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André Evard, de l’Art nouveau au Modernisme classique

La rétrospective de 70 années de création à la Kunsthalle Messmer à Riegel

dimanche 23 juillet 2023 par Françoise Urban-Menninger

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Ce musée magnifiquement situé dans une ancienne brasserie à Riegel dans le Kaiserstuhl en Allemagne, créé en 2005 par l’entrepreneur Jürgen A. Messmer en mémoire de sa fille Petra trop tôt disparue, nous invite à découvrir ou redécouvrir le peintre et dessinateur suisse André Evard méconnu, voire inconnu mais dont l’ oeuvre s’inscrit aujourd’hui dans l’ Histoire de l’art européenne.

Au fil du temps, Jürgen A. Messmer, passionné par le parcours d’André Evard a enrichi un fonds exceptionnel acquis en 1978, composé d’esquisses, de peintures à l’huile et d’aquarelles, de cet artiste qui a traversé le 20e siècle en s’inscrivant tour à tour dans les mouvements de l’Art nouveau, du Pointillisme, du Cubisme, de l’Expressionisme, puis du Constructivisme.
Jürgen A. Messmer, qui a eu l’immense privilège de rencontrer le peintre avec ses amis René Gerber, Caroline et Willy Sutter, l’a accompagné jusqu’à sa mort.
Né en 1876 à Renan dans le Jura bernois, André Evard s’installe avec sa mère dans la célèbre ville horlogère de La Chaux-de-Fonds où elle ouvre une pâtisserie après la mort de son époux.
En 1903, nommé au conseil culturel de la Ville, Evard participe à l’achat de tableaux pour le musée local, puis il entreprend des études à l’Académie des Beaux-Arts où il suit les cours de Charles L’Eplattenier, l’un des principaux représentants de l’Art nouveau en Suisse. Il y rencontre Le Corbusier et Léon Perrin et réalise dès 1908 ses premiers collages, puis en 1913 ses créations non-figuratives avant d’aborder en 1919 ses chefs-d’oeuvre surréalistes.
Entre 1923 et 1928, il rencontre Georges Braque, Robert Delaunay, Fernand Léger, Piet Mondrian, Theo van Doesburg à Paris où il expose régulièrement au salon des Indépendants et d’Automne sous la direction de Paul Signac. Très vite considéré comme un peintre d’avant-garde, il joue un rôle majeur dans le développement de l’art abstrait suisse et rejoint en 1937 le groupe Allianz. De son vivant, plusieurs rétrospectives lui ont été consacrées à l’occasion de ses 70 e et 90 e anniversaires à La Chaux-de-Fonds et à Neuchâtel.
Aujourd’hui, le musée Messmer offre au public de renouer avec 70 ans de création de cet artiste qui nous fait voyager de l’Art nouveau au Modernisme classique sous l’intitulé "Erleben" (Expérience au sens de connaissance).
Le portrait d’une femme peint en 1912, marqué par le Jugendstil semble avoir traversé le siècle, tant ce visage nous paraît intemporel, les séries de collages et de compositions abstraites autour de la thématique de l’espace-temps nous invitent à appréhender le cheminement d’un artiste qui fut le premier Suisse non-figuratif en 1913 !
Dans les deux toiles appelées "Intérieur", l’on saisit comment avec le même sujet, à savoir une plante dans un vase, le peintre passe de la figuration à l’abstraction.
Se réinventant sans cesse, André Evard excelle aussi bien dans des toiles où l’on perçoit l’influence du Cubisme que dans des oeuvres surréalistes.
Sa série "le couvent" joue sur les perspectives, l’architecture, les structures géométriques tout en évoquant sur le plan philosophique l’ouverture, la clôture dans leur sens spirituel. Il ne manque que le parfum à sa fabuleuse rose blanche qui surgit de la toile comme d’un écrin. Une série de roses jaunes, bleues, rouges sont déclinées jusqu’à l’abstraction géométrique qui enferme la fleur dans son cadre telle une épure infiniment précieuse.
Le musée expose pour la première fois quelques toiles réalisées durant la Première Guerre mondiale entre 1914 et 1918. Ce sont des têtes de mort grimaçantes coiffées d’un oiseau noir de mauvais augure et qui semblent porter un coup d’arrêt à l’imagination débordante de l’artiste.
Mais l’homme qui se veut avant tout panthéiste se renouvelle et élabore une oeuvre poétique dans une parfaite symbiose avec la nature dont son "Nuage bleu" devient le symbole.
Et André Evard d’égrener dans de très nombreuses toiles son ode à la vie dans des paysages flamboyants où la couleur irradie. Des couchers de soleil rutilants avec des effets de matière débordent le cadre et font rayonner l’astre solaire jusque dans la salle d’exposition !
L’artiste a trouvé dans la couleur le chemin vers la lumière et l’on songe aux derniers mots de Goethe "Mehr Licht"...Un amandier en fleurs, un coing jaune d’or, une pivoine ébouriffée et rieuse, sont autant de notes de musique qui font chanter les tableaux d’André Evard dans une joie contagieuse qui gagne ceux qui les contemplent avec les yeux de l’esprit. Le noir qui est pour le peintre "l’aristocrate des couleurs" nous ouvre une autre dimension, celle de la transcendance à l’instar de l’outrenoir ou du noir-lumière de Pierre Soulages, car derrière le visible l’artiste nous invite à approcher l’invisible. Voilà pourquoi ce peintre inclassable qui a connu tous les courants artistiques en développant son propre style reconnaissable entre tous, nous parle encore aujourd’hui et possède le pouvoir de nous surprendre et de nous émerveiller.
Nul doute que cette vaste et exceptionnelle rétrospective, ainsi que le prix annuel André Evard remis à de jeunes talents, contribuera à une meilleure connaissance d’une figure majeure de l’art du 20 e siècle !

Françoise Urban-Menninger
Photographies de Claude Menninger

Musée Messmer à Riegel près de Freiburg en Allemagne jusqu’au 15/10/2023
www.kunsthallemessmer.de

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