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Nouvelle Norvège - Robert Giroux
vendredi 17 septembre 2010 par Fulvio Caccia

Lonely Child

Lonely Child


Robert Giroux
Nouvelle Norvège
« Crise de vers »
Editions Triptyque, 2010
61 pages


Avec Nouvelle Norvège, son 9e recueil, Robert Giroux nous donne son recueil le plus personnel sinon le plus libre, voire le plus grave. Il ne faut pas s’y tromper : l’invitation qu’il nous fait, sous de faux airs primesautiers, de la suivre par delà la variété des formes de son inspiration poétique, est bien un voyage au bout de la crise : d’où le sous-titre, « crise de vers » que l’auteur emprunte à Mallarmé auquel il a consacré sa thèse de doctorat. Crise existentielle d’un homme dans la force de l’âge qui, au seuil de la vieillesse, règle ses comptes avec celui qu’il a été. Jadis, on appelait « acédie » ou plus prosaïquement « démon de midi » ce retour de flamme devant l’inexorable déclin de la vie. Crise de la passion, du désir donc.


Il a fallu à l’auteur une certaine dose de courage ou de témérité, c’est selon, pour fendre l’armure et montrer que derrière le masque du notable littéraire, professeur, essayiste et éditeur respecté, se cachait en vérité « un gamin » blessé qui redoutait d’être abandonné une autre fois, comme il le fut brièvement à sa naissance par des parents débordés par leur nombreuse progéniture. Ce souvenir occulté resurgit au moment précis d’un autre abandon, une déception amoureuse, qui lui rappelle cruellement qu’il n’est plus ce jeune père de famille « monoparental » ambitieux et séducteur, bien décidé à refaire sa vie et une place au soleil. Le temps a passé et le gamin blessé peut enfin s’abandonner.

On voit bien comment cette anamnèse, propre au registre des écrivains « secondaires »– Michel Tournier les oppose aux « solaires »–, renvoie à l’inconscient et au travail cathartique. Ce court recueil de 61 pages qui l’illustre admirablement n’est pas sans faire écho à un roman récent, Infrarouge, où la romancière Nancy Huston scrute avec une grande justesse la condition masculine et sa sexualité. Mais ce patient travail thérapeutique n’aurait pas d’intérêt pour le lecteur s’il ne s’accompagnait pas également d’un travail stylistique.


Depuis l’œuf sans jaune, son premier recueil, l’auteur nous avait habitué à une écriture poétique à la frontière du prosaïque, dans la foulée d’une poésie du quotidien, tel qu’un Jacques Brault, un des poètes québécois, l’avait exploré avant lui. Ici le vers devient plus libre comme le montre la première partie du recueil intitulé, « la voix porteuse d’échos » qui convoque les souvenirs du jeune trentenaire en pleine reconquête.


Il savait qu’il déployait davantage pour la séduire
La mener au silence du jardin et le lui murmurer à l’oreille
Avec ses propres mots
Ses propres balbutiements
Aux limites du chant et de l’inexplicable élan


Et cela nous conduit à la deuxième partie, Que des jets de dés, dont le titre mallarméen cache en vérité le feu brûlant du désir. Car il est au cœur de cette Nouvelle Norvège qui brûle d’autant plus fort qu’elle est alimentée par le feu du désamour. La partie principale qui donne son nom au recueil – et rappelle le plus célèbre et le plus neurasthénique des poètes québécois, Emile Nelligan – est d’une autre facture. C’est surtout un journal intime que l’auteur nous propose. Parti confier ses archives de musicologue à une université acadienne, l’auteur revient jusqu’à plus soif sur l’échec amoureux qui a tout déclanché. Ce dialogue imaginaire avec l’aimée qui l’a rejetée (page 40 à 50) reste par trop elliptique et velléitaire pour être compris par le lecteur. D’ailleurs l’auteur en convient volontiers : « Je tourne en rond. Je parle tout seul. Je sors mes griffes aussi. Je suis tanné (p.40)» Mais c’est aussi ce mélange de candeur et d’exaspération, de maladresse et d’impudeur qui nous rend le poète attachant et fraternel. Paradoxe d’un recueil où loin de se cacher derrière des faux-semblants, l’auteur assume tout, au risque de paraître ridicule, « gamin », et de se faire tancer par une vieille amie parisienne non sans raisons d’ailleurs. « Comment ! Un homme mûr, dans sa position, ignorait les codes et les rôles qui régentent notre vie privée et publique ? Avec l’aplomb d’un gamin qui ne sait pas mentir, l’auteur avoue. Non, il ne savait pas. Quoi ? Il y avait des règles ? Il était dans un jeu ? Lequel ? Il ne s’en était pas rendu compte. Il a vieilli. C’est tout.


L’épilogue de ce poème se trouve comme souvent dans la musique : un jour l’auteur assiste à un concert de Claude Vivier, un compositeur contemporain mort assassiné à Paris. C’est la première fois qu’il entend ce morceau de musique qui l’émeut jusqu’aux larmes. Pourquoi ? Il veut savoir. C’est alors qu’il en découvre le titre : « Lonely child ». C’est aussi celui qui aurait pu orner de ce recueil grave, tourmenté et nostalgique.





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