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Dina la belle juive - Pétrus Borel
dimanche 3 décembre 2017 par penvins

Cette nouvelle extraite de « Champavert Contes immoraux » est tellement romantique que l’on sourit parfois, non du ridicule de maître Chastelart effrayé d’entrer dans le quartier juif, mais de l’histoire elle-même qui souligne, si l’en était besoin, par sa soif d’exotisme, l’effrayante médiocrité de la vie bourgeoise du XIXe siècle. La préface de l’éditeur met en perspective le mythe de la belle juive, rappelant le contexte historique dans lequel se développe cet intérêt pour l’orient. Il évoque également la recherche de sensualité qui accompagne cette quête d’un ailleurs :

…l’orientalisme, élan qui tient autant d’une recherche de l’exotisme […] que de celle de la femme qui a su conserver la beauté antique et de la femme orientale, soumise, passive, lascive […] écrit Luc Béesau.

On lira dans cette passion une soif d’autant plus salutaire qu’elle vient en réaction à un conformisme social puissant. Pétrus Borel ne s’y trompe pas quand il ironise sur le mariage :

Son lien est une injuste et dure captivité ; que s’il advient d’avoir mal rencontré, s’être méconté au choix et au marché, et qu’on ait pris plus d’or que de chair, on demeure misérable toute sa vie.

En ce début de XIXe siècle après les actions maladroites de Napoléon pour intégrer de force la communauté juive, le fantasme de la Belle Juive est teinté soit d’antisémitisme plus ou moins conscient soit de philosémitisme. Cet engouement pour la beauté orientale, est ambigu. Pétrus Borel ridiculise l’hostilité envers les Juifs, mais en même temps son discours ne cesse de désigner Dina comme belle parce que juive. A côté d’un discours d’une extraordinaire lucidité sur la barbarie et la stupidité de l’antisémitisme, sous-jacent, on peut discerner un discours moralisateur qui reprend les stéréotypes et s’en sert pour nourrir les fantasmes de ses contemporains. En effet, en quoi une femme juive serait-elle plus belle qu’une autre femme sinon en ce qu’elle est désignée comme l’autre, celle que l’on ne peut épouser ! Si les difficultés qu’entraîne ce mariage sont décrites sans détour, la tragédie insiste plus inconsciemment sur la frontière infranchissable qui demeure entre la communauté juive et le reste du pays. Le drame ne se situe pas au XIXe siècle mais au XVIIe ce qui dédouane en quelque sorte les contemporains de Pétrus Borel, mais c’est l’auteur lui-même – l’histoire qu’il a choisi de nous raconter - qui souille le corps de cette « belle juive » et par les circonstances de ce sacrifice en fait définitivement une étrangère, victime certes mais également victime expiatoire de ce que les nobles et les bourgeois font subir aux paysans :

Nous autres paysans, nos sœurs, nos filles et nos femmes sont toujours pour MM les seigneurs, les nobles, les bourgeois ; ce sont eux qui violentent nos amies, et nous autres bétas nous ne faisons jamais rien à leurs femmes, à leurs filles cela n’est pas juste.

Pour servir de bouc émissaire, le juif, la juive, doit nécessairement être différent, pour servir de victime expiatoire, Dina doit nécessairement avoir cette beauté qui n’appartient qu’aux autres.

Voyant Dina pour la première fois Aymar ne disait-il pas ? :

C’était quelque chose de célestin, d’inconnu !

Pétrus Borel a très bien compris le rôle que l’on va faire jouer à ceux qui ont toujours été mis à part. En ce sens cette nouvelle devance les crimes qui vont venir. Elle mérite une lecture attentive, on y trouvera matière à réfléchir bien plus que nous ne l’avons fait nous-mêmes. Merci aux éditions du Vampire Actif de l’avoir mise en valeur.

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