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L’Orgie latine - Félicien Champsaur
vendredi 22 mars 2013 par penvins

Un roman de la décadence.

Sous le signe du roman antique tel que le mit à la mode le XIXe siècle, en ce début du vingtième, Félicien Champsaur appelle à un retour à la sensualité que, jusqu’à la Renaissance, la littérature et les arts avaient occulté au profit d’un clergé tueur d’énergie. A relire la préface de ce roman, après avoir lu l’œuvre elle-même, on pourrait être étonné de la vigueur de son argumentation comme si le texte pouvait un tant soit peu choquer les bonnes âmes. Et pourtant il les choqua. L’éditeur actuel, Le Vampire Actif, dont on salue le travail de recherche mais aussi de mise en page, place, dans sa préface, le roman de Félicien Champsaur dans la lignée de Salammbô et rappelle que Flaubert l’écrivit après avoir dénoncé l’hypocrisie bourgeoise dans Madame Bovary. En effet, en ce passage vers un nouveau siècle, le masque craque de toutes parts, il ne tient plus. Malgré tout chez Champsaur ce n’est pas tant l’érotisme qui point que la luxure et la violence, ce n’est pas le christianisme qui est en cause, bien loin de là, c’est le catholicisme et son clergé. L’époque n’est pas encore tout à fait mûre pour les charmes de la nudité tant vantés par Félicien Champsaur, nous nous contenterons de son évocation, la sensualité implorée n’est pas vraiment assumée, alors même que l’Aphrodite de Pierre Louys est déjà parue. Bien sûr Messaline se livre à tous les hommes, bien sûr la nudité est sans cesse présente, bien sûr dans sa préface Félicien Champsaur milite pour la liberté de l’auteur d’écrire des romans non pour les petites filles [mais] pour des hommes qui pensent, pour des femmes qui sentent, pour des êtres majeurs ; mais si le public, un certain public, n’avait pas réagi défavorablement à ce qui n’est que l’évocation de la sensualité, aurait-il eu besoin de tant de précautions ?

On remarquera qu’en dépit de l’éloge qu’il fait de la sensualité, Félicien Champsaur se satisfait d’une conception romantique de l’amour, Karista abandonnant son art de la danse pour Sépéos et ne le reprenant que pour le sauver et Filiola sacralisant sa virginité. Mais c’est surtout dans la langue que se révèle la force des préjugés qui éloignent l’auteur de cette sensualité qu’il appelle de ses vœux. Il reprend l’appellation maison infâme pour désigner les maisons closes romaines, ce qui après tout est un jugement de valeur que ses louanges à la Luxure devraient éviter. N’écrit-il pas : la luxure, je le redis, c’est la Vie. insistant ainsi pour donner à ce qu’il appelle la luxure un rôle bénéfique : La sensualité n’est ni un vice ni un péché ; c’est le but vers lequel convergent toutes nos aspirations, nos rêves, nos efforts, et c’est d’Elle que sort, dans l’univers, la perpétuation des espèces et des races. On ne peut mieux remettre la sensualité à sa juste place. Alors si la sensualité est si nécessaire, si elle n’est ni une vertu ni un vice, si Peccato di carne non è un peccato, si en Messaline elle-même se résume et se magnifie toute la sensualité latine, on aurait pu penser que l’auteur la décrirait comme une sensuelle digne d’admiration et non, comme il l’écrit, une divine salope !

Car plus que la sensualité, ce qui ressort de ce roman, c’est la violence romaine. Comme si c’était cette violence qui fascinait. A peine onze années passeront avant que ne soit déclenchée la grande boucherie de 14. Et si l’érotisme tant recherché était là, dans cet hommage rendu à la cruauté ? Félicien Champsaur, comme sans doute ses contemporains, en a l’intuition, lui qui écrit que le massacre par des officiers serbes du roi Alexandre et de la reine Draga fait écho au meurtre de Caligula. La description que l’auteur fait de la secte des chrétiens, insistant sur l’amour du prochain et le rejet du recours à la violence, sonne comme un rappel dans une société qui n’a retenu de Rome que le message guerrier. La réhabilitation de la sensualité n’est-elle pas là curieusement pour contourner cette Eglise devenue castratrice, tueuse d’énergie dit Champsaur. Ce « préférez l’amour à la haine » loin, si loin du « faites l’amour pas la guerre » est voué à l’échec, le message chrétien, on le sait, ne passera pas. Il eût fallu sans doute que cette jeune Filiola, elle aussi, fasse preuve d’un peu de sensualité !!!

Contradiction que l’auteur ne perçoit pas. Comment l’aurait-il pu auprès de ces Français encore imprégnés de romantisme et prêts au grand sacrifice pour sauver la fille aînée de l’Eglise. Lui-même semble appeler, non à l’amour sensuel, mais à une sexualité maîtrisée. L’orgie latine marque l’avènement d’une nouvelle civilisation, il y a là une vérité historique, incontestablement la décadence de Rome est le terreau dont se nourrissent les premiers chrétiens pour donner naissance à un autre monde, on pourrait avec une pointe d’ironie dire qu’il en sera de même de la guerre de 14, mais c’est bien entendu une toute autre histoire, la rage de Champsaur contre le clergé aura fait chou blanc, il aura eu le mérite de rappeler à ses contemporains à quel point l’Eglise s’était éloignée du message d’origine en dépit du redressement sensuel de la Renaissance.

L’évocation de la propreté, de ce point de vue, est amusante,. S’en prenant au mépris du corps par l’église catholique, Champsaur voit les anciens avec l’œil d’un hygiéniste du XIXe siècle : « Jésus propre et net en tout son corps » ! Si, bien sûr, l’Eglise a pu, par son mépris de la chair, donner naissance à des pratiques contestables, Saint Antoine résistait aux tentations dans l’ordure avec son cochon, souligne-t-il, si à l’inverse les Romains fréquentaient assidûment les thermes, on sait que les hygiénistes ne firent pas dans la demi-mesure, mais plutôt dans la névrose ! L’hygiénisme comme dernier avatar du mépris du corps ! auquel succombe l’auteur dans son souci de réhabiliter la jeune vierge contre la luxurieuse Impératrice !!!

Voilà un ouvrage qui en dit long sur le climat culturel de ce tout début du XXe siècle et qu’il aurait été dommage de laisser dans l’oubli. Je me suis attardé sur ce qui m’a paru être les convictions de l’auteur sans parler de la forme qui, elle, fait novation tant elle est éloignée des règles d’unité de styles qui prévalaient et prévalent encore. Comme un desserrement des corsets chers à cette époque, comme une dernière tentative pour échapper à l’hypocrisie régnante dont elle ne sortira finalement que par un grand chaos.

On trouvera une documentation intéressante sur le site de l’éditeur



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