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L’arrière-silence de Michèle Finck

Ouvrage poétique paru chez Arfuyen

vendredi 13 février 2026 par Françoise Urban-Menninger

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Après "La voie du large" qui a remporté le prix Apollinaire en 2024, Michèle Finck poursuit son oeuvre en ouvrant avec "L’arrière-silence" l’infini de la page blanche. Ce silence, elle le porte en elle depuis l’enfance et peut-même l’arrière-enfance car il fait écho à celui de son père, pris entre trois langues (alsacien, allemand, français) et qui se qualifiait lui-même de "sprachlose" (sans langue). Le silence est chez l’autrice cette parole muette qui ne cesse de se transcender entre vie et mort pour s’incarner dans le poème dans toute sa musicale splendeur.

Le glissement vers le silence intérieur chez Michèle Finck s’est opéré au fil de ce temps qui la fait et la défait.
Sa thèse dédiée à l’oeuvre du poète Yves Bonnefoy, auteur de L’arrière-pays,
le titre du scénario du film de Laury Granier qu’elle a rédigé La momie à mi-mots en 1996 nous mettent d’emblée sur la piste de cette contrée intérieure rythmée par la musique du silence. Quant au piano de son enfance, objet de tous ses fantasmes, fracacassé par "l’amant-de-ma-vie" tel qu’elle le nomme, s’il tue en elle la pianiste, il met au monde la poète "la poète prit la relève de la musicienne", "ainsi va la vie", ajoute-telle.
Comment naît le silence ? D’où tire-t-il sa source ? La réponse comme toujours se trouve dans l’enfance de la poète qui a grandi parmi "les muets". L’ Alsace tiraillée entre trois langues, le père de Michèle Finck appelait cela une "triphonie", souhaitait que sa fille parle "une langue française très pure" et de ce fait, sa grand-mère qui ne s’exprimait que "dans les langues germaniques" était interdite de parole ; il en était de même pour la femme de ménage "une vieille alsacienne sourde et muette". Quant à son père, il ne quittait pratiquement pas son bureau et sa mère travaillait à l’extérieur toute la journée.
C’est dans cette école du silence que la fillette a grandi, elle écrit "il m’est resté de ce silence/ entourant l’enfance comme les douves profondes d’un château fort/ une horreur viscérale du bavardage/ mais aussi une inquiétude vis à vis de la langue/ qu’il fallait toujours passer au tamis du silence primordial"...
Sur la page blanche où les mots fondent sous la langue comme neige au soleil, Michèle Finck laisse défiler les figures du silence qui l’habitent. Blanche-Neige qu’elle baptise sa "lyrique" chante en elle mais Noire-Neige sa "muette" ne cesse de la hanter derrière les mots.
L’on songe à Eugène Guillevic qui déclarait qu’écrire de la poésie consistait à "sculpter le silence" et c’est bien ce que nous ressentons à la lecture de L’arrière-silence qui creuse en nous des abysses de lumière. La danse, la musique, la peinture éclairent et font résonner ce silence intérieur qui parle au plus haut du verbe dans le poème car il s’y incarne dans la chair des mots où vivants et morts parlent d’une seule voix, celle que leur prête Michèle Finck qui nous octroie la clé de son recueil "Ecrire un poème/ c’est à la fois/ dire et se taire".

Françoise Urban-Menninger

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