Connaissance de l’oubli, textes de Pierre Zehnacker

Variations et rêveries publiées chez Homme Libre Créations

mardi 4 août 2026 par Françoise Urban-Menninger

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L’écrivain et peintre Pierre Zehnacker poursuit son exploration de la vie intérieure dans "cet obscur qui travaille en nous" selon Henri Meschonnic. Il ramène à la conscience des bribes de réminiscences qui sommeillent dans notre subconscient, parfois enfouies dans notre inconscient et peut-être même en dormance dans notre cerveau reptilien...

Pour ce faire, il ne fait pas appel à la psychanalyse car bien au contraire, il la caricature en évoquant "le soi-disant médecin de l’âme" dans son texte Je ne puis trouver le repos, il va même jusqu’à le qualifier de "funeste imposteur supérieurement rusé et roublard" !
Ce sont des sensations oubliées et des images qui affleurent sur les rives de son esprit qui se met à vagabonder et à dériver que l’auteur tente de capter au fil de ses rêveries sans garde-fou. L’enfance y tient la part belle dans ces souvenirs car n’oublions pas que Gaston Bachelard nous avait prévenu que dans la dernière partie de sa vie, un écrivain retournait sur les pas de son enfance. Pierre Zehnacker confirme ses dires en écrivant "je voudrais redevenir le petit garçon que j’étais" et de songer "à ce beau royaume d’une richesse infinie".
Dans ce livre, on imagine bien qu’à travers Manfred, Igor et bien d’autres personnages, c’est la voix de Pierre Zehnacker que l’on entend et qui nous accompagne dans ce labyrinthe où nos propres démons intérieurs finissent par nous tendre le miroir de "nos lâchetés, nos démissions qui font le lit du malheur et du diable".
Et l’auteur de dénoncer dans notre monde à marche forcée, ses dérives déshumanisantes telles ces dames rivées sur leur portable dans une salle d’attente, prisonnières de leur gadget qui semble être devenu un appendice d’elles-mêmes.
Mais comme chacun le sait depuis que Chris Marker nous l’a répété à l’envi "l’humour est la politesse du désespoir". Alors, on rit beaucoup en lisant ces textes émaillés d’un humour parfois empreint de cynisme mais toujours relevés d’un zeste de surréalisme car les frontières entre le réel et le rêve s’effacent au profit d’une folie à la logique imparable. "Notre ombre, qui peine à nous accompagner, a toujours quelques mètres de retard, souvent songeuse, elle s’ absente", écrit l’auteur.
Les "sombres pensées" qu’il pêche dans la moire des souvenirs renvoient l’écrivain à cette solitude que l’autrice Anaïs Nin analyse dans son Journal 1931-1934, elle explique "qu’il est l’homme le plus seul au monde, il vit, se bat, meurt et renaît toujours seul, il ne joue ses rôles que lorsque le rideau est tombé". Anaïs Nin ajoute "Dans la vie, c’est un personnage incongru", voilà pourquoi sans doute, c’est la poésie qui porte l’espérance au plus haut de l’être selon Pierre Zehnacker qui écrit dans le texte qui lui est dédié "La poésie, ou l’espérance de saisir une vérité plus profonde, comme si elle existait au préalable dans la puissance même , la vitale ingénuité, dans la fécondité immémoriale du langage".
C’est le poète qui a et qui a toujours eu le dernier mot que l’on retrouve quand il nous octroie, revenu à la lumière, l’image rayonnante d "...un peu de sable dans la main d’un enfant..." Et c’est également le peintre, auteur de la couverture du livre, que l’on voit peindre à petites touches les laideurs mais aussi les beautés lumineuses, aussi fugitives et éphémères soient-elles, de cette vie qu’il embaume, puis remet au monde à l’aune de l’émerveillement poétique.

Françoise Urban-Menninger


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