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Julien le Fidèle ou le banquet des démons

Régis Debray, Editions Gallimard, 2005

lundi 21 novembre 2005 par Alice Granger

Par cette pièce de théâtre, dont le personnage principal est Julien l’Apostat, « né à Constantinople en 331, empereur romain entre 361 et 363, neveu de Constantin 1er », qui « abandonna la religion chrétienne et favorisa la renaissance païenne », Régis Debray nous propose en fait une lecture de notre temps, où notamment en Europe se profile un crépuscule annonçant l’aurore d’autre chose, et nous entendons bien son identification à ce personnage qui n’est pas une bonne affaire puisqu’il n’y a rien de « moins scénique qu’un agité idéologue ».

Portrait de Julien l’Apostat, ou portrait de Régis Debray, dans cette pièce ? Sans doute Régis Debray nous en dit-il long sur sa résistance à notre temps, et plus encore sur une incarnation du « contresens historique ». En tout cas, dans ce texte, ça glisse sans cesse de Julien à Régis Debray, et du quatrième siècle à notre vingt-et-unième siècle. L’introduction elle-même, d’abord, vaut le coup d’une lecture attentive.

L’aspect « ‘mystique embarrassé’...nous concerne de près. Ce contraste suggère un porte-à-faux fatal : entre le médium théâtral et le message à faufiler ». Cet « héritier entre deux eaux, déchiré entre des loyautés contraires », a une « qualité de présence » non ordinaire. Déjà, ce « entre deux eaux » est une expression curieuse, évoque une métaphore fœtale, de même le mot « héritier ». Il s’agit d’un « héritier » à qui quelque chose est transmis, qui reçoit quelque chose dont il va pouvoir profiter, et il y a deux « eaux », et son dilemme c’est de choisir. Le choix des mots pour commencer à camper personnage et situation n’est pas anodin. Le personnage a de « l’eau » à hériter, mais il hésite, dans lequel des deux bains va-t-il se décider à se baigner, selon cette image métaphorique fœtale ? La question à l’ordre du jour n’est pas celle d’un « il n’y a plus d’eau » dans laquelle se baigner...La réalité de l’eau est certaine, ou bien le semble tant que le choix est suspendu. Il s’agit juste de savoir laquelle choisir. L’héritier a en somme une sorte de corps dont la façon de vivre n’est jamais autre chose que d’être immergé dans l’eau, avoir ça tout autour, dans lequel baigner, comme aussi dans un bain de paroles, d’idées, de coutumes, de rites, de croyances, de comportements à suivre, sauf qu’il s’agit de trouver la « bonne » eau, l’ancienne ou bien la nouvelle ? Laquelle, du point de vue de la vérité, convient-elle le mieux au corps dont le style de vie est d’être immergé ? Héritier : de l’eau, bain de vie au sens multiple dans lequel baigner, lui est transmise, mais laquelle choisir si deux semblent en concurrence, sans jamais que, en apparence, ne soit remis en question l’état de l’immersion, le fait que tout autour ça se donne à qui est en situation d’héritage ? L’héritier entre deux eaux n’arrive pas à choisir. Comme s’il n’y avait pas de solution...Julien finit par être tué dans une bataille contre les Perses. Aucune des deux eaux...mais une troisième possibilité...Alors, quel est le véritable message qui est transmis ? Qu’il y a cette hésitation parce que la question est celle de l’eau devenue perdue, eau amniotique quittée, saut à accomplir...ici face aux Perses ?

C’est ça qui est très intéressant dans cette pièce où le personnage de Julien est si proche de l’auteur : cette contradiction, et finalement dans la bataille contre...les Perses, le personnage ne revient pas. Reste le message...Peut-être jamais aussi précisément que dans cette pièce Régis Debray n’a-t-il réussi à écrire et à faire passer son message. Pièce avec son coup de théâtre.

Toujours dans son introduction, Régis Debray écrit que les craquements de notre modernité tardive entrent en résonance avec ceux de l’Antiquité tardive, même si la ligne de craquage s’est inversée, et que ce n’est plus le paganisme, c’est son ancien triomphateur qui rejoint à présent les musées et glisse du culte à la culture. Retour au point de départ, « l’Antique est l’avenir du Moderne », « l’anachronique d’avant-hier met dans le mille de demain matin », la désolante montée d’une civilisation matérialiste, païenne, postlittéraire et postchrétienne attriste un grand nombre. « Tout crépuscule cache une aurore, et la mort annoncée d’une culture n’est jamais que le balbutiement de la suivante, en dépit des tam-tams de fin du monde dont s’assourdissent les myopes ». Là aussi, curieuse phrase. Les « myopes », ceux qui ne voient pas loin, ceux qui en somme ne voient que ce qui les touche, les enveloppe, ceux dont la vision ne peut pas s’ouvrir comme avec la naissance entendue comme métaphore, c’est quelque chose de sonore, le tam-tam, qui prime, de même qu’au temps fœtal ce sont les bruits venant du corps maternel, qui s’imposent et circonviennent avant la vision. Les tam-tams, faisant trembler à l’idée de la fin du monde, à l’idée que si ce monde (par exemple de style fœtal) disparaît c’est fini, c’est la dominance maternelle qui fait peur pour mieux s’éterniser. Régis Debray, au contraire, parle d’aurore, de la vision qui s’éveille après la naissance et voit une terre nouvelle. Mais il y a une incertitude : cette terre qui à l’aurore s’annonce aux non myopes, est-elle une simple métaphore du monde perdu, du monde par exemple fœtal ? Est-ce aussi une...eau, une autre eau...matricielle ? La fermeture de la boucle pourrait le faire croire...On perd une façon d’être immergé pour être immergé dans autre chose. Mais toujours immergé. Résistance à un état d’immersion passif, pour un état d’immersion actif.

Le IVe siècle « est de ceux où le frisson sacré se met à raisonner », « la naissance de l’Europe chrétienne ...fut une époque à doctrine ». Mais Julien est un décalé, un insurgé, qui ne s’intéresse pas « au sexe faible », « indifférent aux créatures, ce cérébral hyperactif n’avait pas non plus le goût des garçons. ». « Eduqué par force dans un culte à mystères venu d’un trou perdu de la Palestine, sa raison et quelques maîtres en philosophie le convainquirent de revenir, dès l’adolescence, à sa religion première et universelle. » Outre le fait que Régis Debray pourrait, nous l’imaginons, décrire pour lui-même pareil retournement de veste de nature révolutionnaire, notons que ce Julien d’abord, dans son enfance, est en quelque sorte pris en main (par force) par une éducation chrétienne, il est remis dans un bain, remis dedans, c’est une doctrine extérieure qui prétend façonner et programmer sa vie, dépendance pour son bien. Et voici que, à l’adolescence, il échappe à cette prise en main, à ce bain, à ces eaux pleines de mystères, et il se met lui-même aux commandes, en choisissant de faire revenir sa religion première, son eau première. C’est ça l’essentiel : cet écartement par lequel il dit, je ne suis pas malléable et imbibable entre vos mains, votre religion, votre doctrine, tel un fœtus dépendant et imaginé sans capacité propre. Non je décide que mon bain, mon eau, c’est autre chose, cette première religion. Même à l’état fœtal, j’ai cette capacité de définir ma propre enveloppe placentaire, celle-ci n’est plus crue seulement une création venue du maternel, il s’agit d’un tricotage hétérogène de part et d’autre pour former cette enveloppe nutritive ici du point de vue de l’activité cérébrale encore plus que du point de vue du corps immergé dans un monde donné. Acte d’écartement qui introduit un sujet qui décide, au commencement. Adolescent, il décide de sortir de l’ombre : c’est moi qui détermine quelle est la vraie eau métaphorique dans laquelle je baigne, pas vous ! Mais même lorsque j’ai par ce retour de ma religion « première » affirmé que cette enveloppe qui me nourrit au sens total du terme est double, est un tricotage de deux religions, l’une d’origine extérieure (comme une partie du placenta vient du maternel) et l’autre d’origine intérieure (comme une partie du placenta est d’origine embryonnaire et fœtale et double et se tricote avec la partie d’origine maternelle), même lorsque j’ai par ce doublage par ce retour de ma religion première affirmé ce que mon état d’enveloppement, d’immersion dans l’eau, doit à ma propre production, je ne peux pas me résoudre à rester...dans ce dedans. Cela une fois établi, je ne peux pas rester à en jouir. L’état d’immersion ne peut être éternel. Il faut que je trouve la situation qui m’en déloge radicalement. Dans la bataille, je disparais. Une bataille que j’ai parfaitement bien repérée, voire suscitée, en repérant les ennemis. C’est comme une naissance. Inattendu coup de théâtre. Je ne reste pas à jouir de ce que je me suis battu pour faire revenir.

« Julien est un Napoléon qui, tué à Waterloo par une balle perdue, n’aurait pas eu son Sainte-Hélène ni son Las Cases. Il fut livré encore tiède aux Chateaubriand d’en face. Quelle infortune pire que celle-ci : l’image d’un homme public remise entre les mains de ses ennemis....Julien meurt au combat à trente-deux ans, l’âge d’Alexandre, un an de moins que le Christ. » On dirait le récit d’une naissance... Corps encore tiède remis aux ennemis, aux autres étrangers qui sont sur terre, dans un temps qui n’obéit plus à une logique enveloppante...Corps qui n’est plus en rapport avec de l’eau...mais en rapport avec des calculs... « Ce sera finalement un Alexandre raté et un Antéchrist avorté...Il a régné moins de deux ans avec le diable au corps, en voulant contrecarrer la rotation de la terre, mais sans tricher avec les questions sans réponse du vivre ensemble. Croire certes, mais en qui ? Transmettre pour sûr, mais quoi ? Tolérer la différence, oui, mais jusqu’où ? Et comment gouverner si tout ce qui vient d’en haut a cessé d’être crédible ? ...Qui suit cette étoile filante traverse quarante siècles en vingt mois. Rien d’étonnant que cet érudit pressé, insulté par les Chrétiens dès le soir de sa mort, ait à ce point mobilisé les imaginaires... » C’est tellement précis...et tellement personnel, ce qu’écrit Régis Debray ! Ce personnage de Julien accomplit une sorte de mise au point révolutionnaire sur le statut véritable de l’être relié (métaphore fœtale dans cette reliance par la religion), et puis, une fois cet acte révolutionnaire accompli, cet écartement fort, cela s’avère le temps d’une étoile filante, puisque le révolutionnaire ne peut pas s’attarder, tout se défait devant l’avènement d’un temps nouveau, comme lors d’une naissance. L’être révolutionnaire a réussi à contrecarrer la rotation de la terre, mais sans tricher avec les questions du vivre ensemble, il n’est pas possible de vivre ensemble sans naître, sans ce déracinement originaire, sans cette mort à un état ancien, sans cette bataille ultime où les autres humains sur la terre où naître apparaissent comme des ennemis, comme des Perses, comme des personnages qui ne tolèrent pas que le héros reste dans son eau amniotique, planqué en quelque sorte. Alors, transmettre le message...L’érudit pressé y excelle...

Julien, ce « marginal soufré, parfait porte-fantasme », est « un patriote qui emporte sa patrie dans sa tête, aux quatre coins du monde, se souciant peu de savoir quelle mine elle avait réellement. Il reçut la pourpre à Lutèce, de la main de ses troupes... Cet illuminé fut un homme acculé, qui mit son exceptionnelle énergie à refouler la marée montante sur toutes les grève de l’Empire. Ne faisant le jeu de personne, sa fin précoce fit le bonheur de tous. » Julien perturba les bonnes manières romaines par son mauvais goût, entendant mettre de la sincérité dans les rites par lesquels les individus tenaient leur rang public. « Cocasse, inclassable, notre casse-cou un peu immature, à observer ses traces de très près, est un trouble fête en mi-teinte...Plaçant ses espoirs en une sorte de méta-théologie échappant à l’histoire, et qui serait la théologie commune à toutes les religions de la terre, il s’ébroue plutôt à l’aise dans la religiosité éclectique de son époque... » Pour lui, « un individu privé de surnaturel est un homme à la mer sans bouée. Farouche est son allergie au cynisme élégant du praticien un peu libertin, au dandysme du lettré qui jette l’éponge. Il n’est pas revenu de tout, ce dégoûté des bords de la Seine et des vignes de Montmartre, il va de l’avant et il tient dur comme fer à la clé des songes. » C’est « un sabreur érudit ». Un « extravagant couronné », un « conservateur révolutionnaire ». « On n’aura jamais vu un champion de l’établissement aussi anti-establishment ». C’est un « querelleur à chimères, un pensif hyperactif. Le littéraire excelle au javelot et à la monte. » « Un chat du désert avant l’orage ».

A chaque phrase de cette introduction, fabuleuse est cette analyse d’une sorte de remise des pendules à l’heure sur l’état fœtal dans son sens métaphorique, analyse sur ce qu’est, en vérité, l’acte révolutionnaire, ce retour à une religion première puis la mort à cet état originaire, pour naître, saut sur la terre où il y a les autres, d’abord vus comme des ennemis, des Perses, et une balle perdue qui atteint le héros. Qui avait « une intimité avec le divin dont nous n’avons plus soupçon, un certain pressentiment de décomposition. » Quelle précision ! Oui, l’enveloppe placentaire, une fois précisé révolutionnairement qu’une religion première d’origine fœtale double la deuxième, celle d’origine maternelle, celle qui entoure, va disparaître, se décomposer. « Toute lucidité rehaussée d’impuissance...recèle une mélancolie radieuse et pénétrante. » « Julien a l’intuition de tout ce que les païens vont perdre, ou plutôt le prix qu’ils vont devoir payer pour survivre aux temps nouveaux : la délégation du spirituel à une élite omnipotente, le clergé. » « Le visionnaire devinait que cette foi inflammable, cette Eglise vorace sonnaient le glas d’un monde sans doute dur aux faibles et aux femmes...mais doté de cette particularité enviable : l’esprit n’y était pas habilité à torturer les corps. » On pourrait dire : voracité du fantasme maternel, aussi...Voracité partout et nulle dans notre monde matérialiste où une instance invisible semble prétendre tout savoir et tout produire de ce qui est bien pour nous, en prenant en otage notre corps et notre tête, en érigeant l’addiction au commencement de tout donc mettant l’instance occulte dans une toute-puissance folle et froidement calculatrice. Voracité de l’instance enveloppante extérieure qui s’occupe de tout et qui torture les corps par l’addiction douce ou dure. Délégation à une instance s’occupant de la jouissance de tous. Contrôle généralisé du « fond des âmes ».

Puis, quelque chose de beaucoup plus précis, sur l’acte révolutionnaire d’écartement faisant revenir la « première » religion. « L’idéologie rejette sur un maléfice venu du dehors l’inondation par découragement intime...Ne croyant plus en elle-même, la romanité était à la merci de n’importe quelle invasion de croyance, comme la dépression appelle le cyclone. » Passage à vide, au temps de Julien, et au nôtre. Tiraillement entre un « ne plus » qui se résiste à mourir et un « pas encore » chargé d’élan vital mais manquant singulièrement de savoir-vivre. Si le « révolutionnaire » accomplit ce retour d’une religion « première », quelque chose qui est comme sa production à lui de songes, de reliance, c’est parce que la « deuxième » religion, celle qui enveloppe tout autour, à laquelle on est relié, déçoit, elle n’est plus à la hauteur, elle s’est appauvrie, comme une enveloppe placentaire s’appauvrit avec le temps et aussi l’augmentation des besoins du fœtus (métaphore de l’être immergé) qui a de plus en plus conscience d’être à l’étroit, d’être dans du trop connu, et qui, par désir de renouvellement, fait entrer d’autres croyances qui altèrent la religion dominante. C’est son propre « découragement » qui altère la religion « deuxième » qui dominait, qui organise son invasion sauvage par de barbares croyances. Alors, le « révolutionnaire » découragé et déçu se replie du côté de sa production à lui, ce fond commun théologique. Il produit une religion « première ». Parce qu’avec le temps, il a désespéré des capacités toutes puissantes de la religion « deuxième » de s’occuper de lui, de le maintenir dans le bain. Juste avant de désespérer au point de naître, de sauter dehors dans un autre temps, il résiste encore en « produisant » sa première religion, histoire de nourrir son désir par autre chose que par l’attente orientée vers l’instance extérieure toute-puissante, histoire d’écrire son désespoir par rapport à cette instance extérieure, même envahie par des croyances barbares, elle ne sera plus jamais à la hauteur, comme le placenta ne sera plus jamais apte à nourrir de tous points de vue un fœtus trop développé devenu très exigeant, très affamé. « Il y a l’incertitude dans l’air, ... et le choix, au IVe comme au XXI siècle, n’est pas entre le camp du Bien et l’axe du Mal : la tragédie commence à l’instant où les bons et les méchants pourraient s’échanger leur rôle. » « Au XXI e siècle, l’avenir est un tunnel bouché, où les éboulis du passé nous cachent la vue, et le progrès d’antan n’est plus la certitude d’un mieux mais la crainte du pire. » « Et ces intègres intégristes, venus de l’Orient méditerranéen, projetant leur têtes de pont au cœur de nos mégalopoles, sûrs de leur sacré » sont prêts « à combler les vacances d’une société intérieurement vidée...excellant dans l’entraide et la solidarité ». Comme jadis la religion chrétienne venant remédier à la défaillance de la romanité crépusculaire...

La pièce commence par un dialogue entre la marraine Priscilla et Julien. Julien a perdu très tôt sa mère. Priscilla est une figure maternelle chrétienne, c’est-à-dire qu’elle l’a immergé dans un bain chrétien d’abord très proche, comme de teinte incestueuse (elle aurait pu être sa femme s’il avait été jardinier) mais maintenant elle est distante, celle qui était « une aguichante chrétienne » qui, maintenant qu’elle est une sainte, le prive « du présent au nom de l’éternité », alors « je ne me sens bien nulle part ». Ce personnage de Priscilla est très intéressant, très pervers. Elle est d’abord aguichante, elle prend comme en son sein, en elle, dans sa matrice très chrétienne, le jeune Julien, qui rêve d’en faire sa femme, de rester en elle pour toujours, mais voici l’opération de sanctification, elle prend de la distance pour mieux ancrer l’addiction. « Un jour, nous nous reverrons au Ciel, nous, toutes celles qui vous ont chéri et que vous n’avez pas su aimer ». Par cette opération très « perverse », la marraine s’écarte pour mieux faire entrer la série des femmes qui sauront perpétuer une matrice dans laquelle garder Julien. Mais il n’est pas dupe : « Je vous vois d’ici...Souriantes et diaphanes, frémissantes, toutes de lin vêtues...Comme j’aurais aimé vous rejoindre. Mais ne comptez pas sur moi...J’ai déjà échappé à l’étouffante affection des tiens, et je compte bien continuer...Avec l’aide d’Hélios. » Voilà le commencement : ne pas se laisser prendre aux filets de la séduction du gynécée, sur une base maternelle. Les sirènes ne réussissent pas à retenir le révolutionnaire, qui soupçonne le piège radical dans l’affection des siens, et qui préfère à ça la descente aux Enfers. Le jeune révolutionnaire Régis Debray n’aurait-il pas pu dire cela aussi ? Et partir.

Julien enfant, dans une ère pas encore chrétienne, est aux prises avec une cruelle époque. Son père a été exécuté parce soupçonné d’avoir fait parti des frères ayant empoisonné l’empereur. Julien enfant est donc présenté dans un état cruel, sans protection, en puissance ayant besoin d’être pris en mains sinon il meurt. De même le nouvel empereur, peut-être par peur des empoisonneurs, vire de bord, au lieu de suivre la tradition romaine, il s’entiche « du petit sorcier de Nazareth ». C’est « Un bon de garantie comme un autre »...Julien dit : « J’étais bambin quand il a rejoint la Maison du Père le jour de la Pentecôte dans une Constantinople flambant neuve que vous appelez aujourd’hui Istanbul. Une nouvelle Rome pour un homme nouveau... Le païen était pure méchanceté, le chrétien sera charité pure. La douceur toute, et en avant ! » Régis Debray ne souligne-t-il pas que c’est une figure paternelle qui assure la croyance à la douceur d’une matrice immaculée. C’est lui, le nouvel empereur, qui avalise la nouvelle religion, et la naissance d’un garçon dans un giron vierge. Le jeune garçon orphelin, mort en puissance en ayant tout perdu, dans cette opération retrouve un état d’enveloppement divin. Arrive la marraine... Giron séducteur, aguichant même pour l’enfant. La douceur en avant ! Immense opération maternelle soutenue par une instance paternelle. Clonage possible, devant une scène si touchante... « Et pourtant je reviens vers vous, bandes de galopiats. Intact. Cloné. Debout. Pas pour mon plaisir. Ni pour le vôtre. Pour votre Ins-Truc-Tion. C’est qu’à parler franc, dans la Rome d’en haut, on a trouvé votre vague à l’âme un peu faiblard...La déglingue, la déprime, le tout fout le camp, on connaît, on connaît, mes grognons. Nos valeurs, notre identité ! Ma sécu, ma retraite ! » Et oui, les petits grognons, ils ne rêvent que d’une instance qui leur assurerait le retour de la douceur éternisée tout baigne...Des petits...Bien au chaud...Pas nés... « De vrais petits singes ». Mais Julien alias Régis Debray : « L’homme-qui-brûle-ce-qu’il-a-adoré », « un handicapé du cothurne ». Mais contre ce trouble-fête on brandit l’accusation de la jalousie intergénérationnelle...Julien n’est pas un as de la communication... Il a mieux à faire...Transmettre le message...Même le « catéchisme du matin au soir. Pour t’apprendre à vivre », n’a pas réussi à le circonvenir. Le catéchisme d’aujourd’hui, dans le monde de la communication, serait celui de la consommation et du tout baigne...

Devrait-il être, le fils obéissant au père ayant opté pour la religion chrétienne, l’égal du père devenu éternel ? Julien conteste l’éternité de ce père... Pas à l’abri de l’empoisonnement...par trop de douceur aguichante... Cependant, en apparence, bien entre les mains de sa marraine, Julien est très bien éduqué : « Finalement, votre filleul est tout ce qu’il y a de plus présentable ». On imagine que le jeune Régis Debray l’était de même...Priscilla devient officiellement la marraine du jeune Julien. « Elle porte un grand nom...Je souhaite qu’elle soit ta marraine...Tu n’as plus de mère, n’est-ce pas ?...Embrasse-la, Julien...Enfin, pas de trop près... » Voilà : assomption du féminin, mais écriture de l’interdit, pour mieux arrimer l’addiction incestueuse...si c’est interdit, distant, c’est que c’est désirable...Priscilla prendra soin de son salut éternel...Julien : « Je vois d’abord votre âme, madame, et c’est comme une fleur qui s’ouvre au printemps »... Tout un discours qui idéalise le féminin, qui crée littéralement un intérieur idéal, une matrice promise d’autant plus qu’elle est à distance, donc pas atteinte par l’usure du temps. Julien dit en baissant les yeux : « La beauté est un hommage rendu à Dieu dont le Fils est né d’une femme ».

Comme aujourd’hui où le fantasme maternel a pris le pouvoir, où la logique de grossesse semble vouloir imprimer son diktat sur toute la vie, Priscilla dit au IV e siècle : « Vous avez raison, mon filleul. Il y a eu une femme entre le Père et le Fils ».

Après son baptême, son immersion dans le bon culte, le culte du bon giron, de la bonne matrice, Julien est quand même attiré par le fruit défendu, c’est-à-dire les cultes helléniques. Comme si le bon giron ne lui suffisait pas...Mais en même temps, le jeune Julien est de son temps, il a la pureté sur commande même après avoir couru la gueuse, l’Eglise est une société parfaite (comme la nôtre aujourd’hui, dont la technique et la science s’occupent si bien des besoins de chacun...), les chrétiens sont très forts pour la propagande, et les ignares et les affamés sont des cibles faciles...Brûler tous les livres et n’en garder qu’un seul, parlant de la nouvelle religion...Pourtant, « L’impudence de ces blancs-becs n’est faite que de nos démissions à nous, les Anciens ». Et oui...

Nous apprenons que Julien s’est intéressé au fruit défendu, les cultes helléniques, grâce à ...sa marraine, la finalement très contradictoire Priscilla. « Un peu d’indulgence, je vous en prie », dit-elle. N’échappe-t-elle pas elle-même à sa sanctification ? Ne reste-t-elle pas un peu païenne ? Un peu hors des mains du Père qui l’assurerait idéale, non totalement habitée par lui ? Alors, grâce à son intervention pour qu’il puisse aller à Athènes, Julien s’aperçoit qu’être « un dieu c’est goûter l’éternel d’aujourd’hui », ce qui n’est pas l’éternel de l’au-delà chrétien...C’est quelque chose qu’elle lui donne ailleurs que dans l’éducation chrétienne dans laquelle elle l’a d’abord baigné. Tout l’intérêt de cette pièce ne s’enracine-t-il pas dans ce personnage contradictoire de la marraine Priscilla, personnage maternel, qui à la fois est gardienne du culte chrétien et habitée du Père, mais aussi, par un acte qu’elle accomplit de manière personnelle en s’écartant elle aussi de la religion officielle, ouvre un ailleurs très différent. D’une part l’éternité est dans l’au-delà, version chrétienne, et d’autre part à Athènes l’éternité est là. Ces deux choses incompatibles simultanément ouvertes à Julien par ce personnage contradictoire de la marraine. Régis Debray l’a admirablement campée. C’est elle qui avalise ce désir d’écartement qu’il sent s’installer en lui. Elle lui désigne ouvert un lieu qui n’est pas régi par la loi de l’interdit, un lieu que la loi de l’interdit de l’inceste n’atteint pas. Et Julien lui écrit d’Athènes : « Pas de matin où je ne m’étonne que les choses soient, au point de perdre l’anxiété de savoir ce qu’elles sont. Tout ce qui rutile sous mes yeux excuse ce qu’a de labyrinthique la glose de mes maîtres. » C’est incroyablement beau et précis !

Bien sûr, aux yeux du représentant de la loi, un chrétien, ce garçon déraisonne, qui ose écrire : « Ici l’existence s’épure de tout l’éphémère, le hâtif, le brouillon. Et j’en viens à me demander si le monde en sa lumineuse, enfantine et matinale immobilité n’est pas le seul événement qui mérite une méditation. » Et oui ! Julien échappe à ses maîtres chrétiens, à ses figures paternelles, et a accès à quelque chose de non interdit, et donc d’incroyablement non incestueux. Comme si c’était l’interdit qui faisait l’incestueux. A Athènes « la vie n’est pas une maladie honteuse » et nulle tache indélébile ne noircit l’âme à la naissance. Dans cet ailleurs qui s’ouvre par ce don accompli par la marraine Priscilla, elle est un personnage maternelle qui donne ce qu’elle n’a pas, elle donne ailleurs qu’en elle-même, alors ce n’est pas incestueux, ce n’est pas teinté du péché originel. On sent que Régis Debray, qui sait si bien écrire cette expérience-là, a dû lui-même la vivre...

Cependant, Julien, à Athènes, a un gardien chrétien. Et l’exemple de son frère, qui a été décapité pour avoir osé conspirer, pèse comme une menace qui ne manquera pas de s’abattre sur lui s’il poursuit dans sa démarche dissidente. Sa disparition n’est-elle pas déjà annoncée ? « Crois-tu que mon tour soit venu ? Les idées noires reviennent... » L’évocation du sort de son frère conspirateur n’a-t-elle pas pour fonction de dire la sensation vive qu’a Julien du caractère non immobile de l’incroyable douceur trouvée en Grèce ? N’est-elle pas déjà la sensation que l’événement traumatique de la naissance se prépare ? Ici, c’est fabuleux, mais impossible de s’éterniser dans cette éternité, il va se produire un déracinement, un saut très inquiétant, les idées noires reviennent, Julien sait que le décrochage va se produire, que toutes ces choses si douces vont disparaître, que s’annonce un changement radical d’état.

Comment les nuages noirs s’annoncent-ils ? Par la bouche de Grégoire, l’ami d’enfance chrétien de Julien, qui est avec lui à Athènes. Grégoire est en quelque sorte l’intériorisation que Julien a accomplie en lui de la loi chrétienne, cette loi qui annonce que le royaume de dieu n’est pas sur terre, cette loi qui annonce la fin de cet état exceptionnel, si suave, si doux. Grégoire introduit un autre regard. Faire voir alentour, plus loin, introduit le temps. Julien à Athènes est comme un dieu vivant sa vie éternelle. Ici, la Cité passe avant la secte. Mais Grégoire fait remarquer : « Savez-vous qu’il y a des pauvres derrière vos murs ? » Remarque insidieuse, qui introduit les autres, et qu’il y a un autre temps que celui de cette sorte de vie paradisiaque suave à l’intérieur d’une Grèce matricielle. Des pauvres, cela annoncent un autre aspect de la Grèce, cette matrice n’est pas éternellement riche, elle peut s’avérer très pauvre, ne nourrissant plus à l’intérieur d’elle-même ses enfants. Par les paroles de Grégoire, la Grèce matricielle suave se décompose en puissance, c’est un placenta sur lequel l’enfant dieu, l’enfant dans une logique fœtale, ne peut éternellement compter. Les pauvres au-delà des murs témoignent de l’appauvrissement irrémédiable annoncé. Par contraste, Grégoire peut présenter la doctrine chrétienne comme bien plus accueillante pour ces pauvres. Celse, l’ami païen de Julien, ironise : les chrétiens ont, « En plus du monopole du cœur, celui des mots », ils promettent un temps meilleur dans l’au-delà. « Nous, on a les réponses ». Déjà s’annonce un basculement que dans notre XXI e siècle nous connaissons bien aussi, à savoir l’intérêt braqué sur les victimes beaucoup plus que sur les héros. Basculement par lequel Grégoire fait remarquer à Julien que, derrière les murs qui protègent sa vie athénienne si suave, il y a des pauvres, des victimes. De même, en ce XXI e siècle, chaque jour les médias nous servent notre lot de victimes, et la politique s’occupe d’améliorer le sort de citoyens malheureux. Gros plan sur les pauvres, les victimes, et, en plus du cœur qui a su les apercevoir, les mots, qui promettent, dans l’au-delà ou bien demain, des jours meilleurs, et ces mots, cette promesse, foutent en l’air la jouissance suave et tranquille de tout Julien en puissance sur la terre grecque paradisiaque, matricielle. Les victimes représentent les agents qui s’attaquent à la matrice. En même temps, elles servent à des instances d’inspiration paternelle, qui vont pouvoir promettre, dans l’au-delà, pas maintenant, cette matrice retrouvée, immaculée. Sur la base de cette promesse, le personnage paternel va pouvoir construire sa puissance. Puissance faite de mots, de parole, et qui se nourrit du désir attribué aux pauvres, aux humains, de retrouver cette matrice. Puissance paternelle s’ancrant dans une supposée addiction irrémédiable. Puissance paternelle résultant d’une exploitation du maternel, en en promettant le rétablissement, ceci impliquant la non inscription de ce déracinement définitif qu’est la naissance, la non admission de la perte d’un temps maternel. Voici que se profile une promesse paternelle, par le dieu des chrétiens, de retrouvailles avec un paradis maternel, comme s’il n’avait jamais été perdu. Pour cette promesse, qui donne beaucoup de pouvoirs aux...Pères de l’Eglise...aux personnages paternels qui les font, les victimes, les pauvres, sont indispensables. Ce sont leurs désirs de jours meilleurs exacerbés par leurs souffrances qui vont donner de la force et du corps aux promesses.

Julien est quelqu’un qui va sur le terrain. Gaule. Victoire de Strasbourg. Sur le terrain, il vit encore dans un temps où semble possible de sauvegarder l’Empire romain. « On ne pouvait plus se contenter d’empêcher les Germains de traverser le Rhin...Il fallait aller chez eux...On avait le moral...J’avais fait préparer des vivres pour l’hiver sur les moissons ennemies...Et ce roi franc au nom bizarre, Chonodomaire, était bien imprudent... ». Julien croit pouvoir rivaliser avec les promesses chrétiennes en les réalisant ici-bas, en empêchant que l’Epire romain décline. « Les chrétiens crieraient au miracle. » Julien expérimente le pouvoir d’un personnage investi d’une mission paternelle. Il croit qu’il pourra. Qu’il a le pouvoir d’éterniser l’Empire romain comme une matrice dans laquelle vivre, en conjurant l’inexorable déclin par l’intérieur et l’extérieur. Le roi franc Chonodomaire fait prisonnier ironise devant Julien : « La Puissance d’en haut vous assiste, généralissime. On ne peut rien contre elle. » Elle ! Le roi franc souligne ce elle. Julien croit à l’éternisation de ce « elle ». Ce elle matriciel. L’Empire romain comme une immense Cité gardant en elle.

« Julien prend ses quartiers d’hiver à Lutèce. Dans l’île de la Cité. » Constantinople lui a coupé les vivre. Ses hommes, privés de vivres, vont se retourner contre lui. Un vent de mutineries s’élève. Régis Debray, par cette scène d’isolement, dans « l’île de la Cité », prouve de manière géniale que la réussite de Julien, notamment en Gaule, ne s’effectue que parce que Constantinople lui assure les vivres, que parce qu’une instance extérieure toute puissante lui en donne les moyens. Preuve par la privation. Il suffit qu’elle lui coupe les vivres pour qu’il soit la cible d’une mutinerie. De l’intérieur de sa place forte, la mutinerie va s’organiser. « Si on n’a plus à bouffer, pas d’erreur, ce sera sa faute à lui. » Ils veulent que la bouffe leur arrive comme par un cordon ombilical... Si ce n’est plus le cas, s’il n’en a pas le pouvoir, quel père ridicule...Alors, Julien n’a pas d’autre commentaire à faire, il s’incline. « C’est goupillé d’en haut. » « L’Empire n’est plus ce qu’il était. » Julien admet qu’il n’y a plus d’empire. Plus de lieu matriciel. C’est un lieu détruit. Temps gestationnel qu’il n’est dans le pouvoir d’aucun père, même empereur, d’éterniser. Au contraire, la puissance d’un père ne serait-elle pas d’avoir le cran d’affirmer que cet empire-là n’est pas éternel, qu’il est miné non seulement par l’extérieur mais aussi de l’intérieur ? L’empire maternel.

Julien pose cette question : « Intervenir ou laisser mourir ? » « Qu’est-ce qu’il y a de mieux pour Rome, une bonne saignée ou une longue hémorragie interne ? » Image très forte du sang ombilical, et de l’hémorragie de l’accouchement. Et Julien se souvient qu’il est orphelin. Il a perdu père et mère. Plus d’état d’enveloppement. Il a perdu ses enveloppes matricielles. « Un peu à l’écart, une femme, seule et voilée, comme un long reproche. »

Julien s’incline. Il laisse Constance, son rival et prédécesseur, faire basculer l’intérêt vers les victimes. « Il pleure les victimes et méprise les combattants...Il n’aime pas les hommes debout. Il veut tous les mettre à genoux, et vous compris. » Comment Constance s’attaque-t-il aussi à Julien ? Par la femme ! Il lui donne en mariage sa sœur Hélène ! Et il lui donne l’Empire. Mais cette femme est chrétienne...non accessible ici-bas... « Vous aurez l’Empire, mais vous ne m’aurez plus, moi. ». Elle symbolise le lieu matriciel perdu. Et Julien n’aime personne. Comme si, autour de lui, plus rien pour susciter l’amour.

Sur le front perse qui avance, Constance est en difficulté, il rentre précipitamment chez lui mais expire en route, victime des fièvres de Mésopotamie. Hélène aussi est morte. Elle n’a même pas donné de descendants à Julien. Juste un mort-né... Ce mort-né incarne la non viabilité de l’Empire. Aucun successeur. Le message transmis : l’Empire est décomposé. Ce temps est fini. C’est le temps d’un changement radical d’état. S’annonce autre chose.

Julien est le successeur de Constance, et le voici face à la Rome chrétienne. « La nouvelle Rome s’offrait comme une mangue ouverte, une pulpe où mordre. Dégoulinante d’espoir...Quel carnaval ! Je n’ai jamais vu autant de sénatoriaux courbés jusqu’au sol, autant de bouquets de violettes dans les mains des matrones, autant de lèvres de poètes chantant le nouvel Achille... » On dirait que Régis Debray lui-même a vu une scène semblable...Mais Julien n’est pas dupe. « C’est l’euphorie quand arrive l’homme neuf qui promet de changer la vie au printemps prochain. » Nous voyons Mitterrand entrer au Panthéon. « En réalité, le fruit n’était pas mûr, il était pourri. Ne restait de l’Etat qu’un décor. Deux siècles de laisser-faire, la cohue des appétits et des avantages acquis. » Et oui...appauvrissement de l’intérieur... Alors Julien s’attaque aux avantages acquis, et sous prétexte de les supprimer, il en fait l’inventaire... « Seuls les fonctionnaires de l’Etat seront autorisés à utiliser les voitures officielles...Plus de roses sur la table en hiver, ni de cerises en automne, ni de pains de glace acheminés du Caucase en plein été. » Tous ceux qui, par leurs appétits et leurs désirs luxueux débridés comme si rien n’était impossible, minent les richesses de l’intérieur, qu’ils voient la fontaine tarie, la source coupée comme un cordon ombilical introuvable ! Plus de chaises curules, plus de tentures de Damas, plus de lumignons d’argent, plus de tuniques à broderies...et les prosternations et les courbettes des profiteurs et des courtisans font perdre du temps. On sent que Régis Debray a vu ça de près...

Bien sûr, Julien ne va pas s’attirer des amis. Il est en train de saborder le lieu matriciel dans lequel il est installé. Il désinvestit le personnage paternel qui était censé avoir le pouvoir d’assurer tout ça et qu’il incarne. La fin est annoncée. « Les nouveaux chrétiens ne te pardonnent pas la leçon d’honneur que tu leur administres. » Mais il rétorque : « Qui a le Soleil pour Dieu n’a pas de cabinet noir pour écouter aux portes. » Julien a le Soleil pour Dieu, c’est-à-dire que, comme lors de l’événement de la naissance, ses yeux s’ouvrent et découvrent la lumière, les couleurs, la terre, à savoir un lieu de vie qui n’a rien à voir avec le matriciel, avec une forme de vie bien à l’abri, tout ce que ses yeux découvrent à la naissance, avec le développement de ce sens-là, la vision, vient du soleil, de la lumière, voici advenir les couleurs, les formes, l’espace, le mouvement, les autres. Julien ne va pas s’attarder à écouter aux portes les complots contre lui qui le mettront un de ces jours dehors de cet abri, il est déjà en puissance dehors, né. Et le Soleil !

Julien poursuit son inventaire des privilèges auxquels il va mettre fin. Ces associations qui marchent à la lettre de recommandation. Les agents doubles qui exagèrent pour se faire valoir. Les jours fériés rajoutés. Les journées de travail raccourcies. Les hauts fonctionnaires qui confondent fonds publics et cassette privée. Ces préfets qui vont jusqu’à introduire leurs épouses dans les conseils. Toutes ces villes qui ont été rebaptisées. « Regardez-vous dans un miroir ! Vous êtes les uns pour les autres comme des bêtes féroces. » Et oui, lorsqu’il s’agit pour chacun de ceux entrés dans cet abri de défendre leurs privilèges et pour les autres...le déluge...Julien ne veut pas être leur père protecteur, à tous ces parasites planqués qui voudraient l’initier à comment se conduire. « Est-ce que j’ai l’âge d’être votre saint père, mes bons pères ? »

Julien, par-delà la perte, veut rester fidèle à une qualité de vie originaire, qu’il garde en mémoire, comme des inscriptions sensorielles inoubliables et paradigmatiques. Ce qu’il a perdu, avec cette décomposition matricielle qui s’écrit ici par la décomposition en cours de l’Empire romain en train de basculer dans la chrétienté, il parie de le retrouver autrement, mais pas faussement. « Apostat celui qui renie ses fêtes, ses chênes et ses chansons de nourrices. Apostat celui qui abjure la langue de sa mère, la maison de ses pères, et le b.a.-ba de ses maîtres d’école. Abjure qui se met au goût du jour, pour faire le beau devant les chiens... »

Julien, alias Régis Debray, est en colère : « riches comme vous êtes, avec vos chasubles, vos mitres et vos rinceaux brodés, vous réclamez des subventions ! Vous serez désormais des contribuables comme les autres. »

Julien est décidé : « Mes ancêtres m’ont légué une Cité qui est la terre. Je dois empêcher qu’elle se divise, avec vos hérésies à n’en plus finir, en petits quartiers haineux. » Propos forts et si actuels ! La terre sur laquelle chaque né vit ! Sur la base de la fin des privilèges de toutes sortes pour ceux qui croient que naître ne leur arrivera jamais...qu’ils ne quitteront jamais leur abri...

« Tout de même ! », raille Julien, « Un Dieu sorti du ventre d’une femme ! Entre du pipi et du caca ! » Pour le dire autrement, cette maternisation de la vie ! Cette domination de plus en plus forte de la logique maternelle. Un petit dieu dans le ventre de maman qui s’occupe bien de lui, et tous ces petits qui n’ont plus qu’un seul désir, jusqu’à la mort, c’est que tout baigne pour eux, dans le meilleur des mondes que les politiques doivent leur promettre, pour que ce soit comme dans le ventre de maman... ». Comment.... « peut-on s’accommoder de racontars pour vieilles femmes, de contes pour enfants ? »

Mais Grégoire prédit sa perte à Julien. Il va mourir à son état abrité. « Tu as soumis des féroces, des Francs, des Saliens, des Alamans, des Quades et des Sarmates, et tu vas devoir capituler devant de pauvres hères. Quel gâchis ! Tu ne sais pas t’y prendre. » Bien sûr, pour l’adepte de la religion nouvelle Grégoire, gagner c’est finalement rester à l’abri, dans les privilèges, c’est ne pas changer de statut, d’état, c’est ne pas naître, en somme, alors que Julien, lui, il veut voir le soleil, donc naître, donc mourir à son état abrité. Ils n’ont pas du tout les mêmes ambitions, les deux amis d’enfance...Toutes ces affaires qui se décident désormais « au lavoir, dans les buanderies, à la cuisine, près du four et du Rouet. Chez les péquenots et les prostituées. Les immigrés, les métèques, les esclaves, les soubrettes », s’appuient sur la domination d’une logique maternelle. Il s’agit de faire des calculs sur la promesse du tout baigne spectacularisée par le biais des malheureux ...enfin entendus n’est-ce pas ? Une bonne maman qui s’occupe de tout le monde, c’est-à-dire aussi de ceux laissés dehors. On remet tout le monde dedans. Et ça fait un fabuleux commerce...Tous alignés sur les pisseuses et les chiards, dans une nurserie généralisée...Mais Julien s’écrit : « Les pisseuses et les chiards, moi, ça me démoralise. » Grégoire lui prédit alors la solitude. Tandis que lui, Grégoire, il sait si bien faire, il prend par la main, il essuie les larmes, il entend les cœur battre, il soigne les nécessiteux, les infirmes, les malades, les veuves, les vieillards, il donne sépulture aux indigents...Bref, on dirait une parfaite campagne électorale. Promesse de tisser une gigantesque matrice pour remettre tout le monde dedans ! Naissance à l’envers. J’ai une matrice à disposition, dirait ce Grégoire, je vais encore plus la développer, et alors vous allez tous inverser votre si tragique naissance ! Au milieu de la racaille, oui, les gens comme Grégoire, c’est à la mode, mais pour leur donner des nattes où dormir, pour faire la propagande d’une bonne mère avec un ventre accueillant gigantesque, je vais tous vous mettre dedans !

Julien rétorque : « Je ne leur refile pas des histoires de résurrection à dormir debout. Ou des vierges qui accouchent en gardant leur hymen. » Et oui, la mère sur la base de laquelle ils font leurs promesses et surtout leur commerce et leurs calculs, est une mère qui peut d’autant moins perdre son hymen qu’elle n’accouche jamais, qu’elle n’accueille même jamais en elle la perspective d’une vie destinée à sortir d’elle, jamais donc, en vérité, elle n’est le lieu de la gestation d’enfants en puissance sortis d’elle, donnés à la lumière. Elle garde en elle non seulement des non nés, mais des jamais conçus comme viables hors d’elle un jour. Que des handicapés ayant besoin de l’intérieur du ventre de leur mère à vie, promise même par les politiques qui font leur beurre en spéculant sur du ventre accueillant. Grégoire persifle : « Vous les philosophes, vous ne faites pas rêver les lavandières et les cochers. » Julien dégaine : « Sais-tu, Grégoire, ce qui nous oppose finalement ? Vous, c’est aux défunts que vous promettez la lumière. Nous, c’est aux vivants qu’on ouvre les yeux. » On n’ouvre les yeux qu’en naissant, qu’en abandonnant l’abri et lorsque l’abri lui-même nous abandonne...Ceux qui ne naissent jamais, qui s’accrochent à leur abri, qui l’hallucinent, ne sont que des morts-nés. Des défunts jamais vraiment nés. Le paradis de Julien se trouve dans un rayon de soleil. En ouvrant les yeux. En naissant. Ceux qui ne sont pas nés n’ont jamais ouvert les yeux. N’ont jamais vraiment fait l’expérience d’un changement sensoriel radical en traversant l’épreuve de la perte de l’abri. C’est cela que Julien alias Régis Debray nous dit !

En présence de Priscilla, la marraine, sur les hauteurs du Bosphore (comme par hasard un passage étroit comme celui qu’il faut franchir pour naître), Marc, un centurion chrétien, reconnaît : « Julien, c’est la Providence qui nous l’envoie. Nous étions devenus un peu gras, vous ne trouvez pas, messeigneurs ? ...Tellement d’opportunistes nous ont rejoints...l’odeur du rôti... » Châtiment par l’Usurpateur Julien ! Priscilla peut-elle faire quelque chose ? Amadouer Julien ? Non, dit-elle ! Il n’a plus quinze ans ! La figure maternelle n’a pas de pouvoir sur lui, et elle n’a pas envie d’en avoir...

Tout a tellement changé ! Comme aujourd’hui ! Les étudiants « ne jurent plus que par les conducteurs de chars ou les joueuses de harpes. Les amphis deviennent des spectacles...Les élèves applaudissent ou sifflent en plein milieu des cours magistraux. » Stars du football, etc...Il faut leur parler, à ces jeunes ? « Pour leur dire quoi ? Ils sont amorphes. Incultes. Ils ne lisent plus rien. » Mais lorsque le mot d’ordre c’est de rester dans l’abri et que tout baigne, peut-il en être autrement ? Et y a-t-il encore des professeurs qui ont la flamme ? « S’il n’y a plus de flamme à l’école, peut-on en attendre sur le forum ? » Et le meilleur allié de la nouvelle religion, n’est-ce pas l’illettrisme ? Julien poursuit : « Il n’y a pas de parents d’élèves ! Inscrivez cela au fronton des écoles ! Les parents font les petits, seul le maître fait l’élève. » Logique ! Si les parents d’élève entrent dans l’école, avec tout ce que cela implique d’inégalités des chances à cause des différence de moyens, s’ils entrent à l’école avec leur argent, leurs relations, c’est comme s’ils entendaient faire croire qu’ils gardent leurs enfants dans leur ventre, qu’ils ont les moyens d’avoir un ventre se poursuivant dans l’école et la vie entière comme s’ils n’étaient jamais nés, à l’abri pour toujours ! Julien alias régis Debray dénonce tout cela, fortement ! Cette domination inadmissible de la logique maternelle ! Et ces enfants qui deviennent des zombis imbibés de tout ce qui les distrait, les programme, les balise...Julien, lui, est un passeur ! Le passeur d’un passage impossible à effacer : la naissance. C’est le seul titre qu’il revendique : passeur ! Comme Régis Debray !

Julien galope à perdre haleine vers Antioche. Il traverse au galop les cités qui ne l’aiment pas. En faisant des haltes pour travailler la terre. Pour tirer quelque chose de la terre, il faut bien la travailler ! Une terre à travailler ! Pas comme dans une matrice, qui nourrit sans être travaillée...

Dans le temple délabré, les objets de cultes en or, précieux, ont été dérobés. Il y a tant d’amateurs d’art, désormais !

Antioche, vers laquelle Julien galope, est la ville où « ces cinglés ont pris le nom de ‘chrétiens’ ». La couronne d’épines des victimes est la couronne de lauriers de ceux qui savent si bien développer leur commerce sur la promesse d’améliorer leur vie, de la remettre un peu plus à l’abri dans un ventre plus généreux et jamais quitté. Mais Julien dit : « moi, en les privant de larmes, je leur enlèverais le sourire... », à ces profiteurs de misère. « J’ai fait venir d’Egypte trois cent mille boisseaux de blé. » Mais ses ennemis sont plus fort ! « La cargaison a filé chez les grossistes. Ils ont fait monter les prix, et les queues s’allongent. » Les larmes, pas les estomacs satisfaits, voyons !...

Et que fait-il de l’ennui, Julien ? Aujourd’hui, notre monde produit de quoi distraire chaque seconde les jeunes, et les moins jeunes...Pas une seconde d’ennui ! Une bonne mère occulte partout et nulle part est attentive à ce que personne ne puisse s’ennuyer ! Elle donne de la nourriture distrayante en continu, elle la varie, et tout le monde fait glou glou, reconnaissant, personne n’en a pas faim, personne ne préfère l’ennui et la fin de ce biberonnage infantilisant ! Mais Julien au contraire est un défenseur de l’ennui, qui marque un temps de suspension par rapport au biberonnage de marque maternelle qui vise à saturer chaque désir ! S’ennuyer, n’est-ce pas aussi faire le constat que ça ne tient plus les baskets, que ça ne prétend plus avoir un remède ou une solution ou une chose prête pour chaque seconde de faim, de désir ? N’est-ce pas se trouver devant l’ouverture elle-même, infinie, sans aucune instance s’opposant à une aventure qu’elle ne serait plus là pour la programmer, la téléguider, la baliser et la calculer en vue d’un commerce lucratif ? Et « Que savent-ils faire d’autre avec leurs mains, ces flemmards, qu’applaudir nos m’as-tu-vu ? »

Il devient clair que Julien lui-même doit jouer son abri dans la bataille. « Tous des planqués, ces philosophes » ? Non, Julien alias Régis Debray écrit avec son glaive. Il joue son abri. Il se fait tuer par une balle perdue, il n’est plus à l’abri. « La vraie guerre nous attend au-delà du pont. ». La stratégie « et les calculs, je m’en tape. J’ai honte, comme Romain. » Et Julien se tourne vers l’exemple des Juifs, ces déracinés qui se sont mis en route sur la base de la perte de l’abri. « Ces indomptables ont des lois plus anciennes que les nôtres. Leur Moïse pourrait nous en remontrer. » Et les chrétiens « Eux, c’est une affaire de famille. Ils veulent l’héritage pour eux tous seuls. Le frère aîné doit déguerpir, les lois de Moïse sont abrogées, comme ils disent, par l’arrivée du Messie. » Julien veut faire reconstruire le Temple de Salomon. C’est un butor, Julien. Cette reconstruction n’est pas un don de Rome, c’est un dû. Cela va donner des démangeaisons à ces Romains qui jettent aux orties la religion de leurs pères...Et l’envie que suscitent les Juifs ? « Qui n’envierait un peuple d’élite, dominateur et sûr de lui comme le vôtre ? » Alors, quel est leur secret, à ces Juifs, pour être si forts ? Siméon répond : « C’est le malheur ». C’est le déracinement ! C’est la perte de l’abri. C’est la naissance, forcément traumatique. C’est le changement radical d’état. Yahvé était le contraire d’un dieu secourable qui aurait évité ça. Au contraire, le déracinement, la naissance, ce malheur originaire, comme la chose la plus précieuse ! Pour avoir la chance d’être donné à la lumière ! « Vos aïeux ont bien fait de résister », dit Julien. « Rome n’a que ce qu’elle mérite. En détruisant ce qu’Hérode a construit, vous avez semé le vent et récolté la tempête » dit-il aux Romains.

Et, s’adressant aux Juifs, pour les présenter dans une position paradigmatique, il dit : « En retenant dans vos cœurs ce que le passé y a déposé, vous élevez le niveau partout ailleurs ». Demain Jérusalem...Nostalgie, cette envie de rentrer chez soi ? Ou un puissant paradigme pour retrouver chez soi devant ?

Rives de l’Euphrate. Qu’y a-t-il à gagner, en s’enfonçant dans ce marécage ? L’ennemi est insaisissable puis devient omniprésent. Les soldats voudraient rentrer chez eux, retrouver leur gynécée, et non pas ce lieu de toutes les attaques où Julien s’est fourré...Les chrétiens recrutent à tour de bras, ce serait le moment de laisser tomber Julien, l’abri c’est plus confortable, la tentation est grande...

Tente impériale. Livres par terre. Confort spartiate. Les gardes sont tombés cette nuit dans une embuscade. Les Perses étaient bien renseignés. Julien a su se mettre là où les ennemis pouvaient le mieux détruire son abri, déjà devenu si précaire...Ce qu’il désire n’est-il pas la destruction définitive de cet abri ? Il s’est attiré les ennemis qu’il faut...Il y a eu des signes... « On ne combat pas contre les signes... ». « Un Empire sans ennemis n’est plus un empire. » Consensus actuel...Les Perses, ceux d’aujourd’hui, qui sont-ils ? « Ils envoient leurs garçons étudier dans nos écoles, à Rome, et ce sont les premiers à se retourner contre nous, dès leur retour au pays. » Des techniciens, disait Régis Debray dans un autre texte , « Sur le pont d’Avignon ». Jérusalem est à eux...Puisque leur prophète y est allé en songe...Table rase de leurs aînés...

Julien, lui, est touché par une balle perdue. Il est mort à son abri. Il agonise, et Celse lui rend hommage. Il a chassé pour toujours les ténèbres de notre monde. Les yeux s’ouvrent sur la lumière...Julien en mourant retrouve sa mère, c’est-à-dire des sensations originaires.

Une voix off chante : « Nous n’irons plus au bois les lauriers sont coupés... »
Julien agonisant dit encore : « C’est vous ma famille ! Pas les gosses ! Pas les matrones ! Pas de traînée ! Le soleil, le soleil, plus haut que les lugubres ! » Une mort qui est aussi une naissance, tandis que le gynécée est quitté à jamais ! Cependant, il prononce une dernière phrase qui suscite une discussion : a-t-il dit « Galiléen, tu es vaincu », ou bien le contraire « Galiléen tu as vaincu » ? Jovien, l’officier général, est d’avis que c’est la deuxième version...Victoire annoncée de la nouvelle religion ? Contradiction ?

Dans l’attirail de la mort, Julien, tel un somnambule, s’avance vers les mères...La mère dit : « Tu ne savais donc pas ? Nous sommes toujours là. Au départ et à la fin. »

Mais la Mère demande pourtant à Julien : « Tu préfères rester seul ? » Il répond : « En fin de compte, oui. » Hélène, sa femme, lui dit : « Alors, tu as perdu. » Et sa Mère : « Réfléchis bien ». Mais Julien ne cède pas à ce doux chantage. « Les trois femmes se rejoignent », la marraine, la mère, l’épouse. « Julien regagne les coulisses sans mot dire. » Il ne s’est pas laissé faire. Il a perdu, mais peut-on dire que les mères ont gagné ?...

« Cette fois, il va disparaître pour de bon. » Pourquoi ? Parce que « Ceux qui restent parmi nous sont ceux qui savent chanter en chœur. Adieu petit Julien. » Julien quitte définitivement le gynécée où s’élève le chant grégorien.

Le choix de Julien alias Régis Debray est très fort, très à contre-courant, et il est forcément fait dans la solitude. Très forte pièce, à lire et à aller voir, j’espère !

Alice Granger Guitard



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