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L’Obèle
dimanche 21 août 2005 par Daniel Gerardin



L’obèle est le premier roman de Martine Mairal, publié en 2003 aux Editions Flammarion. Elle relate la passion de Marie de Gournay, alors âgée de 17 ans, pour Michel de Montaigne vieillissant. Leur amitié a fait scandale, mais l’écrivain fit de sa jeune admiratrice sa première éditrice et il l’inscrivit dans ses Essais.
Martine Mairal fait “ raisonner la voix de Marie, unique, insolente, inoubliable, pour raconter ses illusions intactes, la force de l’amour et le pouvoir des livres contre les convenances, la misogynie et les rides du temps ”.
L’“ obèle ” est une petite broche indiquant où insérer un ajout dans un texte; Montaigne utilisa constamment ce procédé des “ allongeails ” pour parfaire son œuvre; une obèle fut consacrée à Marie de Gournay dans le deuxième livre des Essais.
Marie est née en 1565, sous Charles IX, et mourut en 1645, à l’avènement de Louis XIV; ainsi qu’elle le déclare : “ A dix-sept ans, j’entrais en érudition comme on entre en religion; la religion d’un livre qui les contient tous : les Essais de Michel, Seigneur de Montaigne”.
Très impressionnée, hallucinée même par la lecture des Essais, ouvrage “ qui parlait à mon esprit avec une limpidité et une force jamais éprouvées ”, elle décide d’en faire le livre de sa vie et de devenir “ la fille d’alliance ” de Montaigne. 
Elle lui fit parvenir une lettre pour solliciter une rencontre : “ M’accorder un moment pour vous faire la tempête d’interrogations que souleva en moi la lecture de vos Essais. M’offrir l’occasion de frotter ma chétive argumentation à la fermeté de votre pensée, de mesurer ce que j’ai laissé perdre de la substantifique moelle de vos livres … Voilà toute mon ambition. Y serez-vous pitoyable ? ”.
Montaigne répondit en annonçant sa visite. L’entrevue est relatée ainsi par la jeune lectrice : “ Quelle chimie subtile ouvrage les grandes rencontres de votre vie ? Le silence prend une résonance particulière, le monde s’entr’ouvre, les questions deviennent des réponses. Un élan nous immobilisa face à face. Le feu aux joues et les mains glacées, je tentais de reprendre mon souffle pour prononcer le premier mot d’un colloque dont je sus aussitôt qu’il serait sans fin selon mon secret désir. Il me regardait, intrigué, amusé et quelque peu troublé … Il se tenait là, terriblement présent devant moi. Il m’était la vie, la mort, le feu et l’eau. Au premier regard, il pénétra l’extraordinaire de cette rencontre, sut tout de moi, me saisit d’emblée différente, me décida son égale en esprit sinon en âge ... ”.  
De cette première entrevue s’ensuivirent bien d’autres et le début d’une merveilleuse amitié jusqu’à la mort de Montaigne en 1592. A cette époque, l’écrivain travaillait au troisième livre de ses Essais; il séjournait souvent à Paris, au Louvre, protégé par le roi Henri III qui appréciait son habileté politique en ces temps de guerre civile. Il pouvait donc rendre visite tous les soirs à Marie; elle écrit : “  le ressouvenir m’en frissonne encore des mots si émerveillables que prononça alors Michel de Montaigne. Nous étions ravis …/...
…/… l’un de l’autre : moi d’ouïr ce grand esprit me proclamer sa pareille et me donner par là brevet d’esprit, lui de trouver à l’improviste à qui parler en un temps de sa vie où, m’assura-t-il maintes fois, il ne pensait plus connaître cette sorte d’amitié ”.
Lorsque Marie dut repartir à Gournay, en Picardie, avec ses parents, Montaigne promit de lui rendre visite, ce qu’il fit au cours de l’été 1588; les longues conversations purent reprendre et Marie apprenait son futur rôle d’éditrice. Il lui expliqua l’obèle :
“ Voyez ce signe, Marie. Trois traits y suffisent. Une barre verticale ferrée de deux traits brefs à chaque extrémité. Tant me plaît cette petite broche que les copistes alexandrins dénommaient obélos. J’ai fait mien ce signet de leurs hésitations sur l’authenticité de tel ou tel vers d’Homère. Il saura vous parler quand je me serai tu. Suivez-le à la trace. Il indique le point de bifurcation où enchâsser mon ajout dans mon texte ”.
Ce séjour permit aussi l’approfondissement de leur complicité et de leur amitié :
Point n’osé-je encore aujourd’hui nommer amour l’émoi qui m’agitait à l’idée de cette main se posant sur la mienne dans l’élan de son approbation. J’aimais sa façon d’entourer mes épaules d’un bras tandis que l’autre traçait en l’air les gestes de ses idées. Femme étais-je assez, pour me troubler de sa présence massive et n’en être jamais rassasiée… Femme étais-je, aussi, pour saisir son trouble égal au mien, l’attrait de ma robe prétexte, le débat de ses élans et de sa raison, la jubilation de nos échanges... Femme, je fus par lui regardée, écoutée, accompagnée, comprise, consacrée au plus haut degré de l’estime et de l’attachement mêlés, esprit et corps réconciliés en cette confiance qu’il marquait en moi et en notre amitié”.
Cet été passé ensemble ne sera pas renouvelé; Montaigne fut rappelé à Paris et les relations ne furent qu’épistolaires durant cinq ans. Montaigne prévoyait une édition pour 1592 et il invita Marie à venir l’aider à la préparer; mais elle fut obligée de rester à Gournay pour soigner sa mère mourante.
Son grand ami mourut à peu près à la même époque, mais, du fait des temps troublés et des aléas du courrier, elle n’apprit sa mort qu’un an plus tard !
“ Rien ne m’avait préparée à ce chagrin trop vaste… Dans les abysses de désespoir où j’errais, la nouvelle de sa mort confirmait mon cauchemar : j’étais le songe d’une ombre. Et de quoi rêvent les ombres, si ce n’est de survivre à la disparition du soleil, à la dissolution de l’être ? Privée de lui, je réaliserais notre désir et tiendrais mon serment d’amour : devenir l’ombre de son œuvre, l’ombre de son ombre ”.
Montaigne avait oublié à Gournay le gant de sa main droite : “ Il est là sur ma table; son cuir nerveux de gant cavalier, épais assez pour maintenir les rênes de sa monture, a gardé la forme de la main aimée. La mienne l’y rejoint parfois, en une caresse d’alliance qui me tord le cœur, par delà les temps, la loi de Dieu et l’opinion des hommes ”. 
Marie de Gournay se mit à la tâche confiée par Montaigne : les éditions de ses œuvres de 1595 et 1598 connurent un énorme succès qui la combla de joie; d’autres éditions suivirent dans plusieurs pays d’Europe. Durant 18 mois, Marie demeura dans le manoir de Montaigne et travailla librement dans sa “ librairie ”, émouvantes retrouvailles par la pensée.
A l’heure des adieux, elle se recueillit sur la tombe de l’écrivain, dans l’église du couvent des Feuillants à Bordeaux : “ Son obèle d’amour fut, croyez-m’en, plus que suffisante à lui faire traverser les syrtes de l’oubli… Quant au deuil de sa présence, je le porterais toute ma vie avec passion et le porte encore, à l’heure où j’écris ces lignes de ma vieille main ridée que notre alliance a guidée sans faiblir ”.
Martine Mairal a eu raison de nous relater, avec brio, cette belle passion et faire “ résonner la voix de Marie, unique, inoubliable, pour raconter ses illusions intactes ”.



D.G.
 



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Messages

  • Je suis en train de lire cet ouvrage, et je me désole d’y voir de grosses fautes d’orthographe (comme "l’Illiade" à la page 30 avec ses deux -l- ; des barbarismes comme "ma mère voulusse", ou "elle confirmasse" p 98 ; des fautes de syntaxe dans l’utilisation de la tournure "ne pouvoir que...ne...", où le "ne" est oublié page 98 au même endroit ; et même le mot "réthorique", que j’ai trouvé tel dans d’innombrables copies de 1° et terminales naguère...
    Et même dans l’article auquel je réagis je trouve la confusion entre "raisonner" et "résonner" qui aurait dû être ici employé...

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