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Presque un mélo - Maria Efstathiadi
vendredi 23 mars 2018 par penvins

Traduit par Anne-Laure Brisac

Étonnant petit roman que ce « Presque un mélo ». Déroutant à plus d’un titre. Dans sa composition tout d’abord, nous ne connaissons l’histoire que par ouï-dire - l’héroïne l’a racontée à une collègue et nous en prenons connaissance indirectement par une autre collègue ! - dans la construction de l’histoire elle-même ensuite, difficile d’en parler sans gâcher le plaisir de la découverte, mais je vous certifie que vous allez être déçu, vous faire piéger, mener par l’érotisme de la situation et du vocabulaire là où vous ne pensiez pas aller, vers ce qui effectivement ressemble à un mélo et qui pourtant pose une vraie question, celle des moyens de la séduction au-delà de l’apparence. Une relation s’établit au téléphone entre l’héroïne et un interlocuteur : jusqu’où ira-t-elle, dépassera-t-elle l’aspect purement physique, l’érotisme du manque qui la caractérise et qui bien entendu crée le suspens… D’une certaine façon vous allez avoir honte de vous être laissé prendre au jeu de cet interlocuteur et d’avoir imaginé je ne sais quelle histoire romantique quand la vérité est autrement douloureuse. Mais ce roman, ce n’est pas seulement un « presque mélo » c’est aussi l’occasion de prendre conscience de la mutation de la société en train de s’accomplir sous nos yeux. La Grèce a longtemps préservé un mode de vie traditionnel, en ces années 2000 elle n’est plus qu’un lieu de tourisme et les Grecs eux-mêmes cherchent, quand ils le peuvent, des lieux de divertissement :

De plus en plus de gens ces dernières années choisissent des destinations lointaines, Inde, Extrême-Orient, Thaïlande, Bali […] et nous il faut comme ça qu’on organise les séjours pour que les clients se sentent plus ou moins préparés, qu’ils ne partent pas le ventre noué par l‘angoisse […] mais vous croyez que là où on va ils vont parler l’anglais […]

Que l’héroïne travaille dans une agence de voyages n‘est bien sûr pas anodin et son comportement vis-à-vis des hommes et de celui-là en particulier reflétera bien l’esprit d’un temps où l’humain est en train de disparaître au profit de l’apparence et de la distraction.

La ville est envahie de bistrots, de viennoiseries, de fast-foods et de vendeurs de glaces italiennes

Tant qu’elle n’est pas confrontée au réel, tout se passe bien, l’érotisme torride auquel elle s’attache ne choque personne :

nous on a demandé à A. si elle avait donné tous les détails, on voulait dire les trucs érotiques, on a beau dire c’est délicat même si on est proches, c’était sa mère quand même, elle pouvait être gênée par l’évocation de telles ou telles pratiques ou de certains mot, mais A. nous a dit que non
de la même façon le lecteur pourra trouver tout à fait normal ce que révélera le roman et pourtant il s’agit d’une incapacité à rompre avec la lâcheté :
Déjà la cruauté de ses camarades, lorsqu’elle était enfant ne l’avait pas fait réagir :

[…] ils ont inventé encore une autre torture, ils lui enfonçaient des épingles dans le zizi en rigolant, comme on épingle un insecte, le petit noir est mort d’une infection, […]

La force du roman est sans doute là, dans sa capacité en nous faire paraître normal ce monde où l’amour ne transcende pas l’apparence, nous sommes parfaitement pris à notre propre piège de lecteur. Nous nous laissons emporter par un presque mélo qui se révélera être une terrible leçon de réalité. La confrontation au réel s’achève par un point d’interrogation, nous ne saurons pas si l’héroïne aura franchi le pas :

Bon , tu te décides, oui ou non ?

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