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Le Nain de Whitechapel - Cyril Anton
dimanche 28 janvier 2024 par penvins

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On lit ce conte comme on lirait une bande dessinée, Peau-Rouge. Juif, Bohémien, Indien, Noir, Irlandais, Arabe, nain, géant, fou, homosexuel, païen, agnostique. Cyril Anton rend hommage à tous les oubliés, ceux dont on n’attend rien et qui doivent supporter le mépris tel Oscar le nain auquel son père reproche de mieux jouer du piano que Vincent son frère jumeau. Oscar, qui désormais devra prendre ses repas à la cuisine, rêve de se protéger du monde en entrant dans une gigantesque boule à neige.

Qui pourrait s’intéresser à lui le nain difforme, certainement pas son père qui préfère le vendre à un marchand de chiens mais peut-être justement cet acheteur, ce Freddy, cet homme noir dont le piano a besoin d’être réparé (ou peut-être n’est-il pas adapté au jeu jazzy du peuple des bas-fonds de Londres).

Ce roman est imprégné de la douleur des marginaux, de ceux qui ne croient pas en leur propre talent : Tu ne vois pas que je ne suis qu’un mauvais piano qui grince ? Disait Freddy à Lisa avant qu’on ne la trouve morte dans une décharge.
C’est autour du piano, qu’Oscar n’a pas réussi à accorder selon les critères de la musique classique, que Freddy trouvera une nouvelle raison de vivre. Oscar est avant tout un être brisé, non seulement sa famille et particulièrement son père le rejette, mais ce Freddy qui apparaît comme un père de substitution, sera assassiné, littéralement écorché vif - dépouillé de sa peau noire par le gang - déshabillé de sa couleur - est-il écrit - Le gang, personne ne sait qui ils sont Le Tabula Rasa [on savait seulement que ces types étaient habillés de cuir noir, casquettes et bottes] ses membres arboreront sur les tempes ou sur le visage des lambeaux de la peau de Freddy (l’homme noir).

On entend à travers ce texte le ressentiment du peuple des marginaux vis-à-vis de ceux qui les ont discriminés, on est tenté d’y voir la quête d’une impossible reconnaissance. Kleinmann rappellera à Oscar N’oubliez pas que l’Histoire est la passion des fils qui voudraient comprendre leurs pères… [que l’on aurait sans doute pas tort de traduire : qui auraient aimé être compris par leurs pères] à moins que l’auteur ne désigne du doigt quiconque refuse de tenir compte du passé, la sentence peut se lire aussi bien du point de vue des fils qui ne chercheraient pas à comprendre que des pères fautifs de les avoir rejetés. Le cri que braillent les membres du gang : « C’est moi, c’est tout simplement moi, oui, c’est moi, c’est moi » vient témoigner de cette forme d’égocentrisme décomplexé. Le prêtre Mauve lui aussi reprochera à ses parents de s’être débarrassé de lui lorsque adolescent il était devenu père. De quoi me laisser penser que le véritable thème du roman tient plus qu’il n’y paraît dans la jalousie d’Oscar envers son frère jumeau Vincent auquel le romancier s’adresse à la dernière page : Vincent ? Tu me vois, maintenant ? J’arrive. Vincent ? C’est moi ! Pour toujours mon frère, au revoir et adieu !

Oscar devenu Octave envisage avec l’aide d’une sorte de docteur Mengele de devenir suffisamment grand pour faire bonne figure auprès de la femme aimée. Lorsqu’il se réveille de l’opération une surprise l’attend et c’est comme si de n’avoir pas accepté son nanisme il se rangeait du côté des gangsters.

Ce roman par sa complexité est un vrai bonheur littéraire il faut se laisser porter par l’invention permanente de sa musique jazzy comme on se laisse porter par la reprise des thèmes à l’écoute d’une improvisation.


On lira avec grand intérêt la note de lecture de Karine Cnudde ici



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