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Le poids d’une âme de Mabrouck Rachedi
samedi 7 octobre 2006 par Bruno Durand

Premier roman surprise de la rentrée, « Le poids d’une âme » est un petit bijou.

Tout commence lors d’une journée comme une autre, à 8 heures du matin. Le jeune Lounès se dépêche pour arriver à l’heure à l’école. Quelques heures plus tard, il se retrouve en prison, accusé d’un délit qu’il n’a pas commis, sous la menace d’une expulsion.

Comment en est-on arrivé là ? Par une succession de micro-événements qui les uns isolés des autres seraient sans conséquences mais qui ensemble, sont dévastateurs. L’engrenage d’un système qui s’emballe est une machine folle et incontrôlable.

Le livre a, paraît-il, été écrit avant les émeutes de banlieue de fin 2005. Si c’est le cas, Rachedi a été visionnaire tant il a décrit avant l’heure l’escalade d’une banlieue où la misère et l’ennui sont des cocktails explosifs. Les détails - une cité qui s’embrase, un bus qui flambe, un guet-apens contre des policiers - reproduisent tout à fait la réalité des événements de 2005 - et, hélas de 2006.

Absolument passionnant, ce premier roman se lit comme un roman policier, d’une traite et avec avidité. Aventures, bouleversements, renversements de situation, le rythme du récit est haletant. La vérité du livre - et de son titre - se révèlent à la toute dernière ligne, un peu comme dans « sixième sens » de Night Shyamalan.

Bien sûr, il y a un point de vue sur la banlieue, mais celui-ci n’est pas rébarbatif. Rachedi suggère là où d’autres montrent, démontrent, exposent, surexposent jusqu’à l’écoeurement. Aucune leçon n’est assénée, l’auteur propose un témoignage sans trop en faire. A la lecture du roman, on comprend mieux les tensions banlieusards / policiers, les problèmes d’une justice privée de moyens, la détresse d’une jeunesse qui galère.

Mais il y a aussi l’espoir, celle d’une banlieue où tous se mobilisent pour un des leurs et se révèlent aux autres et à eux-mêmes pour déplacer des montagnes. On y rencontre des talents gâchés d’êtres désabusés, qui, « à l’épreuve », se révèlent touchants et volontaires. Du frère érémiste Tarik, au chauffeur de bus Jean-Marc, en passant par la professeur de français Catherine, le journaliste, le juge, l’infirmière, tous vont dépasser leur cas personnels pour le bien commun - et finalement pour leur bien à eux. De la passion, l’enthousiasme, la volonté, l’unité qui créent un élan de solidarité, voilà l’un des messages du livre. Voilà aussi peut-être ce qui manque à nos banlieues.

Si « Le poids d’une âme » est avant tout un roman, il possède un côté fable qui fait qu’il dépasse son sujet. Reprenant en exergue un récit de Lao Tseu où un paysan commence par perdre un cheval ce qui, suite à des péripéties diverses, va finir par sauver son fils, Rachedi illustre à merveille les caprices du Destin. Comme Woody Allen dans « Match point » où le dénouement se joue à un lancer de bague, l’auteur souligne comme, entre bonheur et malheur, chance et malchance, tout ne tient qu’à un fil - où plutôt à une corde (je renvoie à l’épisode très original et très réussi sur la corde de Maurice Herzog, mais chut, je n’en écris pas plus).

Le style est d’une précision chirurgicale, fait de phrases et de chapitres courts. La plume et légère et souvent pleine d’humour. A tous les niveaux, « Le poids d’une âme » est une réussite. Mabrouck Rachedi est un auteur à suivre.

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