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Une petite lettre à votre mère - Geneviève Huttin
dimanche 4 mai 2014 par Jean-Paul Gavard-Perret

Geneviève Huttin, « Une petite lettre à votre mère », Editions le Préau des Collines, Paris, 80 pages, 13 E., « Cavalier qui penche », (peinture de Christelle Rousseau), même éditeur, 15 E.

Par la voix et le chant qui touchent le cœur Geneviève Huttin remonte vers ce qui remue, descend vers ce qui demeure brûlant. La question du père et celle de la mère et ce qui reste : le faire bruit de langue. Des lambeaux de récit avance dans la voix-retour, vers les ascendants, vers leurs mots qui ne parlaient pas (ou si mal), vers les gestes qui n’étreignirent pas. Et ce pour toucher le manque que l’auteure altère. A force de mots et de chercher l’autre langue sa voix remonte vers le cœur de l’histoire.

Dans « Une petite lettre » la mère parle. Elle n’a pas besoin de dire à sa fille de se souvenir. Celle-ci n’oublie pas. La mère insiste lui demandant si elle est là. La fille fuit, pleure, regrette la fable du temps du père. Mais pour éviter de commencer à ressembler à sa mère Geneviève Huttin écrit. Ce n’est pas neuf. Mais ces deux livres sont majeurs. Sa plainte, l’oreille de la mère ne pouvait l’entendre (n’ayant jamais pensé et refusant de le faire). Son être la mère ne pouvait l’accepter : maîtresse femme mais pas femme maîtresse devant laquelle la fille osa la transgression suprême : prononcer le mot « sexualité ».

De tels textes évitent la toilette des morts et ne sont pas des autofictions. Ce sont des livres de poésie. Ils imposent le général face au particulier. Ils font de l’auteure une poétesse du niveau de Sylvia Plath ou d’Emily Dikinson. Le corps du père est une fable, il n’est pas car il n’a pas vraiment été. Celui de la mère reste une énigme. Il n’a pas dû vivre un jour sous le soleil. L’auteure éprouve dans ses deux êtres l’hypothèse d’une solitude quasi éthique où rien ne se disait, dans une forme de séparation dont la fille fut la victime (la solitude engendra des « petits » ) même si elle fit semblant de quitter le lieu en l’abandonnant géographiquement. Preuve que ce qui relie « oblige » l’écriture. Elle donne prise à la voix serrée. Elle surgit en débris de mots pour avancer, pour pouvoir enfin articuler. Aimer peut-être. Du moins tant que faire se peut.

De tels livres ne sont donc pas écrits pour savourer l’écart entre présence et absence mais pour tarauder la substance même, l’intimité. Chaque fragment de ce qui devient deux poèmes en prose plus que récits reste cauchemar et réalité, l’identité suprême, la nuit et la clarté. Certes pour Geneviève Huttin « la maison de l’être » chère à Bachelard restera bancale, caduque, car il n’existe de place que pour le manque et la « père-mutation » des rôles et des langues. Il n’y a presque plus d’escalier pour s’envoyer en l’air et respirer au grand jour. Hantée par la culpabilité l’auteure se donne le droit à peu. Sauf, évidemment, le nécessaire. A savoir l’exercice qui enfreint la loi du silence, du non-dit.

L’auteur ne s’éloigne donc pas des mots car elle ne peut s’éloigner des ombres qui la harcèlent. La mère respire encore par l’écriture de sa fille en reconquête de l’origine. L’écriture devient le mince rideau sur lequel perce un soleil noir pour rompre la dualité qui partagea Geneviève Huttin entre noms, lieux, présents et retours. A la recherche de l’identité perdue et à défaut de franchir une fracture, l’écriture recoud une fêlure. Toute la poésie est déductible de ce schéma et de ce que Nietszche affirmait « mon âme chante quand elle est remuée ». Existe-t-il d’autre passage ?

Jean-Paul Gavard-Perret

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