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Irène, Nestor et la Vérité - Catherine Ysmal
lundi 25 mars 2013 par penvins

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Vous le lirez sans doute différemment, un texte aussi riche peut se lire de mille et une manières. Catherine Ysmal, face à un internaute qui n’aimait pas le titre, insistait pour qu’y soit maintenu le mot – qu’il trouvait un peu grandiloquent - de Vérité. Irène, Nestor et la Vérité. Parfois les auteurs ont raison, contre tous ! Toujours les auteurs ont leur raison. Après avoir lu ce texte ce qui pouvait apparaître comme une erreur devient tout au contraire une insistance presque indispensable. Bien sûr, ce qui est en jeu ici c’est la Vérité, mais la Vérité en ce qu’elle ruine la relation d’Irène et de Nestor. La Vérité c’est le dada de Nestor, la Vérité masculine qui enferme Irène dans le silence faute d’avoir eu le droit de penser autrement. Cette Vérité grandiloquente, que notre internaute ne supportait pas dans le titre de l’ouvrage, c’est celle-là même qui encombre les rapports du couple et aussi, parce que toute vraie littérature a une part d’universel, non seulement les rapports des hommes avec les femmes, mais les rapports des hommes (hommes et femmes) entre eux.

C’est trop fou de se laisser prendre au piège du sens unique, de vouloir maîtriser le langage de l’autre pour le contrôler.

Catherine Ysmal réclame le droit d’utiliser les mots comme bon lui semble, cette histoire de Vérité, incarnée dans les rapports entre un homme et une femme, c’est essentiel, Irène ira jusqu’à se faire prendre pour folle, mais elle ne lâchera rien, on ne lui imposera pas le sens de ses mots, Nestor lui-même, mais trop tard, en prendra conscience :

Le couteau est allé droit dans la couverture [du dictionnaire], droit dans ce corps de mots qui m’a enlevé ma femme. Droit. Debout que j’étais, planté dans ces huit centimètres.
Je venais de trouver un coupable.

On ne peut dire plus clairement, placer plus précisément le langage au cœur, cette surdité qui s’est installée entre Irène et Nestor elle vient de là, de l’importance névrotique que Nestor accorde au sens des mots tel qu’il en trouve la confirmation dans l’ordre intangible du dictionnaire. Sa référence absolue. Son lieu de non-doute.

La Vérité n’existe pas, c’est peut-être ce que voulait dire l’internaute, c’est ce que souligne Irène. Dans un monde de plus en plus sujet au dictat des détenteurs de Vérité quel bonheur d’entendre une voix s’élever pour mettre cette Vérité en avant et dire à quel point elle détruit. Et Catherine Ysmal la traque jusque dans son repère le plus communément reconnu, le dictionnaire. La référence de tout un chacun à laquelle Irène est sommée de se plier. Il n’y a pas même de Vérité des mots, suggère-t-elle, il n’y a que des pratiques et celle d’Irène ne se soumettra pas au consensus lexicographique. Que les étymologistes et les lexicographes y fassent bien attention : Irène – la paix – c’est tout le contraire de la Vérité !

On est tout de suite embarqué dans cette impasse du couple Nestor-Irène que Catherine Ysmal met en scène dans une langue à la fois simple et ouverte qui laisse à chacun la liberté de la nourrir de ses propres images.

On y entend une vraie souffrance, celle d’Irène qui s’actualise lorsqu’elle s’adresse a posteriori à Nestor :

J’aurais aimé ni mourir ni renaître.[…] Que je peux rire moi aussi. […] Ton arrogance.[…] Tu voulais que tout soit dans la langue de tes mots bridés / Je ne peux pas y croire à ta vérité.

On y entend cette fracture, ce regret de l’échec d’un couple réel ou imaginaire devant l’impossibilité de faire entendre, même par le silence, son droit à l’existence. Tout vrai texte est polysémique et celui-là plus que tout autre, raison pour laquelle il faut le lire et le relire.

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