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Passer la nuit - Marina de Van
samedi 9 mars 2013 par Jean-Paul Vialard

L'écriture comme absence à soi

L'écriture comme absence à soi.

 

 

Fragments, Notules et Commentaires.

 

 

   Que saisit-on d'un livre, sinon quelques nervures, quelques lignes de fuite ? Peut-être, lire, n'est-ce jamais que cela, saisir une vastitude et n'en retenir que quelques émergences qui, pour nous, ont pu faire sens et s'imprimer à l'orée de notre conscience. Être en accord avec un texte c'est d'abord éprouver à son endroit des affinités électives, les recueillir et en faire le lieu d'une possible efflorescence.

  Fragments remarquables doublés, comme en écho à la proposition de l'Auteur, de commentaires façonnés par une vision subjective du monde car c'est d'abord en tant que sujet singulier que nous prenons acte des réflexions qui sont soumises à notre jugement.

  Suivent une série de Notules, brèves assertions de l'Ecrivain qui paraissent vouloir dire l'essentiel d'une parole dont, trop souvent, nous perdons le fil.

  Jamais il ne s'agit du résumé d'une œuvre, lequel ne fait qu'initier un inévitable redoublement de l'écriture. Plutôt inciser les choses, y apposer une empreinte afin que ces dernières, les choses,  puissent s'ouvrir selon une inclination particulière.

 

     Propos liminaires de l'Editeur.

 

Passer la nuit

Marina de Van

La fin d’une époque – les conditions du vrai 
L’effort de communication

 

"J'ai la sensation d'un moment vide, parfaitement anodin et paisible. J'attends, sachant que je n'ai rien à attendre, parce que ce qui viendra  ne dépendra que de moi, et des gestes connus à l'avance, aisés à accomplir, quotidiens. J'ai un désir de sommeil, de me coucher sur le côté avec la serviette toujours nouée, ma joue contre mes cheveux humides, le nez et la gorge encore savoureux de cette eau piquante, d'humeurs acides. J'ai envie de fermer les yeux en sentant l'humidité des cils sous la paupière, et le froid peu à peu désagréable de la serviette mouillée."

 

Partition musicale d'une dérive, la narratrice se heurte au vide d'une journée qui commence alors que rien n'y est prévu pour elle. Elle dissèque l'état dépressif, son mécanisme, les sentiments qu'il provoque. La perception du réel vacille. La narratrice installe des cadres : préparer le café, tenter d'avaler quelque chose, regarder par la fenêtre, se doucher… Des occupations doivent à tout prix rythmer cette journée, combler son vide. Un cercle d'événements inéluctablement répétés se met en place. Parfois, il faut sortir, voir des gens. Or, la volonté de s'extraire de la solitude l'y confronte plus encore. Une sensation accrue du corps se développe, dans toute sa matérialité. Cette fois, Marina de Van s'applique à transmettre par l'écriture ce qu'elle a pu ailleurs filmer. C'est cette violente sincérité qui resurgit là, entre les lignes. Sincérité face à la difficulté d'être normale…
Si le sujet du livre circonscrit un terrain glissant, l'auteur en évite tous les écueils. Elle parvient à installer sa narratrice dans la sphère de la haute lucidité, celle qui permet de voir dans le vide de l'existence une vie, en soi.

 

 

 

     Commentaires.

 

     On n'entre pas dans ce roman (ou ce récit) comme dans un roman ordinaire. Il y faut de l'empathie, de la participation, il faut consentir à une certaine douleur physique, à une désespérance, il y faut une réelle absence à soi. Ce thème de l'absence traverse l'œuvre à la manière d'un leitmotiv lancinant, à la façon d'un cri voulant dire la souffrance de ne pas être, de ne pouvoir transgresser les limites étroites d'un corps aliéné à sa propre déraison. C'est d'une geôle dont il s'agit, d'une camisole étroite qui enserre et livre à l'effroi, d'un sentiment de chrysalide ne parvenant jamais à s'extraire de sa tunique pour aller vers la sublime métamorphose. Une immobilité du temps, un arraisonnement de l'espace et il n'y a plus alors qu'une profonde vacuité tellement semblable à l'abîme, au néant. Ce néant qu'il aurait fallu transcender afin d'aller vers une toujours possible liberté, celle-ci fût-elle conditionnelle.

  Mais à défaut de pouvoir exister, de faire éclater la bogue ontologique, on se contente de vivre, c'est-à-dire de fonctionner au rythme d'un métabolisme basal, de boire, de manger avec parcimonie, de fumer, de faire fonctionner sa propre fiction dans le cocon étroit d'une insularité dont on ne parvient pas à sortir, que, du reste on ne souhaite pas, à supposer qu'une telle chose fût seulement plausible.

  La Narratrice, l'Esseulée, on ne parvient nullement à la cerner. Pas plus son nom qui jamais n'apparaît, comme pour signifier la biffure d'une identité, pas plus que sa physionomie pareille au masque de la tragédie antique, au mieux identique au visage blafard du mime. En fait, la Narratrice, bien qu'elle soit corporellement présente par la médiation d'une anatomie torturée, ne s'illustre guère que sous les traits abstraits d'une figure de rhétorique, par de brèves apparitions en forme d'ellipse. Sentiment de désespérance qui nous saisit en même temps que surgit l'attention à la pure énigme. Qui est-elle, celle qui, toujours  disant, se dissimule sous les mots afin qu'une épiphanie ait lieu, qu'une écriture surgisse ? Car c'est bien là l'enjeu de toute écriture vraie que de soustraire à notre naturelle curiosité l'anecdote qui, toujours, recouvre la vérité du voile de l'illusion. Ecrire, c'est toujours proférer du-dedans-du-langage vers une conscience qui percevra les fondements, l'origine à partir de laquelle toute expérience humaine fait sens et actualise sa condition. Il ne peut y avoir de tricherie, de subterfuge, d'esquive. Pour cette raison, la littérature naît plus souvent de la tragédie que du vaudeville. Car, si le plaisir peut se raconter, si l'événementiel peut alimenter la fable, le conte;  la souffrance, elle, n'autorise aucune distraction. Etant, par essence, liée à notre être-jeté, constituant le tremplin de notre déréliction, de notre propre étrangeté au monde, elle ne peut émerger qu'à l'aune d'une exigence, d'une élévation en direction d'une sublimation, donc d'un trajet vers un dépassement, une forme d'art.

  Quant aux autres protagonistes du récit, leurs brèves présences ne nous les livrent que par défaut, comme s'ils ne s'illustraient qu'à être pris dans les mailles d'un rêve sans objet. Ainsi Yann, Florence morte d'un cancer, Pierre, Iliana, Paul l'amant halluciné, font-ils de rapides apparitions, vite dissous dans les remous existentiels de celle qui, par l'écriture surtout, leur prête une certaine forme de réalité. Tout est soumis, avec précision, volonté, à la règle de la triple unité de temps, de lieu, d'action. Ce qui, malgré la modernité du propos, confère à ce livre lempreinte d'un certain classicisme.

   Le temps se manifeste avec la régularité d'un métronome trop bien réglé, minutieusement noté, cliniquement approché grâce à une scansion proprement arithmétique. Les jours ne se succèdent pas selon une poétique ou bien une quelconque harmonie mais sont les témoins horlogers, mécaniques, d'un scalpel faisant ses découpes précises : "Il est 13 h 53; il est 20 h 24; un sursaut - 17 h 06." - Ceci, par une dialectique habilement entretenue, jouant avec la durée d'instants toujours renouvelés, livrés à quantité de rituels obsessionnels, ne paraissant jamais devoir finir. Ce temps, cette notion si abstraite, impalpable, indéfinissable, constitue, à n'en pas douter, l'une des nervures selon laquelle "l'histoire" tient, se meut, trouve sa propre logique.

  Le lieu décrit non seulement ce qu'il est convenu d'appeler "un roman de chambre", dont l'existentialisme et le Nouveau Roman ont fait, en leur temps, les assises de leurs fictions, mais plutôt un microcosme étroit, une monade "sans portes ni fenêtres" qu'on ne déserte que très provisoirement afin de pouvoir y revenir mieux. Décor nu, désolé, vide, genre de théâtre beckettien dont de rares objets prosaïques tiennent lieu de jarres ou d'étranges potiches, simples égarements parmi de hasardeux trajets. Et pourtant, ce cadre étique, mortellement banal, - un appartement quelconque, des vitres sales, des draps défaits, une cour avec des buissons, des arbustes, une fontaine éteinte, des oiseaux, un coin de ciel - sont le prétexte à une écriture venant du-dedans-du-langage (la seule qui soit), à de belles et élégantes descriptions (on ne peut tricher avec de simples objets : voir Francis Ponge - "Le parti pris des choses"), à une émergence du sens à partir du simple, de l'inapparent, de l'inaperçu, tout ceci abritant en réserve une magnifique polysémie. Il suffit de s'appliquer à la faire paraître.

  L'action est belle parce qu'indigente, répétitive, gonflée de la sève de l'obsession, de la douleur à fleur de peau, de l'affect creusant ses plaies et faisant croître ses bubons; l'action interpelle parce qu'ouverte aux mille manies, rituels et menus vices, depuis la boisson excessive d'alcool jusqu'à l'addiction à quelque forme de drogue en passant par la cigarette élevée au rang d'icône, de sombre déesse sans laquelle la vie ne serait même plus supportable; l'action est passionnante parce que rivée aux vrilles de l'ennui, aux tourbillons ténébreux du spleen, aux  orbes infinies et vertigineuses de la dépression. Là, au creux de ce que l'individu vit de plus intime et de plus affligeant, il n'y a plus de fuite possible, sinon la seule possibilité de hurler ce qui, habituellement est caché, à savoir la tragique beauté de toute condition humaine. Souvent l'art ne naît que de cette inconcevable aporie.

  Alors, lorsque l'altérité, le couple, ne sont plus que d'évanescentes théories, que le ventre est infécond, la sexualité en friche, le désir de toute chose aboli, les envies abîmées dans les marécages de la répétition, les projets enserrés dans les mailles de l'ennui, se construit une dramaturgie à trois faces habitée d'échos mortifères, de sombres réverbérations laissant au réel l'espace du mirage et l'esquisse d'une métaphysique limitée à un outre-horizon. Comme une perte sans fin de soi, comme la chute libre dans la folie, le saut dans quelque onirisme étroit et sans but. Les trois dimensions où se mouvoir se nomment désormais : corps, langage, imaginaire.

  D'abord le corps, le premier objet saisissable, toujours à portée de la main, le corps-martyre, le corps-complice, le corps-dérobé. Jamais on n'en finit avec le corps. Jamais on n'en arrive à bout. Toujours un ultime plaisir, toujours une douleur, un frémissement, un vertige. Alors on joue à en faire un arc vibrant, une outre qui résonne, une peau tendue sur laquelle pourrait ricocher le subtil poème du monde. Seulement on a perdu ce qui donnait accès au rythme, à la cadence, à la danse, à la marche sur les pointes. Il ne reste plus qu'une vague démesure qu'on ne sait plus apprivoiser, dont on a perdu jusqu'à l'usage le plus simple. Ce sur quoi l'on pensait pouvoir compter en dernier ressort, se cabre, rue, se révulse, retourne son cuir, livre ses urticantes coutures. Le corps se raidit, devient membre gourd, branche abîmée de gel et de lichen. Le corps se rebiffe, pousse à l'extérieur ses plaies, ses excoriations, ses humeurs mauvaises. Le corps assure sa vacance, piétine, se scinde de l'esprit, revendique son autonomie. Le corps est à lui-même sa propre finalité, sa physique aboutie, son vase clos. Il n'a cure de ce qui le surmonte, conscience ou bien âme, il veut vouloir jusqu'en sa démesure. Une volonté de volonté en quelque sorte. Une pure liberté dont son possesseur devra faire le deuil, au moins partiellement, dans l'attente d'un sens retrouvé, plus tard lorsque la clairière s'ouvrira à nouveau.  

  Ensuite le langage. Le langage du corps étant oblitéré, on se tourne alors vers le "vrai" langage, celui qui fait ses mille diapreries, lance dans l'éther ses subtiles efflorescences, déroule ses chatoiements infinis. Seulement ceci n'a lieu qu'à l'aune d'un bonheur suffisant ou, à tout le moins, hors des ravages de la dépression. Atteint, lui aussi, par les assauts de la solitude, miné par la vacuité des journées, déraciné en raison d'un sol miné de l'intérieur, la parole se fait monotone, ouverte aux récurrences, livrée aux lieux communs d'une pensée claustrée, soumise à l'enfermement. Formules tournant à vide, obsessions, manières d'écholalies, de cantilènes autistiques. Ici, on est loin du poème et la prose du monde est un simple ondoiement ophidien, un emmêlement, un enchevêtrement pareil aux confusions racinaires des mangroves. Langage ne parvenant pas à s'extraire lui-même de sa quotidienneté, de sa lourde gangue d'ennui. Langage intérieur, d'enfermement, asilaire. Les tentatives quotidiennes d'écriture sont livrées au même constat d'impuissance, le récit piétine, menace de s'enliser à tout moment, de signer une chute définitive.

  Enfin l'imaginaire. Mis en opposition, d'emblée, avec la rudesse du corps, avec la pente abrupte d'un langage aliéné, cet imaginaire apparaîtra plus rayonnant, plus solaire, atténuant l'impression générale crépusculaire de l'œuvre. L'imagination sera le dernier recours contre la folie. Transcender le quotidien, lui assurer des assises l'amenant à signifier, même a minima.  A cette fin  sera requise l'imagination. Ici sera la voie d'accès à une dilatation de l'espace, à une nouvelle configuration du temps. Être en d'autres lieux, en d'autres instants afin que s'allège la chape d'un présent mortifère. Seront convoqués successivement, les eaux lénifiantes d'une piscine, des enfants "avec du sang indien et du sang noir", la mer, - (ce thème récurrent de l'eau réfère-t-il au liquide amniotique maternel ?) - des hommes (possibles amants), des villes désertées, la "sortie dans la lumière forte du midi d'un pays chaud", une chambre sombre à Madras, "une plage de cailloux blancs", une femme en laquelle elle imagine se fondre (on ne pourrait rêver de meilleur archétype de dissolution-métamorphose-renaissance),  "les lumières gaies de la rue", l'alcool, "l'isolement morbide", des paysages et autres rêveries donnant lieu aux plus belles pages de ce livre.

 

     Affinités textuelles.

 

  Ce roman-récit (?) de 142 pages dessine ce qui a été désigné  plus haut par la formule elliptique "d'ontologie du vide". Constamment est posée, par la narratrice, la question fondamentale de ce qu'être-au-monde veut dire. Vision hallucinée d'un réel qui, constamment dérape, se reconfigure selon des esquisses fuyantes, semble disparaître afin de mieux renaître avec sa constante symbolique de finitude, avec son assiégeant sentiment d'angoisse, sa gangue d'oppression. Une constante absence à soi à laquelle l'écriture essaie de donner quelques lettres de noblesse. On ne saurait guère mieux définir cette œuvre qu'en ayant recours, encore une fois, à l'incontournable formule de Miguel de Unamuno, dès qu'il s'agit de poser les bases d'un existentialisme métaphysique. En effet, ici, s'illustre avec force ce "sentiment tragique de la vie" dont nul ne peut faire l'économie à moins de renoncer à une élémentaire lucidité.

  Si l'on définit la littérature comme la recherche d'une exigence en même temps que d'une vérité, "Passer la nuit" semble s'acquitter avec honnêteté de cette nécessaire tâche. L'écriture est économe, précise, souvent empreinte d'une heureuse élégance. Loin des phénomènes de mode, cette œuvre tracera sa voie avec un suffisant bonheur l'assurant d'une vraisemblable postérité.

 

     Fragment (1) - Première page du livre.

 

  "CE MATIN, j'ai  effectué les gestes nécessaires. Prendre mon café, me préparer, m'habiller. Je suis maintenant dans le vide de la journée qui commence sans que rien n'y soit prévu pour moi. Je fume et le mégot court brule ma peau. Je laisse ma main pendre sans broncher. La braise consume ce qu'elle touche de mes doigts relâchés. La douleur me tient éveillée, occupée. Je regarde par la fenêtre, les arbres nus, leurs branches taillées. Je vois le ciel blanc. Je songe à ce que je pourrais faire. Mais quelque chose m'empêche d'agir. Il est midi. Je pourrais lire, ou écrire mon courrier. Mais la vue des enveloppes décachetées me paralyse. Je pourrais faire des courses, acheter des choses à manger. Mais là aussi, cette pensée me fige. Je reste sur mon lit, à regarder le ciel blanc, les toits d'ardoises, les fenêtres opaques de mes voisins. Chacun vit à rideaux tirés, sauf moi, qui n'ai ni rideau ni store, et chez qui on peut donc observer la fixité de la posture, assise, près du plateau du petit-déjeuner, une cigarette brûlante fichée entre mes deux doigts; le filtre résiste à la consomption."

 

     Fragment (2) -  Le refuge dans l'imaginaire. p 74 - 75.

 

  "J'ai imaginé trois enfants, avec du sang indien et du sang noir. Ils sont beaux, surtout le plus grand (…) Son regard posé sur moi a beaucoup de force. Je savoure le temps suspendu, la belle immobilité de son visage (…) Ses doigts effilés, ses membres longs, manipulent des branchages; ou bien il se penche contre un if, le dos droit déhanché (…) chaque geste se prolonge à l'infini. Au-dessus de sa tête, les arbustes ont grandi et se sont couverts de feuilles qui ont la forme d'aiguilles. (…) Et toutes ces petites lignes acérées, nettes, deviennent brumeuses, comme un halo d'où les pointes émergent et suggèrent une direction, un fil qu'on ne voit plus, pris dans la confusion vibratoire des aiguilles rassemblées. Ces têtes vigilantes, ces bottes d'aiguilles, sont pendues, relâchées vers le sol comme des grappes. Au-delà, il y a des palmiers trapus.

  J'ai marché un moment dans la cour, en me demandant comment oublier ces personnages. C'est l'heure du déjeuner, il est déjà 13 h 34.

  Je suis remontée chez moi avec une amertume neuve, le corps raidi par le froid, presque insensible."

 

     Notules.

 

  "Les aperçus instables de la fenêtre et de la pièce font écho à ma dérive, rendent palpable le sentiment de me perdre en moi-même pour y trouver, peut-être, un nouvel espace, du vide. J'essaie d'écrire pour découvrir cette dimension. mais ma manière d'écrire évoque la répétition circulaire d'un enfermement." (p 44).

 

  "Je vis peut-être une cassure radicale entre mon corps et mon esprit - mon corps agissant sans que je sois jamais éveillée…" (p 83).

 

  "La sensation d'un moment vide, factice, reste présente; je me sens toujours absente." ( p 84).

 

  "Je me sens abandonnée, comme une maison vide au bord d'une plage, entourée de broussailles et de sable blanc. (…) La vie, dense et muette, est encore au-delà." (p 95).

 

  "…Mais je suis déjà dans cet oubli, et j'y souffre; je sens la présence, toujours intime, jamais quittée, d'une perte advenue et sans objet, mais qui m'emplit tout entière. (…) Il faudrait que je puisse me dépouiller de moi-même, me déposer sur le trottoir, comme une poubelle à ramasser, pour que la vie puisse être vraiment vive." (p 97 - 98).

 

  "Je désire retrouver l'inconscience de cette monotonie, ma propre absence à ces gestes répétitifs, au spectacle identique des arbres nus, des buissons, du gazon et des ifs." (p 99).

 

  "Là encore, je me heurte à la même absence, à la même incertitude recouvrant les événements de mes années passées - les visages, les dates, les lieux…Rien ne subsiste en moi." (p 111).

 

  "Sans cesse, quelque chose relance mon malaise, l'approfondit, et mes phrases s'en font l'écho répétitif." (p 140).

 

  " Que s'est-il passé dans cette prime enfance pour que ma vie s'enlise dès ses prémisses et touche son point d'arrêt à l'approche de la quarantaine ?

Rien peut-être.

Je me ressers du thé et je regarde l'heure. La journée va être longue.

Je regarde le ciel.

J'attends que le soir tombe." (P 142 - Dernières phrases du livre).

 

  



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