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John Perkins d’Henri Thomas
mardi 23 février 2010 par Catherine Nohales

Des images fortes, violentes fracassent la linéarité de ce récit éponyme. En effet, John Perkins raconte la longue et lente descente aux enfers d’un couple américain. Lui, qui donne son titre au livre, fuit autant qu’il peut sa demeure devenue invivable, un tombeau où est mort son couple. Paddy, elle, s’abrutit dans des courses automobiles et le coca-cola, des bouteilles de coca-cola dont les cadavres jonchent le sol de la maison en ruine.

Il y a très peu mais vraiment très peu de dialogue dans ce très beau texte à l’écriture au cordeau, à l’écriture juste, voire classique si ce terme est encore permis. La langue est belle et souveraine dans John Perkins. Cette absence de dialogue dans le récit, ou en tout cas son extrême rareté, traduit l’absence radicale de communication, d’échanges au sein du couple. Nous sommes dans une narration exclusive qui explore les méandres de la conscience des personnages. La force de ce récit est de nous faire passer d’une conscience à une autre. L’enchaînement est subtil, délicat, virtuose. Henri Thomas, que je ne connaissais pas du tout, est considéré à juste titre comme un très grand écrivain français.

Paradoxalement, la violence est omniprésente et des images fortes, paroxystiques s’imposent au lecteur. Ce sont celles des disputes récurrentes entre John et Paddy. Elles sont racontées en quelques mots. Pas de dialogue entre les deux. D’ailleurs, ils ne peuvent plus se parler, ils ne peuvent plus se voir en peinture. John erre, fuit une maison en lambeaux, une maison ravagée où les meubles détruits, fracassés, où la poussière qui s’infiltre, gluante, écœurante, témoignent de la désagrégation du couple. Paddy, quant à elle, oppose à la colère épidermique de son époux une inaltérable douceur tintée de tristesse qui ronge, entame la patience de John. Et les animaux en surnombre reflètent par leur apathie la déchéance de leurs maîtres.

Et il y a Jim, figure tutélaire disparue bien trop tôt et dont la mort a tout fait chavirer. Qui était-il ? Nous n’en saurons rien et cette ignorance, ce refus de dire la cause de la déréliction du couple de la part du narrateur pare Jim d’une aura mystérieuse.

C’est l’incompréhension, le délitement que n’empêchera pas la frivole et superficielle Dorothy Lawney.

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