spip/spip.php?article401</link>
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		<dc:date>2013-05-12T16:17:01Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Paul Vialard</dc:creator>



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&lt;a href="http://www.e-litterature.net/publier3/spip/spip.php?rubrique19" rel="directory"&gt;PHOTOGRAPHIE&lt;/a&gt;


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		<title>Des nouvelles du Portugal, 1974-1999</title>
		<link>http://www.e-litterature.net/publier3/spip/spip.php?article374</link>
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		<dc:date>2013-05-12T10:44:36Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Fran&#231;ois Ponge</dc:creator>



		<description>M&#233;taili&#233;, collection Suites, 2000, 343 pp., sous la direction de Pierre L&#233;glise-Costa &lt;br /&gt;Trente-quatre nouvelles, toutes &#233;crites apr&#232;s la R&#233;volution des &#338;illets (25 avril 1974) mais par des auteurs d'&#226;ges tr&#232;s diff&#233;rents. Rang&#233;es dans l'ordre chronologique de la date de naissance de ces &#233;crivains, de 1901 &#224; 1974, mises &#224; part les derni&#232;res nouvelles en provenance des anciennes colonies portugaises d'Asie et d'Afrique, elles dressent un panorama de l'&#233;volution de la litt&#233;rature lusophone (...)


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&lt;a href="http://www.e-litterature.net/publier3/spip/spip.php?rubrique9" rel="directory"&gt;Br&#232;ves de lecture&lt;/a&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;M&#233;taili&#233;, collection Suites, 2000, 343 pp., sous la direction de Pierre L&#233;glise-Costa&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;span class='spip_document_374 spip_documents spip_documents_left' style='float:left; width:97px;' &gt;
&lt;img src='http://www.e-litterature.net/publier3/spip/local/cache-vignettes/L97xH150/nouvellesportugal0-a10c8.jpg' width='97' height='150' alt=&quot;&quot; style='height:150px;width:97px;' class='' /&gt;&lt;/span&gt;Trente-quatre nouvelles, toutes &#233;crites apr&#232;s la R&#233;volution des &#338;illets (25 avril 1974) mais par des auteurs d'&#226;ges tr&#232;s diff&#233;rents. Rang&#233;es dans l'ordre chronologique de la date de naissance de ces &#233;crivains, de 1901 &#224; 1974, mises &#224; part les derni&#232;res nouvelles en provenance des anciennes colonies portugaises d'Asie et d'Afrique, elles dressent un panorama de l'&#233;volution de la litt&#233;rature lusophone au cours du dernier quart du vingti&#232;me si&#232;cle. Curieusement, il semble que ces &#233;crivains, tous de qualit&#233;, sont pass&#233;s en trente ann&#233;es d'une &#233;poque o&#249; l'on &#233;crivait plus pour soi (ou pour un tout petit groupe d'initi&#233;s) &#224; une &#233;poque o&#249; le lecteur exige que l'on s'int&#233;resse enfin &#224; lui. Si j'ai pris &#233;norm&#233;ment de plaisir &#224; lire les treize derni&#232;res nouvelles, vivantes et fortes dans leur &#233;criture condens&#233;e, il n'en est malheureusement pas de m&#234;me des vingt-et-une qui les pr&#233;c&#232;dent, de styles divers mais toutes empreintes d'un mani&#233;risme assez d&#233;plaisant. On conseillera donc au lecteur press&#233; de sauter all&#232;grement les deux-cent premi&#232;res pages...&lt;/div&gt;
		
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